Foisonnement de croyances

Catherine Santschi / Jean de Senarclens

La puissance des mythes

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Une histoire à quatre dimensions 

Décrire la réalité genevoise et ses différents aspects dans une encyclopédie "actuelle", ce n'est pas se borner à énumérer les choses que l'on voit aujourd'hui, une simple photographie d'un état éphémère, lié à la conjoncture. C'est plutôt répondre à des questions actuelles qui se posent au sujet de Genève et chercher des explications dans les influences qui s'exercent sur elle, non seulement au dehors, mais encore dans le passé.
C'est ainsi que les religions sont présentées dans leur "épaisseur historique". Etymologiquement, leurs membres sont reliés entre eux par une foi commune, des rites, une manière semblable d'exprimer cette foi. Les groupes religieux se constituent à l'intérieur de la société, en publiant leurs statuts, leur confession de foi, des sermons, des recueils de cantiques, en construisant leur sanctuaire. S'ils entrent en opposition trop marquée avec le pouvoir de l'Etat, ils sont réprimés, martyrisés, supprimés peut-être. Ou s'ils sont plus forts, ils se substituent à lui. C'est l'histoire des religions, ici-bas physiquement à trois dimensions, philosophiquement à quatre, puisque la durée vient se combiner avec les notions de longueur, de largeur et de hauteur. 

De la Rome protestante à la multiplicité et à l'indifférence 

Ainsi, à la fin du XXe siècle, les habitants de Genève qui vivent au rythme des lois civiles, économiques et sociales, dans un monde apparemment païen, possèdent une quantité prodigieuse de sanctuaires de toutes les religions, côtoient tous les jours des prêtres des religions les plus diverses et même perpétuent à leur manière, en général inconsciemment, des rites d'origine religieuse: le calendrier, le samedi et le dimanche qui leur permettent de s'épanouir dans leurs loisirs ou de se détendre dans leur résidence secondaire, le Jeûne genevois et les fêtes de Pâques, de Noël et de Nouvel-An qui fournissent l'occasion de banquets et de voyages.
Ces coutumes viennent du Moyen Age et de l'Ancien Régime, époques de "chrétienté", où la ville était gouvernée par un prince-évêque, auquel succédèrent en 1533 des magistrats chrétiens sur lesquels la Compagnie des pasteurs exerça par la suite une autorité morale et religieuse considérable. Dans cette ville ou cette République, l'Etat était relié à Dieu. Ses destinées obéissaient à un dessein divin. [p. 8] Chacun devait régler sa vie selon ce qu'il pouvait connaître de ce dessein par l'enseignement de l'Eglise ou par la lecture de la Bible. Et la réalisation de ces objectifs a fait de Genève une ville exemplaire, la "Rome  protestante", au XVIe siècle chef de file du protestantisme français et au XXe, siège du Conseil oecuménique des Eglises, de l'Alliance réformée mondiale, de la Fédération luthérienne notamment. 

L'historien piégé par les mots 

Il appartient à l'historien d'enquêter sur les raisons d'une pareille destinée.
L'union, dans la personne de l'évêque médiéval, de l'autorité religieuse et du pouvoir politique, a-t-elle vraiment déterminé, comme certains discours actuels voudraient le faire croire, la formation de l'Etat chrétien dans la Genève de Calvin? Mais aux Xe et XIe siècles, dans le royaume de Bourgogne, dans le Saint Empire romain germanique, dans le royaume de France, d'innombrables évêques ont été investis par la monarchie des droits comtaux sur la ville épiscopale. Des principautés gouvernées par un évêque ou un archevêque ont existé jusqu'à la Révolution, sans que pour autant ces villes ou ces Etats se transforment en Républiques chrétiennes modèles. S'il y a une nécessité inéluctable dans le destin original de Genève, ne faudrait-il pas la chercher dans l'inspiration et dans l'oeuvre d'un Calvin plutôt que dans les institutions du Moyen Age?
Au reste, en mille six cents ans de christianisme, le sens des mots a changé et il faut être très circonspect dans l'interprétation des textes. Un prince-évêque du XVe siècle, la bête noire des protestants purs et durs, ne ressemble guère à l'"épiscope", au surveillant des communautés chrétiennes dans les premiers siècles de notre ère. C'est avec le temps que s'est précisée la définition des pouvoirs épiscopaux: ordre, enseignement et juridiction. Et les évêques du Moyen Age, profondément impliqués dans les affaires du monde, n'ont rien de commun avec les évêques actuels, même si l'on projette toujours sur certains d'entre eux les fantasmes politiques d'Amédée VIII de Savoie et de Jean d'Arenthon d'Alex.
De même, les ordonnances ecclésiastiques promulguées en 1541 donnaient aux ministres du Saint Evangile une autorité considérable dans la République. La révolution fazyste de 1846 et plus encore la suppression du budget des cultes en 1907 ont mis fin à la position privilégiée de l'Eglise nationale protestante dans les institutions de l'Etat. C'est la fin de ce que les historiens de l'Eglise appellent la vie "en chrétienté".

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Dimension infinie de l'histoire religieuse

On ne peut comprendre les raisons de cette évolution en se limitant à décrire les communautés, les statuts, les professions de foi, les rites et les divers événements qui ont marqué la vie des groupes religieux à Genève. L'étude des institutions, même avec leur dimension historique, reste à la surface des choses. Le paradoxe n'est qu'apparent: si l'on n'envisage de la religion que ce qui relie les hommes entre eux, on fait de la sociologie. Si l'on ajoute l'évolution dans le temps, on fait de l'histoire sociale ou plutôt on raconte des histoires au sujet des divers groupes constitués.
Mais ce qui définit la religion et l'oppose de manière irréductible aux autres faits humains, c'est la relation avec la transcendance. C'est là le noyau de la vie décrite dans ce volume. Mais est-il saisissable? Peut-on capter l'Esprit? Des historiens savants, des sociologues ingénieux ont mis ou cru mettre au point des méthodes pour évaluer la piété, pour quantifier par exemple la participation aux sacrements. Mais les chiffres obtenus permettent-ils réellement de connaître la vraie vie religieuse? Peut-être n'est-ce là qu'une manifestation de la démesure humaine, de vouloir réduire les faits spirituels aux dimensions de l'intelligence.
L'Ecclésiaste était moins orgueilleux, qui remettait à Dieu la domination du temps:

«Il fait toute chose belle en son temps
  à leur coeur il donne même le sens de la durée
  sans que l'homme puisse découvrir
 l'oeuvre que fait Dieu depuis le début jusqu'à la fin.» (Qo 3, 1)

C'est le sens de la durée qui anime l'effort de l'historien. Mais le dessein qui ordonne les événements, la force qui les conduit et commande la vie et la mort des Etats et des Eglises est infinie, et irréductible à nos dimensions. Telles sont les limites qui sont imposées à ce volume, le plus important de l'Encyclopédie de Genève. 

C. S.
haut
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Les communautés religieuses établies à Genève

Quelques chiffres 

Le Service cantonal de statistique a recensé, pour 1980 (recensement fédéral de la population):


Ces indications statistiques visent uniquement à situer l'importance numérique des adeptes des principales communautés religieuses établies à Genève en 1980. Le graphique ci-contre permet de suivre l'évolution de leurs effectifs, mais seulement pour les principales religions.
La population protestante s'est accrue régulièrement jusqu'en 1970 pour diminuer depuis lors, tandis que l'effectif des catholiques romains connaissait une augmentation très forte et continue à partir de la fin de la Deuxième Guerre mondiale du fait de l'immigration de travailleurs suisses, puis italiens et espagnols surtout. Mais la progression des "autres ou sans religion" est plus marquée encore. A partir de 1980, les tendances constatées jusqu'ici se confirment: en quatre ans, la part des protestants baisse de 34,4 à 31,6 pour cent, celle des catholiques reste stable (51,1 pour cent), les adeptes d'autres religions passent de 6 à 6,7 pour cent et les sans religion de 8,1 à 10,3 pour cent.
On trouvera, dans la deuxième partie de ce volume, l'histoire du christianisme à Genève. Auparavant, il importe de faire l'inventaire des communautés religieuses qui s'y sont établies, de tracer leurs origines, de suivre leur développement et de déterminer la place qu'elles occupent dans la vie genevoise, en commençant par les Eglises et communautés chrétiennes pour examiner ensuite les autres religions.
Dresser un inventaire des Eglises et communautés religieuses établies à Genève soulève d'abord un problème de terminologie. L'appellation d'Eglise, qui selon certains auteurs ne s'applique qu'à des congrégations à prétention universaliste, a été étendue à des confessions et des communautés religieuses disposant d'un lieu de culte et observant certains rites, les autres étant désignées du nom de groupements ou de communautés. Le mot "secte", qui vient [p. 11] du latin sequi, suivre, désigne un groupe de personnes qui ont une même doctrine au sein d'une religion.
Il existe à Genève un très grand nombre d'Eglises et communautés chrétiennes. Les unes sont des Eglises confessantes, les autres sont multitudinistes, en ce sens qu'elles entendent accueillir tout le monde et n'imposent pas à leurs membres une confession ou profession de foi. Certaines Eglises sont congrégationalistes, dirigées par le peuple des fidèles, d'autres sont synodales et reconnaissent l'autorité d'un organe directeur. On peut aussi distinguer les Eglises selon qu'elles font ou non partie du Rassemblement des Eglises et communautés chrétiennes de Genève (RECG), une institution spécifiquement genevoise qui a succédé en 1971 au Rassemblement oecuménique des Eglises de Genève, lui-même fondé en 1954; il groupe la plupart des Eglises et communautés chrétiennes en une association qui contribue à la vie oecuménique.
La vie spirituelle d'une communauté, faite d'individus aux croyances et aux aspirations divergentes et changeantes, se prête mal aux classifications. On se bornera donc à énumérer les Eglises et communautés chrétiennes établies à Genève, de même que certaines communautés qui, tout en se disant chrétiennes, sont plus philosophiques que religieuses. On commencera par les héritières de la Réformation en raison de l'importance historique de cet événement pour Genève. On s'abstiendra en revanche de mentionner les groupements ésotériques et les sectes, car leur activité se rattache plutôt à la vie quotidienne, objet d'un prochain volume de cette Encyclopédie, qu'à la religion.

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Eglises et communautés chrétiennes réformées

Organisée sous sa forme actuelle par la Constitution qu'elle s'est donnée le 27 septembre 1908, l'Eglise nationale protestante est la continuatrice de la communauté chrétienne de Genève réformée en 1536 et l'héritière de l'Eglise organisée par Calvin en 1541. A l'origine, comme d'ailleurs avant la Réforme, la politique et la religion étaient profondément imbriquées l'une dans l'autre: le Conseil était garant du respect des principes édictés par la Compagnie des pasteurs, qui inspirait les décisions des pouvoirs politiques. Peu à peu, le pouvoir temporel s'est libéré de la tutelle des pasteurs et, en 1907, la suppression du budget des cultes a consacré la séparation de l'Eglise et de l'Etat. Dès 1945, la contribution ecclésiastique, perçue par l'Etat mais facultative, constitue, comme pour l'Eglise catholique romaine et l'Eglise catholique chrétienne, la principale ressource de l'Eglise.
L'Eglise nationale protestante de Genève compte 45 paroisses desservies par environ 110 pasteurs et diacres. Les cultes sont célébrés dans 55 temples et chapelles répartis dans tout le Canton.
L'organisation de l'Eglise nationale protestante de Genève comporte un "parlement" élu, le Consistoire, composé de 18 pasteurs et de 62 laïcs, qui élit à son tour un Conseil exécutif de sept membres, les Conseils de paroisses et de communautés, ainsi que la Compagnie des pasteurs, corps consultatif qui défend les intérêts spirituels de l'Eglise et peut donner au Consistoire des préavis.
L'Eglise nationale protestante de Genève est multitudiniste. Elle "ouvre ses portes à tous les protestants résidant dans le Canton sans leur imposer aucune confession de foi. Son but est de les grouper et de les unir dans un esprit de justice et de fraternité en vue de leur développement religieux et moral". Elle réunit toutes les tendances, de la plus libérale, représentée par l'Union protestante libérale, jusqu'à la plus orthodoxe. Elle fait partie de la Fédération des Eglises protestantes de la Suisse et, à travers elle, du Conseil oecuménique des Eglises, de même que de la Communauté évangélique d'Action apostolique.
L'action de l'Eglise s'exerce à travers six départements formés en partie d'associations autonomes.
Le premier groupe, les aumôniers des hôpitaux et cliniques, de la prison et des marginaux, des institutions pour handicapés mentaux, des maisons de vieillesse, des collèges, des apprentis et jeunes travailleurs, des étudiants, qui, à la fois, annoncent l'Evangile et apportent leur réconfort dans leur domaine respectif. [p. 13]
​Les services sociaux, qui composent le deuxième département, sont particulièrement actifs: le Centre social protestant, qui a succédé en 1954 à l'Office social de l'Eglise, doit sa structure et son développement au pasteur Raynald Martin. On trouvera à la fin de ce volume une description succincte de ses multiples activités. L'Office protestant de consultations conjugales et familiales aide les couples et les familles en difficulté à retrouver leur équilibre. Carrefour exerce son apostolat auprès des détenus, des toxicomanes, des alcooliques et SOS Femmes auprès des prostituées. Des ministères spécialisés se consacrent aux personnes âgées, aux malades mentaux, aux handicapés, etc.
Le département de l'enfance et de la jeunesse oriente l'activité du service "Evangile et Jeunesse" qui forme, avec le "Service catholique d'animation catéchétique", le Centre oecuménique de catéchèse; des laïcs spécialement formés prodiguent aux enfants et adolescents un enseignement religieux renouvelé par l'utilisation de moyens modernes d'animation. Il s'intéresse à tous les mouvements protestants de jeunesse tels que la communauté de travail Jeunesse, les Unions chrétiennes, les groupes bibliques des écoles, les éclaireurs et éclaireuses, les Amies de la jeune fille.
Le département de la formation des adultes et de l'animation théologique vise à la fois l'enseignement et la recherche. Le Centre protestant d'études (CPE) créé en 1945 par le pasteur Jacques de Senarclens (1914-1971) étudie les fondements de la foi protestante et contribue au renouveau de l'Eglise par des cours, des séminaires, des conférences, des cercles d'étude sur les problèmes qui se posent dans les différentes professions. Le bulletin du CPE paraît huit fois par an. Le Ministère protestant dans le monde du travail est un organisme de réflexion et d'action dans tous les domaines qui intéressent les travailleurs, à Genève et ailleurs. Citons aussi le Centre de rencontres de Cartigny qui dispose de 52 lits, de cinq salles de réunions et qui peut servir des repas aux participants à des rencontres ou des séminaires, l'Association des retraites spirituelles de Presinge, la Fédération genevoise des cercles d'hommes, la Fédération genevoise des femmes protestantes, les groupes bibliques, le Centre universitaire protestant.
Le département Témoignage et Solidarité s'occupe des missions et de l'aide au Tiers-Monde. Ici aussi, un contact étroit existe entre organisations protestantes (Pain pour le prochain, Entraide protestante suisse) et catholiques (Caritas, Action de carême).
Le sixième département est celui de l'information, qui fait l'objet d'un chapitre de ce volume, pages 229-232.

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Communautés linguistiques

Certaines communautés linguistiques se sont créées, à la faveur d'un courant d'immigration, pour permettre à leurs membres de participer à des cultes célébrés dans leur propre langue.
La plus ancienne est la communauté italienne, née du refuge italien du XVIe siècle. Dès 1542, Bernardino Ochino (1487-1564), de Sienne, est autorisé à prêcher en italien à l'Auditoire de Calvin. Dix ans plus tard naît l'Eglise du Refuge italien, d'obédience calviniste, qui exerce son ministère pendant plus de deux cents ans; elle gère la "Bourse italienne" qui continue ses activités jusqu'en 1870.
A l'époque du Risorgimento, et plus précisément des soulèvements de 1848, Genève voit affluer de nombreux réfugiés italiens. Un Comité italo-suisse dirigé par le colonel Henri Tronchin s'intéresse particulièrement à la prédication de l'Evangile dans la langue de ces réfugiés. C'est ce que fait le prédicateur Luigi Desanctis, converti au protestantisme, dans la paroisse des Pâquis, et le 10 novembre 1853 se crée une Eglise évangélique italienne qui cessera son activité en 1855.
En 1886, l'Eglise méthodiste épiscopale envoie à Genève le pasteur Théophile Malan, originaire des Vallées vaudoises du Piémont, pour fonder une communauté de langue italienne. C'est cette Eglise qui, en 1955, est devenue l'Eglise vaudoise d'Italie (Chiera evangelica valdese). Elle est membre du RECG et dépend d'un Conseil exécutif dit "Table vaudoise", stationné à Rome. Elle se joint chaque année au synode de Torre Pellice, qui réunit les disciples de Petrus Valdo, marchand prédicateur lyonnais excommunié en 1184. Cette Eglise est forte de 65 membres, dont 25 sont actifs.
Il existe également un Comité romand pour l'Eglise et les Vallées vaudoises du Piémont, créé en 1944, et une Union des Vaudois du Piémont et d'Italie, fondée en 1964. Quant à la Société de secours mutuels dont bénéficient les Vaudois du Piémont de Genève, elle a été fondée en 1845.
La Paroisse protestante suisse-allemande ( Deutschschweierische Reformierte Kirchgemeinde) s'est vu attribuer, dès 1926, le temple de la Madeleine comme lieu de culte. Elle fait partie de l'Eglise nationale protestante de Genève.
La Communauté protestante hongroise, membre du RECG, s'est établie à Genève après la Deuxième Guerre mondiale. A la suite des événements survenus en Hongrie en 1956, l'effectif de la Communauté s'est accru considérablement. Actuellement un culte en langue hongroise est célébré mensuellement à la Chapelle des Pèlerins, rue Saint-Léger. [p. 15]
L'Eglise évangélique espagnole s'est fixée à Genève à partir de 1956 pour répondre aux besoins des travailleurs immigrés espagnols.
On trouve enfin à Genève une Paroisse néerlandaise (Nederlandse Protestant Gemeente) qui célèbre ses cultes dans l'Auditoire de Calvin. 

L'Eglise évangélique luthérienne de Genève

Formée pendant plusieurs siècles exclusivement de luthériens de langue allemande, l'Eglise évangélique luthérienne de Genève compte aujourd'hui trois paroisses: celle de langue allemande, qui groupe 400 foyers, celle de langue anglaise, qui concerne 100 foyers, et une paroisse suédoise qui s'adresse aux luthériens scandinaves de Genève. Un Conseil de l'Eglise de douze membres désignés par les Conseils de paroisses délibère sur les questions d'intérêt commun. Elle fait partie de la Fédération luthérienne mondiale qui a son siège au Centre oecuménique du Grand-Saconnex.
Quelle a été l'influence de Luther sur les premiers réformés genevois? Il est probable que les marchands allemands qui se rendaient à Lyon en passant par Genève ont eu des contacts avec des Genevois comme Amé Lévrier ou Jean Baudichon de la Maisonneuve, mais on ne trouve pas trace d'une [p. 16] communauté luthérienne à Genève à la veille de la Réforme, tout au plus sait-on que les écrits de Luther circulaient sous le manteau.
En 1707, des marchands allemands réfugiés de Lyon obtiennent du Consistoire l'autorisation de célébrer la sainte cène à Genève trois ou quatre fois l'an. Les cultes sont célébrés dans un local loué au bas de la Cité jusqu'à l'inauguration, en 1766, du sanctuaire actuel, au Bourg-de-Four.
L'adhésion à l'Eglise luthérienne suppose une déclaration et l'engagement de soutenir financièrement sa paroisse; 15 à 20 pour cent des ressources sont affectées à des oeuvres d'entraide. 

L'Eglise anglaise de Genève

L'accession au trône d'Angleterre de Marie Tudor, en 1553, est suivie de l'émigration politico-religieuse de plusieurs centaines de protestants anglais vers le continent. Il en arrive une trentaine à Genève en 1555, suivis un an plus tard par le réformateur John Knox (1513-1572), ami de Calvin. Dès le mois de novembre 1555, ils sont autorisés à célébrer leur culte en anglais dans l'église de Sainte-Marie-la-Neuve, accolée à la cathédrale (aujourd'hui l'Auditoire de Calvin). En 1814, la communauté anglaise se voit attribuer la chapelle de l'hôpital pour y célébrer son culte et en 1853 est inaugurée l'église anglaise, dédiée à la Sainte Trinité, où est célébré le culte réformé selon le rite anglican. L'Eglise anglaise de Genève compte environ 1.200 membres dont 230 sont actifs dans différents groupes. Elle relève de l'évêque d'Europe à Gibraltar.
L'Eglise anglaise de Genève a été, dès le début, un lien très fort entre l'Angleterre et Genève. Les imprimeurs genevois ont édité la Bible de Genève en anglais, dont 160 éditions ont paru entre 1560 et la guerre civile (1642). C'est de Genève que sont partis les textes sacrés emportés par les émigrés puritains du Mayflower qui ont débarqué en 1620 en Nouvelle-Angleterre. 

L'Eglise d'Ecosse

L'Eglise d'Ecosse (Church of Scotland), tout en évoquant le passage à Genève du réformateur écossais John Knox de 1556 à 1559, fait remonter sa fondation à la célébration de cultes, pendant les trois mois d'été, à partir de 1857. Mais [p. 17] c'est depuis 1924 que l'Eglise possède un pasteur à demeure. En 1957 fut établie la première Kirk Session (Conseil des anciens). L'Eglise observe le rite presbytérien écossais et célèbre son culte dans l'Auditoire de Calvin. Elle compte environ 350 membres dont 70 pour cent sont actifs. Le pasteur écossais à Genève est membre de la Compagnie des pasteurs de l'Eglise nationale protestante. 

L'Eglise américaine

L'Eglise américaine s'est établie à Genève en 1873, l'Eglise épiscopale américaine ayant délégué dans cette ville le révérend W. Ch. Langdon qui disposa du temple de la Fusterie pour y célébrer le culte. L'église Emmanuel fut construite en 1877 sur un terrain acheté à cet effet par un citoyen américain, Henry I. Barbey. L'Eglise américaine, qui compte 450 membres, accueille tous les protestants, qu'ils soient méthodistes, congrégationalistes, presbytériens, etc., et non seulement les épiscopaliens. Elle se rattache à la Confédération des Eglises américaines en Europe. 

Le mouvement évangélique 

Le mouvement évangélique, issu du Réveil du début du XIXe siècle, réagit contre le rationalisme et le moralisme du siècle précédent. Revenant aux principes de la Réforme, il proclame le salut par la seule grâce de Dieu.
On trouvera plus loin (pages 170-177) l'histoire de ce mouvement qui a marqué l'Eglise protestante durant tout le XIXe siècle et qui est encore très vivant à la fin du XXe. L'Eglise évangélique de la Pélisserie fait partie aujourd'hui, avec l'Assemblée évangélique de la rue Amat et les Eglises évangéliques de Cologny et de Meyrin, des Assemblées et Eglises évangéliques de Suisse romande.
La Société évangélique, créée en 1831, collabore avec la Société biblique suisse, gère Télébible — un numéro de téléphone qui diffuse 24 heures sur 24 un message biblique commenté — et organise, en commun avec l'Alliance évangélique, des camps-mission, publie un bulletin trimestriel, Evangile et Cité, et tient la Librairie Robert-Estienne. Elle est administrée par un Conseil de trente membres; son président est traditionnellement membre de l'Eglise nationale protestante dont elle représente l'aile évangélique.
En 1849 se crée l'Eglise évangélique libre de Genève entre les fidèles de l'Oratoire et ceux de la Pélisserie, en opposition au [p. 18] "laxisme" de l'Eglise nationale protestante et en réaction contre les ingérences de la politique dans les affaires religieuses, consécutives aux initiatives de James Fazy. Membre du RECG, elle groupe environ 800 membres répartis en six paroisses (Oratoire, Rive droite, Buis, Onex, Carouge et Chêne). Elle est régie par une Constitution entrée en vigueur le 28 avril 1982. C'est une Eglise confessante qui ne baptise que les croyants. L'autorité supérieure de l'Eglise est son synode. Elle est administrée par un Conseil synodal et fait partie de la Fédération des Eglises protestantes de la Suisse.
L'Eglise libre a joué un rôle important à Genève, ne serait-ce que par la création des écoles du dimanche et par le rayonnement de certains de ses pasteurs. Durant la Deuxième Guerre mondiale, des pourparlers, conduits entre l'Eglise nationale et l'Eglise libre en vue d'une fusion des Eglises réformées de Genève, ont avorté en 1951.
L'Assemblée des Frères (appelée communément Assemblée Darbyste) est liée au Réveil du début du XIXe siècle. Au nombre des serviteurs de Dieu qui y ont oeuvré, John Nelson Darby (1800-1882), auteur d'une traduction renommée de la Bible, occupe une place particulière. Animé d'un zèle missionnaire, il se rend à Genève en 1837. Il est accueilli à l'Eglise du Bourg-de-Four et entretient, jusqu'en 1842, des liens étroits avec les Evangéliques genevois.
Les principes qui régissent la vie de l'Assemblée des Frères, fondés sur l'enseignement des Ecritures, sont "la mise de côté de toute organisation humaine, le rejet du mal moral et doctrinal, dans la recherche du rassemblement chrétien d'une manière conforme à l'Eglise primitive". Les réunions se déroulent au numéro 3 du Cours des Bastions, dans la simple dépendance du Seigneur et sous la seule direction du Saint-Esprit. Elles revêtent trois formes distinctes, la prière, l'enseignement (prédication) et le culte, c'est-à-dire "l'adoration collective comportant la Cène chaque dimanche, souvenir de la mort du Christ dans l'attente de son retour promis".
L'Assemblée des Frères n'est pas constituée en société; elle n'a ni statuts ni règlements; elle est placée sous la seule autorité du Seigneur et de la Parole de Dieu. Un enseignement biblique est publié dans un journal mensuel, Le Messager évangélique.
L'Eglise évangélique méthodiste de Genève est fille du méthodisme de John Wesley (1703-1791), pasteur de l'Eglise anglicane au XVIIIe siècle. Elle s'est établie à Genève en 1879 sous le nom d'Eglise méthodiste épiscopale, communauté de langue allemande, au numéro 7 de la rue des Granges. En [p. 19: image / p. 20] 1904, elle acquiert un immeuble à la rue Calvin où elle installe une chapelle, un presbytère, un home pour jeunes filles et, dès 1951, un home pour personnes âgées. En 1968, l'Eglise méthodiste fusionne avec l'Union de l'Eglise évangélique et adopte sa désignation actuelle. Quittant la Vieille-Ville, elle construit en 1982, à Onex, un Centre paroissial avec chapelle et le foyer "Bethel" pour personnes âgées. Comptant parmi ses 140 membres toujours plus de francophones, elle est devenue bilingue et fait partie de l'Eglise évangélique méthodiste suisse et de la Fédération des Eglises protestantes de la Suisse. 

L'Armée du Salut

L'Armée du Salut est une association religieuse que ses membres désignent comme "une Eglise au sens néo-testamentaire du terme". Elle a emprunté à l'armée ses principes d'organisation, de grades, d'uniformes, de drapeaux, de corps de musique pour indiquer que l'un de ses buts est de combattre le mal. Ses membres sont des militants (soldats) qui, d'une part prennent pour eux-mêmes des engagements fermes (renoncement à l'usage du tabac, de l'alcool, de la drogue), d'autre part se consacrent à une oeuvre d'évangélisation en même temps qu'à une action sociale: nourrir les affamés, rendre visite aux isolés, secourir les prisonniers, offrir une aide aux sans-logis, éduquer, accompagner, soigner, telles sont quelques-unes des tâches qu'accomplit l'Armée du Salut comme un préliminaire à sa mission essentielle, qui est de prêcher l'Evangile, "la bonne nouvelle du salut en Jésus-Christ".
Issue, en 1878, de la Mission chrétienne dans l'Est de Londres, l'Armée du Salut s'est implantée en Suisse — en premier lieu à Genève — en 1882. Elle entretient dans cette ville deux postes d'évangélisation, trois centres d'hébergement pour hommes, un "Foyer de la femme", une hôtellerie pour femmes, un poste de secours, une maison d'enfants, un chantier d'assistance par le travail, une brocante. Elle doit inaugurer en 1987 le centre Espoir qui permettra de grouper, en les modernisant et les améliorant, quelques-uns des services existants, en vue de lutter plus efficacement contre la misère, l'isolement, l'alcoolisme, la toxicomanie et tous les maux qui frappent les laissés-pour-compte de la société.
On compte à Genève environ 200 salutistes, militants bénévoles qui portent l'uniforme et donnent à l'oeuvre leur temps libre, leurs ressources et leur talent, et 15 officiers qui font du ministère salutiste le travail de leur vie et se [p. 21] consacrent à plein temps au service du prochain dans le cadre de cette organisation. Très proches du mouvement évangélique issu du Réveil du XIXe siècle se trouvent les mouvements charismatiques, qui groupent des protestants et des catholiques dans des communautés très vivantes qui se réclament du "baptême du Saint-Esprit" reçu par les apôtres à la Pentecôte. 

Les mouvements charismatiques

Au sein du grand bouillonnement théologique du XVIIIe siècle, le pasteur John Wesley insiste, entre autres, sur la possibilité d'une "seconde bénédiction" après l'expérience de la "nouvelle naissance" mentionnée par le Christ (Jean 3, 3). Un des plus proches collaborateurs de Wesley est Jean de La Fléchère (1729-1785). Né à Nyon en 1729, mais établi en Angleterre, il est consacré prêtre de l'Eglise anglicane en 1757. Par ses commentaires théologiques, il est reconnu comme le père de l'expression "le baptême du Saint-Esprit", expression définissant une des propositions bibliques de la vie chrétienne. Les écrits de ces revivalistes ont encouragé les recherches spirituelles des évangéliques qui, dès le début du XIXe siècle, ont prêché le retour au message et à la pratique de l'Evangile d'après les Actes des Apôtres. Un deuxième Réveil se produisit au Pays de Galles au début du XXe siècle. Parmi ceux qui vécurent ce Réveil, on désigne du nom de Pentecôtistes les chrétiens qui se réclament de l'expérience promise dès la Pentecôte par l'apôtre Pierre à ceux qui "se repentiraient, seraient baptisés et recevraient le Saint-Esprit" (Actes 2, 38-39).
Le message et l'expérience du "baptême du Saint-Esprit", seconde bénédiction après l'expérience de la "nouvelle naissance", se sont propagés depuis quelque cinquante ans dans toutes les branches principales du christianisme. Les fidèles qui vivent cette foi à l'intérieur de leurs dénominations traditionnelles se disent "charismatiques", du grec charismata, terme désignant dans les épîtres de Paul les dons de l'Esprit. Ils attestent ainsi avoir demandé et accueilli le Saint-Esprit et avoir reçu l'une ou plusieurs de Ses manifestations mentionnées dans l'Epître de Paul aux Corinthiens, chapitre 12.
A Genève, quelques cellules de "pentecôtisants" se sont formées temporairement dès 1920, mais c'est en 1935, après le passage du revivaliste gallois George Jeffreys, que des "réveillés" ont ressenti le besoin de se constituer en [p. 22] communauté. Ils ont créé l'Eglise évangélique de Réveil qui rassemble quelque 400 à 500 fidèles et fait partie de l'Union romande des Eglises évangéliques de Réveil.
L'Eglise apostolique évangélique s'est établie à Genève en 1953. Elle compte environ 200 fidèles, est membre de l'Union des Eglises apostoliques évangéliques de Suisse et demeure en étroit contact avec les Eglises soeurs du Danemark.
Ces deux communautés font partie de l'Alliance évangélique genevoise et de la Fédération des Eglises pentecôtisantes de Suisse. Toutes deux proclament ce qui a été nommé "l'Evangile aux quatre angles", à savoir: "Jésus sauve" la vie et la destinée de ceux qui, ayant confessé leur perdition, reçoivent par la foi la grâce de la "nouvelle naissance". "Jésus guérit", affirmation rappelant le ministère de guérison spirituelle et physique qui peut découler de la pratique, sous contrôle communautaire, de l'imposition des mains et de l'onction d'huile aux malades. "Jésus baptise" doit attirer l'attention sur les possibles visitations du Saint-Esprit et les manifestations de Ses dons. "Jésus revient" rappelle l'espérance du règne de Dieu appelé par la prière et promis par le retour du Christ-Roi.
A côté de ces Eglises subsistent ou se sont formées d'autres communautés autonomes, plus petites, telles que l'Assemblée de Dieu, groupe issu des prédications de Smith Wigglesworth en 1920, l'Eglise missionnaire évangélique, fruit de la fusion, en 1977, avec l'Eglise biblique (elle compte 50 à 60 membres), et l'Eglise unifiée pentecôtiste, établie à Genève en 1978, qui est surtout d'expression anglaise et rattachée à la dénomination américaine The Church of the Living Saviour. Il faut noter enfin que les paroisses de l'Eglise évangélique libre des Buis et de la Rive droite se reconnaissent comme "communautés charismatiques".
Renouveau dans la terminologie catholique, réveil selon la terminologie protestante, le courant charismatique vit d'une ouverture à l'Esprit Saint. A la fois biblique (enracinement dans la parole de Dieu), pentecostal (redécouverte des charismes et du baptême dans le Saint-Esprit), évangélique (vie de plénitude dans l'Esprit), il voit se raviver les expériences de foi de l'Eglise primitive dans ce temps d'Eglise "finitive".
On compte à Genève plus de 2.000 croyants touchés par ce courant, soit dans les Eglises mentionnées plus haut, soit dans l'Eglise nationale protestante, où des laïcs et plusieurs pasteurs témoignent d'un baptême dans le Saint-Esprit; il existe depuis le début des années soixante-dix un groupe "Renouveau et guérison dans l'Eglise" dans la paroisse de Champel. [p. 23]
Dans le milieu catholique, des groupes de prière charismatique se sont créés: Sœurs du Cénacle, paroisse de Notre-Dame et le Chemin-Neuf, récemment établi.
Sur un plan interdénominationnel, il existe plusieurs groupes de prière ou Eglises de maison. Jeunesse en Mission inspire par sa musique et ses chants la louange de tous ces groupes; fondé au début des années soixante, le mouvement des hommes d'affaires francophones (ACTE) a organisé de grandes campagnes d'évangélisation avec des prédicateurs du courant charismatique, Emiliano Tardif, Juan Carlos Ortiz, René Jacob. 

Autres Eglises, communautés et associations

L'Eglise évangélique baptiste de Genève est dans la longue lignée des églises baptistes qui ont vu le jour au début du XVIIe siècle et ont pris un développement considérable, notamment aux Etats-Unis d'Amérique. L'Eglise de Genève s'est constituée en 1951 et compte environ 70 membres actifs. Elle se rattache indirectement à la branche pacifique des anabaptistes, mouvement né en 1520 à Zurich, durement persécuté, et fait partie de l'Union d'Eglises évangéliques baptistes de Suisse romande et de l'Association évangélique d'Eglises baptistes de langue française. Ces Eglises pratiquent un christianisme biblique qui ne reconnaît d'autre autorité que celle de Jésus-Christ, l'exercice de cette autorité étant confié aux pasteurs, sous le contrôle de l'assemblée. Elles procèdent au baptême des seuls croyants, par immersion. Le pasteur de l'Eglise évangélique baptiste de Genève est le rédacteur d'un journal mensuel, Le Lien fraternel, organe officiel de l'Association.
La Société des amis (Quakers), fondée en Angleterre, au milieu du XVIIe siècle, par George Fox, s'est établie à Genève en 1920. Elle prêche le retour à la spiritualité et à la simplicité du christianisme primitif, abolit tout cérémonial, tout prêtre ou pasteur, tout titre religieux, et pratique un égalitarisme absolu. Persécutée en Angleterre, la Société émigre très tôt vers d'autres pays. La Société est très active sur le plan social, économique et politique. Elle a lutté pour l'abolition de l'esclavage, la réforme des prisons, la tolérance religieuse, la séparation de l'Eglise et de l'Etat, les droits de la femme, etc., et continue de lutter pour la paix. Elle est représentée auprès des Nations Unies à Genève et à New York.
L'Eglise néo-apostolique est la continuation de l'Eglise apostolique fondée en 1832 en Europe (Angleterre et Allemagne) en vertu de prophéties, et dont le premier apôtre [p. 24] était John Bate Cardale. Elle s'est établie à Genève en 1909 et ses membres dans le Canton, au nombre d'environ 1.300, se réunissent dans cinq édifices religieux à Genève (rue Liotard), Chêne-Bourg, Meyrin, Onex et Versoix. Elle se distingue des autres communautés par une hiérarchie ministérielle, la dispensation du Saint-Esprit et une obéissance de la foi basée sur l'enseignement des apôtres. Elle se considère comme la descendante directe de la première Eglise apostolique fondée à la Pentecôte par les apôtres de Jésus-Christ.
L'Eglise de l'Action biblique a été fondée en 1914 par un chrétien écossais, H. E. Alexander, qui est à l'origine de l'Ecole biblique de Genève à Cologny et de la Société biblique de Genève. Cette dernière édite les Ecritures saintes et les diffuse par des Maisons de la Bible réparties dans sept pays d'Europe, d'Afrique et d'Amérique. Elle compte à Genève 200 à 300 membres.
L'Association du Foyer réformé de Genève a été créée en 1955 par le pasteur Robert Riedel pour exercer une mission avant tout sociale et culturelle, sans couleur confessionnelle. Son fondateur la définit comme une fraternité humaine universelle. Elle a publié pendant trente ans un bulletin mensuel, les Nouvelles du Foyer réformé, tiré en décembre 1984, pour la dernière fois, à 1.650 exemplaires; a organisé des conférences culturelles, des consultations pour couples et différentes actions à caractère social.
L'Eglise du Christ est une communauté de chrétiens réunis dans l'amour du Christ et guidés par la Bible. Le groupement espagnol s'est établi à Genève en 1960, les groupements français et anglais en 1970. On s'intègre à la congrégation par le baptême; seuls les croyants sont baptisés, par immersion. La communauté compte une centaine de membres.
L'Eglise adventiste a été fondée aux Etats-Unis en 1844 par un membre de l'Eglise baptiste, William Miller. Elle est établie à Genève depuis 1887 et y compte actuellement environ 450 membres. Elle considère la Bible comme le fondement unique de la foi et attend la seconde venue du Christ, qu'elle croit imminente. Elle respecte le samedi comme jour de repos, conformément aux Ecritures, et pratique le baptême par immersion des adultes. Soucieuse de santé, elle recommande à ses membres d'éviter l'usage de l'alcool, du tabac et des toxiques. Elle gère un séminaire à Collonges-sous-Salève, en Haute-Savoie, la clinique "La Lignière" à Gland, dispose d'une station de radio locale française, Radio-Salève. Elle publie de nombreux périodiques en plusieurs langues, dont, en français, les revues Signes des Temps et Vie et Santé. [p. 25]
Les Témoins de Jéhovah sont une communauté religieuse créée en 1870 par Charles Taze Russell, aux Etats-Unis, et établie en Suisse en 1920 sous le nom "Les Etudiants de la Bible". A Genève, les Témoins de Jéhovah sont divisés en congrégations d'environ cent personnes. Il y a cinq congrégations de langue française, quatre de langue italienne, deux de langue espagnole et une de langue portugaise. Le prosélytisme est une des principales obligations des membres de cette communauté, qui vulgarise la Bible et publie deux périodiques, La Tour de Garde, tirée en 104 langues à 11.630.000 exemplaires et Réveille-vous!, publié en 54 langues à 10.480.000 exemplaires.
L'Ange de l'Eternel est un mouvement philanthropique fondé en 1919 par F. L. A. Freytag, précédemment membre des Etudiants de la Bible. Il considère l'égoïsme comme étant la base de tous les péchés et la cause de tous les maux. Il est établi depuis 1933 au Château de Cartigny et édite deux journaux, Le Moniteur du Règne de la Justice, bimensuel, et Journal pour Tous, hebdomadaire.
La Première Eglise du Christ, Scientiste (Science chrétienne) a été fondée en 1879 dans le Massachusetts, aux Etats-Unis d'Amérique, par un groupe d'étudiants de Mary Baker Eddy, auteur d'un livre intitulé "Science et Santé avec la Clef des Ecritures". Son credo est défini par six articles de foi. Son but: "Organiser une Eglise destinée à commémorer la parole et les oeuvres de notre Maître et à rétablir le christianisme primitif et son élément perdu de guérison." Une filiale a été constituée à Genève en 1908 par des adeptes locaux. La Bible est étudiée individuellement pendant la semaine, sans le secours d'un pasteur, à la lumière de "Science et Santé avec la Clef des Ecritures". Des praticiens et des professeurs en Science chrétienne sont à disposition. L'Eglise Mère à Boston publie un journal, The Christian Science Monitor, quotidien aux Etats-Unis et hebdomadaire dans 52 autres pays, ainsi que quatre périodiques, dont deux paraissent en treize langues.
L'Eglise de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours (Mormons) a été fondée en 1830, aux Etats-Unis d'Amérique, à la suite de la vision que Joseph Smith a eue, à 14 ans, de Dieu le Père et de Jésus-Christ. L'Eglise a son siège à Salt Lake City, aux Etats-Unis; elle est dirigée par un prophète, actuellement Ezra Taft Bensen, et douze apôtres. Genève est depuis 1982 le centre d'un "Pieu" (diocèse) qui regroupe une dizaine de paroisses en Suisse romande. La croyance des Saints des Derniers Jours est centrée sur Jésus-Christ, l'Evangile et la famille, qu'ils croient pouvoir être éternelle.

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Eglise Catholique et orthodoxes


L'Eglise catholique romaine

Genève a vécu douze siècles sous le gouvernement spirituel et temporel d'un évêque. Tout un chapitre est consacré à cette période dans la partie historique de ce volume. En 1535, le 10 août, le Conseil des Deux Cents interdit la messe et provoque le départ de tous les ecclésiastiques et religieux qui ne se rallient pas à la Réforme. Cent quarante-quatre ans plus tard, le 30 novembre 1679, la messe est à nouveau célébrée, sous la pression de Louis XIV, dans la chapelle du Résident de France.
Mais c'est au XIXe siècle que le culte catholique a réellement repris pied dans la cité de Calvin, à la suite du concordat du 15 juillet 1801 entre le gouvernement français et le pape Pie VII — Genève est alors française depuis 1798 — et en vertu de la Constitution genevoise du 24 août 1814 et des traités de Paris et de Turin de 1815 et 1816 qui stipulent le rattachement à Genève de 24 communes françaises et savoyardes à majorité catholique, les Communes réunies. Enfin, la Constitution de 1847 reconnaît l'égalité des droits entre les citoyens des deux confessions.
On trouvera plus loin l'histoire de l'Eglise catholique au XIXe siècle, des conflits entre "papistes" et libéraux, et surtout de la sombre période du Kulturkampf.
Aujourd'hui l'Eglise catholique romaine est solidement implantée à Genève, où elle dispose de plus de cinquante églises et chapelles, et où elle est largement majoritaire.
Le Canton fait partie, depuis 1820, du diocèse de Lausanne et Genève, intitulé depuis 1945 diocèse de Lausanne, Genève et Fribourg. Son évêque réside à Fribourg; il est représenté à Genève par un vicaire épiscopal. Il compte 54 paroisses regroupées en sept archiprêtrés, dont plusieurs paroisses linguistiques: italienne, espagnole, allemande, anglaise, portugaise... Elles assument des tâches telles que la célébration des sacrements, la catéchèse, la prédication, la liturgie et l'entraide fraternelle. Les prêtres au service des paroisses et de la pastorale d'ensemble sont au nombre de 130 environ.
En plus du travail accompli dans les paroisses, regroupées dans le département du territoire, de nombreuses autres activités sont coordonnées dans sept autres départements: le département des milieux sociaux et fonctions sociales, dont l'objectif premier est d'assurer une présence chrétienne dans les milieux de vie et de travail; le département de l'enfance et de l'adolescence, qui vise à la formation religieuse des enfants et des jeunes; le département de la formation des adultes qui groupe des organismes tels que le Centre universitaire catholique, le Centre catholique d'étude, etc.; le département [p. 28] de l'Eglise universelle qui traite des relations avec les autres Eglises, des missions et de l'Action Tiers-Monde; le département de l'information; le département des services, qui coordonne l'activité des différents services sociaux tels que Caritas et les nombreuses organisations qui s'occupent des jeunes, des personnes âgées, des malades, des handicapés, etc.; enfin, le département des finances, formé du comité de la Société catholique romaine, qui représente l'Eglise sur le plan juridique civil. Le secrétaire général, administrateur gestionnaire, en fait partie de droit. Chaque département a un responsable, entouré d'une équipe représentant les organismes qui le composent. La majorité sont des laïcs, hommes et femmes.
Trois "conseils" et un secrétariat sont responsables, sur le plan cantonal, du fonctionnement des différents organes ecclésiastiques: le Conseil exécutif, composé du vicaire épiscopal, du secrétaire de la pastorale et des responsables des départements, participe collégialement avec l'évêque aux décisions concernant l'Eglise à Genève. Le Conseil des archiprêtres, composé du vicaire épiscopal, du secrétaire de la pastorale et des sept ecclésiastiques responsables des secteurs pastoraux, décide collégialement de ce qui touche à la vie matérielle et spirituelle des prêtres et à leur formation pastorale et intellectuelle. Le Conseil de pastorale, groupant le Conseil exécutif, le Conseil des archiprêtres et les équipes des départements, est essentiellement un lieu de rencontre, d'échange, de recherche et de vérification sur la vie de l'Eglise. Le Secrétariat de la pastorale est au service des paroisses pour les informer et les aider dans leurs analyses et leurs choix. Il a aussi son rôle à jouer dans la vérification permanente de la juste mise en application du projet pastoral et de son adaptation à l'évolution ambiante.
Neuf communautés religieuses d'hommes et dix-huit de femmes offrent la possibilité de consacrer sa vie à la prière, à la charité ou à l'apostolat. Sept écoles, instituts et collèges dispensent un enseignement général à des jeunes des deux sexes.
Genève abrite au surplus de nombreuses institutions catholiques internationales en liaison avec le siège européen des Nations-Unies, de même que la Mission permanente du Saint-Siège auprès des Nations-Unies. Des contacts existent avec l'Eglise à Genève, mais informels et sans aucun rapport de subordination.

La Fraternité sacerdotale Saint Pie X a été fondée en 1970 par l'évêque catholique intégriste Marcel Lefebvre, venu de Dakar et créateur du séminaire d'Ecône, en Valais, et [p. 29] d'une communauté de prêtres à Onex. Elle compte à Genève environ 500 fidèles de la région et dispose du prieuré Saint-François, à Onex, et de l'oratoire Saint-Joseph, à Carouge. Son principal objectif est de former des prêtres dans la tradition de l'Eglise catholique romaine d'avant le Concile Vatican II. Elle est donc en rupture avec la hiérarchie catholique. 

L'Eglise catholique chrétienne à Genève 

L'Eglise catholique chrétienne de Genève est née en 1873 à la suite de l'adoption des lois organisant le culte catholique (voir plus loin, pages 178 et 186-189). Elle fait partie de l'Association suisse de catholiques libéraux fondée à Soleure en 1871 en réaction contre les décisions du pape Pie IX et du premier concile du Vatican. Après avoir possédé toutes les églises catholiques du Canton, elle les a peu à peu remises à l'Eglise catholique romaine et ne conserve aujourd'hui que deux lieux de culte: l'église Saint-Germain et l'église de la Sainte-Trinité, au Grand-Lancy.
L'Eglise catholique chrétienne compte à Genève deux paroisses, Genève Saint-Germain et Lancy-Carouge, et une association paroissiale à Chêne-Bourg, rattachées au diocèse suisse, dont le siège est à Berne. Elle fait partie de la Communion des Eglises vieilles-catholiques, liées par l'Union d'Utrecht de 1889. La messe est célébrée dans la langue du pays, les prêtres ne sont pas tenus au célibat, la volonté d'oecuménisme est clairement affirmée. [p. 30]
Malgré des effectifs modestes (un millier de membres dans le Canton et les environs immédiats, dont 400 pratiquants environ), l'Eglise catholique chrétienne à Genève déploie une activité importante sur le plan social. Elle édite un périodique, Présence catholique chrétienne, édité à La Chaux-de-Fonds, et a fait l'objet de nombreux ouvrages descriptifs ou historiques.
L'Eglise catholique libérale est une dissidence de l'Eglise catholique chrétienne, ou vieille-catholique, de Hollande. La communauté genevoise est peu nombreuse; elle partage les locaux et, dans une large mesure, les idées de la Société de théosophie, d'inspiration orientale. 

Les Communautés orthodoxes à Genève 

L'Eglise orthodoxe s'est séparée de l'Eglise d'Occident en 1054, à la suite de certains différends dogmatiques (la procession du Saint-Esprit, la juridiction du pape, etc.). Contrairement à l'Eglise catholique, elle n'est pas centralisée, mais se compose de quatorze Eglises dites "locales", qui jouissent d'une certaine indépendance sous l'autorité du patriarche de Constantinople, qui porte aussi le titre de Patriarche "oecuménique" (ici dans le sens "universel"). Ces Eglises locales sont: les patriarcats de Constantinople, Alexandrie, Antioche, Jérusalem, Russie, Serbie, Roumanie, Bulgarie, les archevêchés de Chypre, Grèce, Géorgie, Pologne, Tchécoslovaquie et Finlande.
Depuis plusieurs années, le besoin se faisait sentir de coordonner leur activité sur le plan administratif et c'est pourquoi, en 1966, le patriarche de Constantinople Athénagoras Ier fonda, à Genève — plus précisément à Chambésy —, le Centre orthodoxe du Patriarcat oecuménique, qui abrite plusieurs organes centraux de l'Eglise orthodoxe. Le plus important de ces organes est constitué par le Secrétariat pour la préparation du Concile. En effet, depuis un certain nombre d'années, les orthodoxes préparent la tenue d'un concile. Plusieurs conférences panorthodoxes consacrées à cette préparation ont été tenues ces dernières années à Chambésy et tout le processus prendra vraisemblablement encore de nombreuses années. Le Secrétariat, ainsi que le Centre, sont dirigés par S. E. Damaskinos, métropolite de Suisse. Le Centre orthodoxe de Chambésy est aussi le siège du Secrétariat des diverses commissions interorthodoxes pour le dialogue avec certaines autres Eglises chrétiennes. Il reçoit de nombreuses conférences panorthodoxes, oecuméniques, théologiques, etc. Chaque printemps, il organise un séminaire [p. 31: image / p. 32] "post-grade" sur un sujet d'intérêt actuel, qui réunit des théologiens occidentaux et orthodoxes. Le Centre édite un certain nombre de périodiques et dispose d'une bibliothèque importante.
Enfin, le Centre de Chambésy abrite plusieurs communautés orthodoxes: La Paroisse orthodoxe grecque qui dépend du diocèse de Suisse du patriarcat de Constantinople. La communauté grecque s'est implantée à Genève à partir des années cinquante; c'est de loin la communauté orthodoxe la plus nombreuse de Genève avec ses 2.000 personnes environ (grecques et d'origine grecque). Elle célèbre ses cultes dans l'église du Centre. La Paroisse orthodoxe francophone se rattache au même diocèse de Suisse. Elle a été fondée en 1974 par le patriarche de Constantinople pour donner aux orthodoxes la possibilité de suivre les offices en français. Elle célèbre ses offices dans la crypte de l'église du Centre. En 1984 fut constituée, au Centre, une Paroisse orthodoxe arabophone (pour les orthodoxes de Syrie, du Liban, de Palestine, etc.). Cette communauté, qui se rattache également au même diocèse de Suisse, célèbre la liturgie une fois par mois pour l'instant. Le Centre abrite aussi une Paroisse orthodoxe roumaine, qui dépend du patriarcat de Bucarest. Elle célèbre ses offices dans la chapelle intérieure du Centre.
Le diocèse de Suisse du patriarcat de Constantinople a son siège également à Chambésy, mais dans une maison distincte avec une petite chapelle.
Le Patriarcat de Moscou possède également à Genève une représentation avec une chapelle. A la suite de la révolution d'Octobre 1917, une partie des paroisses russes de l'étranger s'était détachée du patriarcat de Moscou et s'était constituée en Eglise russe hors-frontières, juridiction autonome avec un [p. 33] synode à New York. L'église russe de Genève (construite en 1866) se rattache à cette juridiction; elle est le siège de son diocèse pour l'Europe occidentale.
​Enfin, la communauté des émigrés roumains est également en train de constituer une paroisse distincte. Elle rassemble des fonds pour la construction d'une église et d'un centre socio-culturel à Chêne-Bourg. 

Les Eglises chrétiennes du Moyen-Orient 

Genève attire, depuis les années soixante-dix, un nombre croissant de personnes originaires des pays du Moyen-Orient, chassées par les conflits qui ensanglantent cette région ou attirées par les commodités d'une résidence genevoise. Et l'on découvre l'extraordinaire variété des Eglises nées dans ce creuset du monothéisme.
Les unes se rattachent à l'Eglise de Rome; les autres sont "séparées", pour la plupart orthodoxes, tandis que d'autres relèvent d'un patriarche autocéphale qui ne reconnaît l'autorité, ni de l'évêque de Rome, ni du patriarche de Constantinople. C'est le cas du patriarche copte d'Alexandrie, dont dépendent les coptes égyptiens et éthiopiens.
L'antagonisme a été très vif, au cours des siècles, entre l'Eglise catholique romaine et les Eglises chrétiennes orientales, jusqu'à ce que le deuxième concile du Vatican (1962-1965) ait reconnu le droit à la différence, ou plus exactement à l'indépendance.
A Genève, les catholiques (maronites du Liban, catholiques syriens, chaldéens, arméniens, grecs melkites) vont à la messe dans une église catholique romaine; parfois, un prêtre libanais vient célébrer la messe à l'église de la Sainte-Trinité; quant aux orthodoxes, ils se rendent au Centre orthodoxe de Chambésy.
Les Arméniens, au nombre de 3.000 en Suisse et de 1.000 environ à Genève, ont leur propre église, Saint-Hagop, à Troinex, et y construisent un centre culturel, seul lieu de culte, de méditation, de rencontre et de recherche arménien en Suisse. L'Eglise arménienne, première Eglise chrétienne "nationale", a été fondée vers 295 par saint Grégoire l'Illuminateur. Elle est distincte des Eglises catholique et orthodoxe, et dépend des "catholicosats" d'Etchmiadzine (URSS) et de Sis (Liban) et des patriarcats d'Istanbul et de Jérusalem. Elle fait partie du Conseil oecuménique des Eglises depuis 1962 et a envoyé des observateurs au deuxième concile du Vatican.

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Le Judaïsme


L'histoire du judaïsme à Genève se confond avec celle des régions avoisinantes, mais aucun texte, aucune inscription n'atteste la présence de Juifs en Suisse romande durant l'Antiquité et le Haut Moyen Age. Et pourtant, on signale de nombreux établissements juifs dans la Vallée du Rhône, jusqu'au nord de Lyon, dans les premiers siècles de l'ère chrétienne. La loi Gombette (480-490 après J.-C.) mentionne les Juifs (article CII); on en trouve en Bourgogne dès le Xe siècle; mais la première mention de Juifs dans un document genevois date de 1281; il s'agit de l'enregistrement d'un paiement de dix livres genevoises par Agin le Juif, dans les comptes annuels de la châtellenie. Et puis plus rien pendant près de cent cinquante ans, sauf une inscription, dans les comptes de la trésorerie générale de Savoie, à la fin du XIVe siècle, d'impôts acquittés par des Juifs.
Au Moyen Age, les Juifs sont avant tout des prêteurs d'argent (voir à ce sujet le volume III de cette Encyclopédie, pages 65-66). L'essor des foires de Genève, dès la fin du XIIIe siècle, avec les opérations financières qui leur sont liées, les attire comme les financiers italiens. En 1428, ils sont contraints d'élire domicile dans un ghetto situé à l'emplacement actuel du Grand-Mézel, contre les remparts. Mais la désaffection progressive des foires de Genève au profit de celles de Lyon suscite une opposition grandissante et souvent violente à l'égard des Juifs, considérés comme des concurrents, et le 23 décembre 1490, un arrêté d'expulsion met fin pour trois siècles à leur présence à Genève.
En 1582, une requête de Bernardin de Candolle tendant à ce que huit mille Juifs persécutés en Allemagne puissent s'établir à Genève est rejetée par le Conseil. 

Carouge la tolérante

En 1782, Claude de La Fléchère, seigneur de Veyrier et gouverneur de Carouge, accueille une petite communauté juive venue d'Alsace et d'Allemagne en accordant à ses membres la liberté d'établissement à Carouge. Une concession lui est accordée en 1790 pour l'établissement d'un cimetière dans l'enceinte de la commune. Lors de la conquête de la Savoie par la France, en 1792, les Juifs deviennent citoyens français et le resteront, malgré la réunion à Genève, en 1816, des communes sardes, jusqu'à ce que l'arrêté fédéral du 24 septembre 1856 leur accorde le libre exercice des droits politiques dans leur canton d'origine ou dans celui où ils se sont établis.
Entre-temps, le Conseil d'Etat leur avait permis, en 1843, de célébrer en ville un "Culte privé", puis une loi cantonale [p. 35: image / p. 36] du 20 mai 1852 avait autorisé la Fondation de la Communauté israélite dans le canton de Genève. Enfin, le gouvernement avait cédé un terrain sur l'emplacement des anciennes fortifications pour l'édification d'une synagogue, inaugurée en 1859 (voir p. 84). 

Une progression rapide 

Dès lors, la progression des Juifs établis à Genève est rapide. Le recensement fédéral de la population dénombre, sous la rubrique "religion", 662 israélites en 1880, 1.119 en 1900, 2.919 en 1920, 2.244 en 1941, 3.695 en 1960 et 4.150 en 1980. La progression est de 527 pour cent en un siècle, alors que la population totale n'a augmenté durant cette période que de 244 pour cent.
Aujourd'hui, la Communauté israélite de Genève, qui groupe la plus grande partie des Juifs de Genève, fait partie de la Fédération suisse des communautés israélites et compte environ mille familles. Elle possède deux synagogues, l'une pour le rite ashkenaze, originaire d'Europe centrale, place de la Synagogue, l'autre, Herkhal Haness à la route de Malagnou, pour le rite sépharade, originaire du Moyen-Orient; un oratoire et un cimetière situé sur territoire français à Veyrier, un centre culturel, un centre d'études juives à l'Université, une maison juive, un centre social, une maison de repos pour personnes âgées et différents services pour la jeunesse. Genève abrite deux autres communautés: l'une, israélite libérale, dispose d'une synagogue au quai du Seujet, l'autre, israélite orthodoxe, possède une synagogue à la place des Eaux-Vives. Chacune de ces communautés a des locaux d'enseignement pour ses membres et leurs enfants.
Il y a lieu de relever encore l'intérêt que des Genevois ont manifesté pour la cause juive. Jean-Jacques Rousseau a écrit dans l'Emile: "Je ne croirai jamais avoir bien entendu les raisons des Juifs, qu'ils n'aient un Etat libre, des écoles, des universités, où ils puissent parler et disputer sans risque. Alors seulement nous pourrons savoir ce qu'ils ont à dire." En 1841, Jean-Gabriel Eynard adresse au tsar Nicolas Ier un mémoire intitulé "A entreprendre de concert avec les alliés, le rétablissement du peuple israélite à Jérusalem". Henri Dunant, lui aussi, s'engage pour le rétablissement des Juifs en Palestine. Chaïm Weizman, successeur de Théodore Herzl, le fondateur de l'Etat juif, a enseigné la chimie à l'Université de Genève de 1902 à 1903. Enfin, Genève a abrité des auteurs tels que Edmond Fleg (1874-1963), Josué Jéhouda (1892-1966), Albert Cohen (1895-1984).

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L'Islam


"Islam" signifie "soumission à Dieu". Les grandes divisions de l'Islam sont présentes à Genève: le sunnisme, la plus répandue, qui tire son nom de la sunna, ou enseignement du Prophète, le chiisme, que l'on trouve surtout en Iran et qui ne reconnaît comme khalife, ou chef de la communauté, qu'Ali, gendre de Mahomet, et le kharidjisme, ou moabitisme, qui se manifeste, entre autres, au Mzab, en Algérie, et qui considère que le khalife doit être le musulman le plus digne. On y trouve aussi d'autres doctrines, dérivées pour la plupart du chiisme, en particulier l'ismaélisme, dont le chef spirituel est l'Aga Khan et qui dispose à Genève d'un centre culturel. Quant au soufisme, il s'agit d'un courant mystique attaché à la pureté des origines de l'islam.
Tous ces croyants, unis par l'observation du Coran, l'adoration d'Allah et l'usage de la langue arabe, quelle que soit leur tendance spirituelle, se retrouvent dans les différentes institutions islamiques de Genève, à savoir:

  • le Centre islamique des Eaux-Vives, créé en 1962
  • l'Institut islamique de la rue de Lausanne, qui date de 1975
  • la Fondation islamique du Petit-Saconnex, avec sa mosquée construite de 1975 à 1978.

Les musulmans ne sont recensés en Suisse que depuis 1970, année où ils sont au nombre de 1.436 à Genève. Ils passent en 1980 à 3.359 pour atteindre 4.679 personnes en 1984. L'augmentation est ainsi de 226 pour cent en quatorze ans. L'établissement d'une communauté islamique est donc récente à Genève; elle coïncide avec la venue d'une population arabe économiquement active.
L'Islam ne comporte ni sacrements, ni magistère spirituel. L'imam, personnage pieux et respectable choisi par la communauté, est chargé de lire la prière du vendredi à la mosquée et de célébrer les mariages et les enterrements. Est musulman celui qui prononce la profession de foi, la shahada: "Il n'y a pas d'autre dieu qu'Allah et Mahomet est l'envoyé de Dieu." Il s'engage par là même à respecter les quatre autres "piliers": la prière rituelle cinq fois par jour, dans des postures et selon des formules bien précisées, après ablutions obligatoires (le vendredi, la prière de midi revêt une importance particulière); le versement de l'aumône légale, la raka; le jeûne du ramadan, neuvième mois de l'année lunaire, durant lequel le musulman n'a le droit de manger et de boire qu'après le coucher du soleil; et le pèlerinage à La Mecque, que chaque musulman doit accomplir une fois dans sa vie s'il en a les moyens.

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Les religions orientales


Les religions orientales rencontrent à Genève, depuis les années soixante, un intérêt accru. Celui-ci est dû à la fois à la présence à Genève de nombreux fonctionnaires internationaux et diplomates provenant pour une bonne part d'Extrême-Orient et à la propagande faite en Europe, depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale, par des adeptes de ces religions.
On se limitera ici à quelques indications générales car la pratique de ces religions est surtout individuelle; elle n'entraîne pas l'édification d'églises et les fidèles ne sont qu'exceptionnellement groupés en communautés.
L'hindouisme est la religion actuelle de l'Inde. Il est issu du védisme, apporté par les Aryens au XVIe siècle avant J.-C., et du brahmanisme, qui remonte au VIlle siècle. Il en a conservé les livres sacrés, les Veda, les Brahmana et les Upanishad, auxquels se sont ajoutés de nombreux ouvrages, les Sutra et les Çastra. C'est une religion polythéiste fondée sur la croyance aux renaissances successives auxquelles, sous le poids des actes accomplis au cours des existences antérieures, chacun est astreint jusqu'à sa parfaite purification. Il existe une multitude de sectes sivaïtes (la religion des ascètes qui pratiquent le yoga), vishnouites et syncrétistes. On trouve à Genève un Centre védantique issu de la Mission Ramakrishna, fondée à la fin du XIXe siècle par son disciple Vivekananda, un Centre yoga sivananda, des disciples de Ramana Maharsi, etc.
Le bouddhisme est né en Inde, non loin de Bénarès, où le Bouddha a vu le jour au VIe siècle avant J.-C. Il a été combattu pour hérésie dans son pays d'origine, où il a presque totalement disparu sous la pression de l'hindouisme et de l'islam, mais il a conquis tous les pays asiatiques situés à l'est et au nord de l'Inde. Le bouddhisme est plus une philosophie qu'une religion, la méditation sur la douleur, ses causes et ses remèdes étant au centre de sa doctrine. On distingue deux grandes lignes: le bouddhisme hinegana, ou Petit Véhicule, que l'on rencontre au Sri Lanka et dans le Sud-Est asiatique, qui est une recherche personnelle du salut par une minorité de "saints", et le bouddhisme mahayana, ou Grand Véhicule, qui a pénétré en Chine, en Corée, au Tibet, en Mongolie, en Mandchourie et au Japon, et qui est davantage orienté vers la compassion, les prêtres s'efforçant de secourir les âmes en détresse. La doctrine fondamentale est la même: c'est la loi du karma, des actes, du devenir universel: chacun renaît sous une forme inférieure ou supérieure suivant la façon dont il a vécu, jusqu'à la libération du nirvana[p. 40]
On rencontre à Genève toutes les écoles, qui se distinguent essentiellement par leur origine géographique. Le bouddhisme tibétain comporte deux groupements: le groupement gelugpa, enseigné à l'Institut d'études bouddhiques du Mont-Pèlerin, et le groupement karmapa. Le bouddhisme coréen est présent lui aussi, de même que le bouddhisme theravada, pratiqué au Sri Lanka et en Thaïlande, mais surtout les deux formes de bouddhisme zen, les groupes Nishiren Shoshu et Jodo Shinshu, du Japon. Une Association Dharma Chakra organise à Genève des conférences et des séminaires dirigés par des maîtres des différentes traditions bouddhistes.
Le shintoïsme est un culte national japonais, culte des ancêtres, de la nature, de tout ce qui est beau. Il n'est pratiqué à Genève que par des Japonais alors que le confucianisme et le taoïsme ont des adeptes chinois et vietnamiens, mais n'ont pas de groupes constitués. Le confucianisme est une philosophie plus politique que spirituelle ou métaphysique, fondée sur le respect de la famille, la soumission aux autorités, l'observation des usages traditionnels. Le taoïsme, en revanche, est une règle d'éthique qui consiste à se mettre en symbiose avec la nature, à en adopter le rythme et la simplicité.
Genève abrite une autre communauté philosophico-religieuse d'origine orientale, les Baba' is, fondée par Baha'u'llah (1817-1892) en Iran en 1853. Une "Assemblée spirituelle" locale a été fondée à Genève en 1947, qui dépend de l'Assemblée spirituelle nationale suisse dont le siège est à Berne. La Communauté internationale baha'ie est représentée auprès des Nations Unies en tant qu'Organisation non gouvernementale, avec une représentation permanente à Genève. La doctrine baha'ie est fondée sur le principe d'unité (de Dieu, des prophètes et de la race humaine). Elle vise à la paix et à l'égalité entre les hommes, enseigne une discipline morale et proclame l'harmonie essentielle entre la science et la religion. C'est ce dernier article de foi qui séduisit le savant vaudois Auguste Forel (1848-1931), gagné à la doctrine baha'ie à la fin de son existence.
En 1968 s'est créé à Genève, sous la présidence du pasteur Henry Babel, le Comité consultatif des grandes religions, qui groupe des représentants des Eglises chrétiennes et des communautés juive, islamique, bouddhiste et hindouiste de Genève, en vue de favoriser les rapprochements dans un esprit oecuménique. 

J. de S.
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