Introduction

​Claude Raffestin


Les caractères de l'industrialisation genevoise


A propos du mot "industrie"

Le mot "industrie" est devenu si courant que l'on ne songe même plus à en cerner l'origine ni non plus à tenter de le définir. Les préhistoriens n'hésitent pas à parler de l'industrie lithique de la même manière que les historiens parlent de l'industrie textile du XVIIIe ou les économistes contemporains de l'industrie électronique actuelle. L'usage du terme industrie dans les trois acceptions précédentes n'est pas abusif, car elles ont un noyau commun: la transformation de matières premières, à l'aide d'énergie et d'informations, pour mettre à disposition des biens utiles, tels que pointes de flèches, mètres de drap ou micro-processeurs. Bien sûr la comparaison entre le néolithique, le XVIIIe et le XXe s'arrête là, car la nature de la division du travail et la dimension des unités de production ressortissent à des organisations fort différentes. De plus, la dimension, source de confusion, n'est pas un critère absolu et pas même aussi important, qu'on a voulu le faire croire et le dire: l'artisan, qui se définit, entre autres, par la division professionnelle du travail, accomplit toutes les opérations depuis la matière brute jusqu'au produit fini, tandis que l'ouvrier d'industrie, lui, n'intervient que pour une ou plusieurs opérations dans le processus de production: il est soumis à la division technique du travail. Lorsque, dans son célèbre ouvrage, La Richesse des nations, Adam Smith a fait la description de la fabrique d'épingles, il a théorisé, en quelque sorte, les débuts de l'industrie moderne. Si dix personnes, dans un atelier, font chacune le même produit du début à la fin, il s'agit d'un atelier d'artisans; en revanche, si chacune d'elle est spécialisée dans une opération, c'est une industrie au sens actuel du terme. Cela dit, le mot industrie est employé abusivement lorsqu'on entend ou lorsqu'on lit des expressions telles que "industrie touristique" ou "industrie culturelle", car, à l'évidence, il s'agit, dans ces deux cas, de production de services: il n'y a aucune transformation de matières premières. Les abus de terme ont pour origine le fait dimensionnel: une grande entreprise est volontiers qualifiée d'industrielle, même si elle n'a rien à voir avec la transformation de matières premières.


Le phénomène de l'industrialisation

Traditionnellement, les historiens font débuter la première révolution industrielle au XVIIIe siècle, mais l'on sait maintenant qu'elle fut précédée d'une protoindustrialisation, objet d'études de plus en plus nombreuses. La première révolution [p. 8] est fondée sur le machinisme, surtout dans le textile, puis sur la machine à vapeur, le charbon et la sidérurgie. Dans les années 1880, l'électricité, la chimie et les applications qui en sont dérivées ont déclenché une deuxième révolution industrielle, elle-même relancée dans la seconde moitié du XXe siècle par l'électronique et l'informatique. Ce qu'on pourrait appeler la troisième révolution industrielle s'accomplit et s'épanouit sous nos yeux.
Ces révolutions successives ont bouleversé, en liaison avec l'urbanisation, nos paysages, nos comportements, en un mot nos habitudes d'existence. S'il est vrai que l'industrie a contribué à l'avènement de "l'ère de la consommation de masse" et qu'elle est l'expression matérielle de la modernité technico-scientifique, elle est aussi porteuse de nouveaux rapports à la société et à la nature: rapports tout à la fois ambigus et paradoxaux. Ambigus dans l'exacte mesure où l'industrie a déstructuré les relations sociales traditionnelles pour leur substituer des relations plus médiatisées que par le passé, c'est-à-dire plus indirectes, plus lointaines, mais rapports paradoxaux aussi, car l'apparente croissance du bien-être a été payée par une destruction de l'environnement: pollution du sol, de l'eau et de l'air et épuisement progressif des ressources non renouvelables.
Ce sont les excès de la société industrielle qui ont déclenché dans les années soixante ces mouvements collectifs tels que l'écologisme et les "partis verts" un peu partout en Occident. Parallèlement et d'une manière presque concomitante, l'industrie traditionnelle est devenue objet de culture et des associations pour la sauvegarde du patrimoine industriel se sont créées, donnant naissance à l'archéologie industrielle et à une muséographie spécifique.
C'est assez dire que nos sociétés ont été, et sont encore, très marquées par l'industrie, qu'on la désapprouve ou qu'on l'approuve d'ailleurs, qui a procuré le meilleur et le pire. A l'industrialisme triomphant des années 1820 s'est substitué un post-industrialisme des années 1980, qui tente de définir une nouvelle modernité ou plus exactement, une post-modernité, dont l'idéologie ne laisse pas d'être ambiguë.
Le "microcosme genevois" n'a pas, pour des raisons naturelles, c'est-à-dire absence de ressources, connu la première révolution industrielle, mais il en a subi les effets. En revanche, l'industrie genevoise doit beaucoup aux deuxième et troisième révolutions industrielles. En effet, ce qu'il est convenu d'appeler, à Genève, la "grande industrie" a débuté après 1860 et s'est orientée assez rapidement vers l'électro-mécanique et la chimie. De même, le passage vers l'électronique et l'informatique s'est effectué après 1960, dans un [p. 9] contexte, hélas, peu propice, en raison de réflexes conservateurs de la part de certaines directions d'entreprises. Les conditions techniques de la "mutation"
étaient réalisées, mais les volontés humaines étaient trop peu fermes pour déclencher le processus de transformation. Ce sont donc de petites entreprises nouvelles qui se sont lancées dans l'électronique et l'informatique, laissant derrière elles les entreprises traditionnelles, dont la plupart sont entrées en crise. 

Des industries traditionnelles à l'industrie moderne

Il n'est pas exagéré d'affirmer que l'industrialisation genevoise, du XVIe siècle à nos jours, est bien davantage due à une suite "d'accidents historiques" qu'à l'exploitation de "dons géographiques". Voyons les choses d'un peu plus près.
On peut balayer d'un revers de main l'habituel inventaire, cher aux géographes, des ressources naturelles: celles-ci sont absentes ou inexploitables, l'eau mise à part. Alors, peut-être faut-il évoquer la position géographique et la situation dans le contexte régional. Parlons-en! S'il est vrai que Genève accuse une situation de carrefour au contact de régions naturelles différentes, il est non moins vrai que le carrefour sans aménagement préalable est d'une grande médiocrité: étroitesse du passage en direction du reste de la Suisse, passage difficile du côté du S.O. par le Fort-de-l'Ecluse. Par ailleurs, la vallée de l'Arve, avant le percement du tunnel du Mont-Blanc, n'est pas un dégagement, mais une impasse pour Genève. Ainsi donc, avant la mise en place des infrastructures de transport contemporaines, Genève peut, certes, entretenir des relations avec les régions voisines, mais elle n'en demeure pas moins très enclavée.
Serait-ce du côté des facteurs démographiques qu'il faut chercher la clé du développement? Un peu, sans doute, à partir du milieu du XIXe siècle, mais pas pour les siècles antérieurs. Jusqu'en 1815, Genève est une "grosse tête" urbaine, relativement à ses territoires ruraux, dont elle est d'ailleurs séparée par la Savoie qui appartient au Royaume de Sardaigne, toujours prompt à susciter des concurrences à Genève, comme dans le cas de "l'invention de Carouge", à la fin du XVIIIe (Corboz). Au début du XVIIe, Genève, derrière ses remparts, abrite moins de 15.000 habitants qui deviendront 25.000 deux siècles plus tard. Ce sont des chiffres modestes, malgré le contexte historique, et le réservoir démographique de la campagne n'est pas non plus très [p. 10] important. Il n'y a pas là de quoi trouver des ressources humaines abondantes pour stimuler un éventuel développement industriel.
L'histoire serait-elle, alors, en mesure de fournir les éléments nécessaires à la compréhension de l'industrie genevoise? C'est en tout cas de son côté qu'il faut se tourner pour comprendre comment certaines activités se sont implantées à Genève et y ont prospéré. Du XVIe au XIXe siècle, la République a davantage été une structure d'accueil plus qu'un centre d'innovation en matière industrielle. Est-ce à dire que les Genevois n'ont pas été inventifs? Nullement, mais ils l'ont été dans le cadre d'une industrie déjà créée, c'est-à-dire apportée par des immigrants; ils ne l'ont pas été dans le sens de la création d'une activité entièrement nouvelle. Sans nul doute cela s'explique-t-il par une masse critique de population insuffisante. Bref, les impulsions industrielles sont presque toujours venues de l'extérieur: ce sont les "sédiments" d'événements tels que la Réforme, la Révocation de l'Edit de Nantes et quelques autres événements de nature socio-politique ou socio-économique. 

Les immigrants

Il en est allé ainsi pour l'imprimerie, introduite à Genève, dans le dernier quart du XVe siècle, par un Allemand, Adam Steinschaber, originaire de Schweinfurt, en Basse-Franconie, qui sera suivi au siècle suivant par un Pierre de Vingle, d'origine lyonnaise, et par la famille Estienne, originaire de Paris. Les besoins nés de la Réforme donneront une impulsion remarquable à l'imprimerie genevoise, dont la réputation ne cessera pas de croître jusqu'au XIXe.
L'horlogerie, l'industrie des "oeufs de Nuremberg", bien plus célèbre encore, vérifie encore mieux notre hypothèse, puisque son implantation à Genève est la conséquence du premier Refuge protestant. Certes, tous les horlogers protestants qui se sont arrêtés à Genève n'y sont pas restés, mais ils y ont noué des relations d'affaires qui ont contribué à créer cette vocation exportatrice de l'horlogerie genevoise qui ne s'est pas démentie jusqu'à nos jours. La carte des marchés horlogers genevois couvrira une grande partie de l'Europe et s'étendra même jusqu'à Constantinople. On a affaire, avec l'horlogerie, à une véritable "industrie", avec une division technique du travail et même une concentration dans les manufactures dont certaines, au XVIlle siècle, employèrent jusqu'à 60 personnes. L'inventivité et l'innovation n'ont pas fait défaut dans le milieu horloger et c'est pourquoi l'on doit [p. 11] à Georges Leschot, au XIXe siècle, le perfectionnement de l'échappement à ancre et la mise au point de machines qui ouvrirent la voie à l'interchangeabilité des pièces. De même, Adrien Philippe inventera le remontoir et Lutz le spiral en acier trempé.
C'est à l'indiennerie, industrie aujourd'hui disparue, que nous demanderons l'ultime illustration de notre hypothèse. L'engouement de l'Europe, au XVIIe, pour les toiles de coton peintes, importées par la Compagnie des Indes orientales, incita de nombreux entrepreneurs européens à fabriquer ce nouveau produit. Exigeante en main d'oeuvre et en capitaux, l'indiennerie ne pouvait être que de grande dimension. Introduite à Genève à la fin du XVIIe siècle, vraisemblablement par les Dauphinois, elle est typiquement une industrie du second Refuge. Elle fut très florissante pendant le XVIIIe, du moins jusqu'à la décision de la France, en 1785, de prohiber l'entrée des toiles peintes. La Révolution, puis le blocus continental, auront finalement raison de cette industrie qui agonisera jusqu'au lendemain de la Restauration, avant de s'effondrer complètement.
Il est donc loisible d'affirmer, — les industries entraînées par les besoins courants mises à part, — que les grandes activités motrices du XVIe au XIXe siècle ont toutes été "greffées" sur le paysage économique genevois par des immigrants. La vocation première des Genevois étant, à l'évidence, plus commerciale qu'industrielle, l'innovation ne peut guère émerger sur place.

[p. 12]

Les initiatives locales

Après 1860, un autre modèle d'industrialisation s'est mis en place, celui-là même qui a été généré par des initiatives locales. La fondation de la Société genevoise pour la construction d'instruments de physique par Arthur-Auguste De la Rive et Marc Thury, en 1862, en est un exemple significatif. C'est le besoin d'appareillage scientifique qui a incité ces deux professeurs à créer une entreprise industrielle, dont la direction sera confiée, en 1870, à Théodore Turrettini qui, à côté des instruments de métrologie, se lancera dans la fabrication d'appareils de plus large consommation afin d'assurer l'assiette financière de la société. Les Ateliers des Charmilles et ceux de Sécheron seront aussi des créations locales qui, dans le domaine de l'électricité, joueront un rôle pionnier grâce à des hommes de génie tel René Thury, le fils de Marc. Il en va de même pour plusieurs autres entreprises de l'électro-mécanique, stimulée à la fin du XIXe par la construction, à Chèvres, de la première centrale hydro-électrique au fil de l'eau.
Cela dit, la croissance industrielle genevoise s'expliquerait mal si l'on passait sous silence les aménagements ferroviaires de 1858 à 1888 et l'augmentation de la population de 1860 à 1890. Ces phénomènes ne sont pas la cause de l'émergence de la grande industrie, mais ils en sont des conditions nécessaires.
L'industrie chimique participe, elle, des deux modèles d'industrialisation: tantôt ce sont des forces locales qui ont créé les entreprises, tantôt des initiatives extérieures: les Firmenich sont les successeurs de Chuit et Naef, mais Givaudan est venu de Lyon; de Toledo, le fondateur de la Pharmacie Principale, est diplômé de l'université de Genève, mais Albert Sauter, venu à Genève pour un stage, est d'origine thurgovienne.
L'industrie alimentaire procède également des deux modèles: Chirat, vieille fabrique genevoise, fut rachetée par la famille Bourgeois de Ballaigues, en 1951, avant d'être intégrée à une multinationale de l'alimentation; le chocolat et la biscuiterie furent des créations genevoises.
En revanche l'industrie du tabac, quelques entreprises artisanales mises à part, fut entièrement en mains étrangères dès leur implantation à Genève.
Et dans le domaine de l'énergie, les physiciens genevois ont joué un rôle de pionniers, à tel point que leur technique a pu être exportée et que la finance a suivi en créant la Société financière franco-suisse, la Société financière italo-suisse et en participant à des sociétés étrangères d'électricité.

[p. 13]

La période récente

Pour la période récente, disons les vingt dernières années, ces modèles ne sont plus très significatifs pour diverses raisons que nous allons évoquer rapidement. Tout d'abord, beaucoup des dites "grandes entreprises" ont disparu ou ont été rachetées par des multinationales et n'ont plus, par conséquent, que le statut d'établissement industriel, ensuite ce qu'on pourrait appeler "l'espérance de vie" des entreprises a beaucoup diminué. Si l'on nous passe cette métaphore démographique, on peut dire qu'il y a une forte natalité, mais aussi une forte mortalité. Les nouvelles entreprises sont le résultat d'associations entre des Suisses et des étrangers, et les connaissances technologiques qu'elles utilisent se modifient à grande vitesse: tel qui possède un "monopole" aujourd'hui grâce à la technologie novatrice en sera dépossédé dans cinq ans s'il n'a pas consenti des sacrifices pour la recherche et le développement de manière à se trouver toujours à la pointe dans son domaine. Enfin, il faut noter que le nombre des actifs dans l'industrie a régulièrement baissé depuis 1955 au profit des activités tertiaires.
Par ailleurs, on observe que les industries nouvelles, qui conjuguent électronique et informatique ou biologie et informatique par exemple, se situent toujours plus à la charnière de l'industrie et de la recherche. Les vieux mécaniciens, porteurs d'un irremplaçable savoir-faire qui leur permettait de faire les ultimes réglages sur une machine, n'ont plus guère leur place avec l'avènement de la commande numérique, qui exige de leurs cadets une formation de plus en plus poussée en informatique. La mutation industrielle n'est pas achevée, mais elle est engagée d'une manière irréversible. Seuls les sous-traitants, et encore en petit nombre, emploient des mécaniciens traditionnels. En d'autres termes, Genève s'achemine vers la formule du laboratoire industriel concepteur de prototypes et de produits nouveaux de haute technologie, dont la fabrication sera, en grande partie, assurée ailleurs, au gré des prix de la sous-traitance. 

L'industrie et la banque?

Cette question se pose depuis longtemps, mais il est très difficile d'avoir une idée claire du rôle des banques dans le financement de l'industrie. Si l'on sait assez bien la part prise par la banque genevoise dans les grandes affaires européennes aux XVIIe et XVIlle, on ne sait guère son rôle dans le financement industriel local. Quel crédit faut-il accorder [p. 14] aux reproches adressés à la banque à propos de son peu d'empressement à financer les entreprises genevoises? C'est évidemment une question controversée, d'autant plus que l'information sur le sujet est rare, fragmentaire et, disons-le, souvent médiocre. Si les banques privées avaient la bonne idée d'ouvrir leurs archives jusqu'au début du XXe siècle, on pourrait déjà avoir une meilleure vision des relations entre banque et industrie.
S'il n'est pas possible d'affirmer que la banque n'a pas soutenu l'industrie locale, force est d'admettre pourtant que les rares informations qu'on possède sur les relations entre la finance et l'industrie intéressent le plus souvent l'industrie électrique en Suisse, en France, en Italie ou aux Etats-Unis. De Genève, il est rarement question, sauf à propos de Sécheron et de la S.A. Conrad-Zschokke, qui à l'occasion de difficultés graves firent jouer des relations d'amitié et de famille avec certains banquiers. Peut-être ne s'agit-il pas de cas isolés, mais alors pourquoi sont-ce les seuls à être signalés?
Quoi qu'il en soit, le financement de l'industrie locale jusqu'en 1950 a été certainement peu important. Les choses ont changé avec les grandes banques, mais il faut se souvenir qu'au delà d'une certaine somme, les banques dont le siège social n'est pas à Genève doivent en référer à leur direction générale à Bâle, Berne ou Zurich. Le problème est sans doute plus aigu actuellement pour les sous-traitants industriels, à façon ou de capacité, dont la surface financière est faible, que pour les entreprises en plein développement qui pratiquent, dans une large mesure, l'auto-financement.
Malgré le manque de documentation, on peut néanmoins prétendre que l'industrie locale a toujours eu beaucoup de peine à s'intégrer au système économique genevois du point de vue financier. Cela expliquerait-il certains retards, certains passages difficiles, en un mot certaines crises? Souhaitons que les historiens soient en mesure, un jour ou l'autre, de débroussailler cette question. 

L'industrie genevoise dans le contexte régional

L'époque des grandes entreprises industrielles implantées à Genève est révolue. En effet, de plus en plus, on aura affaire, à Genève, à la localisation des services de conception et de direction, alors que la production sera distribuée un peu partout en Suisse ou à l'étranger, là où les coûts seront les plus bas et les plus avantageux. Parallèlement, on assiste du côté français à la mise en place de techno-parcs, dont celui [p. 15: image / p. 16] d'Archamps et celui de Saint-Genis-Pouilly, qui accueilleront des entreprises internationales, mais aussi régionales ou locales. On peut, en effet, raisonnablement penser que des frontaliers, après quelques années de travail à Genève et après avoir accumulé connaissances et capitaux, créeront des entreprises industrielles qui travailleront autant pour le marché français que pour le marché suisse.
Tant que le coût de la main-d'oeuvre sera moins élevé en France qu'en Suisse, il est probable que la production proprement dite sera mieux insérée du côté français que du côté suisse. Il est vraisemblable aussi que l'Acte unique européen incitera les Suisses à investir davantage en France, surtout dans le contexte régional. Il devrait en résulter une diminution du nombre des frontaliers à plus ou moins long terme.
C'est pourquoi nous sommes vraisemblablement à la veille d'un remaniement du tissu économique en général et du tissu industriel en particulier dans le bassin genevois. 

C. R.
haut
[p. 17]