Les activités de conseil et d'assurances

René de Buren / Jacques Werner


​Les activités de conseil

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L'essor prodigieux des échanges internationaux depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale s'est accompagné d'une augmentation du risque commercial et financier et d'un renforcement de la concurrence sur la plupart des marchés. Le consommateur, mieux informé, est devenu plus exigeant. Soumises à ces nouvelles contraintes, les entreprises ont fait appel à de nouveaux types de services. Genève, au même titre que d'autres places commerciales et financières, a vu ainsi se développer toute une série d'entreprises spécialisées dans les activités de conseil, d'expertise et, en général, dans la fourniture de services liés à l'échange.

Genève n'a pas saisi sa chance

A cet égard pourtant, Genève n'a pas pleinement saisi sa chance. Entendons-nous: elle dispose de toutes sortes d'entreprises de services et pour une ville de sa taille, elle paraît même amplement fournie. Mais la chance qui s'offrait à elle était de développer un large secteur d'entreprises de services de dimension internationale. Jusqu'ici, elle ne l'a pas fait.
Quels étaient ses atouts pour cela? En premier lieu, une clientèle potentiellement importante, établie ou présente à Genève. Les organisations internationales d'abord, grandes pourvoyeuses de mandats dans nombre de domaines, qu'il s'agisse de recherche économique, sociale ou scientifique. A côté des organisations internationales elles-mêmes, mais dérivées d'elles, il y a toute la clientèle participant aux négociations internationales; il y a aussi les Etats et les grandes entreprises internationales intéressées par ces négociations qui, bien souvent, ont besoin d'une assistance technique précise lors des négociations, sous forme d'études économiques, de recherches diverses, de fournitures d'informations hautement spécialisées. Deuxième catégorie de clients potentiels, les entreprises industrielles internationales qui ont leur siège européen ou international à Genève. La gamme des services que ces entreprises demandent est très étendue. Elle couvre l'ingénierie juridique et économique, le marketing et la publicité, la recherche et le développement, etc. Enfin, troisième catégorie, les entreprises commerciales internationales, qu'il s'agisse des marchands de matières premières, des armateurs ou des courtiers. Genève a, depuis quelques années, acquis une importance extraordinaire dans ce domaine: que l'on songe, par exemple, au fait que les transactions céréalières réalisées depuis Genève correspondent à près du quart en valeur du [p. 121] marché mondial des céréales (voir le chapitre 2 du présent volume, pages 26-29). Si les services demandés par les entreprises commerciales sont moins larges que ceux susceptibles de s'adresser aux entreprises industrielles, ils sont néanmoins fort étendus.
Le second atout de Genève est son caractère de ville idéalement faite pour ce type d'activités. De ville à laquelle l'étranger pense naturellement en termes de services, non d'industries, de ville de rencontres et de communication, de ville où la réflexion, la recherche, la créativité, ont toujours été privilégiées.
Troisième atout, son université et les instituts qui s'y rattachent; extrêmement vivants, riches par la qualité tant des enseignants que des étudiants. Il y a là un réservoir humain, formé au travail de recherche et d'analyse, dans lequel un secteur des services tels que définis plus haut pourrait de façon continue puiser les talents qui lui sont nécessaires.
Or la réalité est que les Genevois sont, si ce n'est totalement, du moins très largement, absents de ces marchés qui s'offrent pourtant grand ouverts à eux. Et cela au grand étonnement de nombre de visiteurs étrangers, qui se demandent pourquoi, placée dans une position aussi favorable, Genève n'a pas mieux saisi sa chance.
A quoi donc cette situation paradoxale est-elle due? De toute évidence, à l'absence d'entrepreneurs capables de reconnaître ces nouvelles possibilités, de développer les services correspondants et finalement de les exploiter. Si portés pourtant aux relations internationales sur les plans diplomatique, politique, scientifique, les Genevois ne sont pas volontiers entrepreneurs dans les marchés internationaux, alors même qu'ils disposent d'atouts importants pour réussir. Il y a là le signe d'une répugnance à se frotter au marché, à affronter sa sanction, qui n'est guère favorable à la floraison d'entreprises nouvelles. 

Trois brillantes exceptions

Dans ce ciel gris, quelques brillantes étoiles pourtant. A commencer par la Société Générale de Surveillance. Cette entreprise représente le plus bel exemple du type de sociétés de services à large activité internationale que Genève aurait pu faire naître en nombre. La "SGS" a su précisément détecter un besoin nouveau, mais réel: développer le "produit" correspondant et l'offrir avec succès aux quatre coins du monde, au point de devenir leader mondial dans sa [p. 122] branche. A une autre échelle, la Société Générale d'Affichage. Conquérir, de Genève, un marché tel que celui de l'affichage, qui dépend étroitement des concessions accordées par les diverses collectivités publiques suisses, est un autre exemple frappant du rôle qu'aurait pu jouer Genève. Battelle enfin. Il ne s'agit pas là d'une entreprise réellement genevoise, puisqu'elle est une émanation de la fondation américaine Battelle. L'Institut Battelle de Genève incarne toutefois tellement bien l'activité de recherche et de développement pour laquelle Genève était idéalement placée qu'il s'imposait de lui réserver ici une mention particulière.

La Société Générale de Surveillance

Fondée en 1878 à Rouen et installée à Genève depuis 1919, la Société Générale de Surveillance (SGS) est l'une des plus grandes sociétés, si ce n'est la plus grande du monde, dans le domaine de l'inspection et du contrôle des transactions commerciales. On estime en effet qu'elle intervient à l'occasion de transactions qui représentent environ 3 pour cent du commerce mondial en valeur. Son activité consiste essentiellement dans le contrôle de la conformité des produits bruts semi-manufacturés et manufacturés, ainsi que des machines et ensembles industriels. Le but de ses activités est simple: il consiste à limiter les risques de retards, d'avaries, de pertes ou de contestations lors du déroulement de la transaction commerciale, et contribue ainsi au développement des échanges commerciaux. Les services offerts par la SGS sont très larges. Ils recouvrent en premier lieu le contrôle de la qualité, de la quantité, du conditionnement des marchandises. La SGS se charge également de surveiller tout ou partie des formalités liées à l'achat, à la vente, au transport et au commerce des matières premières, des équipements industriels ou des produits de consommation. En outre certains services de la SGS facilitent les transports rapides, efficaces et sûrs des marchandises à travers le monde; d'autres aident à prévenir des erreurs de planification et les conséquences de retards de fabrication ou les problèmes surgissant après la livraison. Le groupe est articulé en six divisions: produits du sol, industries et biens de consommation, minerai et produits chimiques, pétrole et pétro-chimie, essais non destructifs, transports internationaux. [p. 124]
Les clients de la SGS se recrutent essentiellement parmi les entreprises parties à une transaction commerciale. Ils peuvent être également des Etats. C'est ainsi qu'un certain nombre d'Etats africains avaient donné mandat à la SGS de vérifier que les offres qu'ils recevaient dans le cadre d'appels d'offres aux entreprises internationales correspondaient bien aux prix du marché. La Société Générale de Surveillance forme un groupe de plus de 100 sociétés installées dans près de 150 pays. Elle emploie dans le monde entier près de 10.000 personnes, dont 300 au siège genevois.

La Société Générale d'Affichage

La Société Générale d'Affichage (SGA) a été fondée en 1900. Son siège principal est à Genève, où se trouve l'une de ses directions générales, alors que l'autre est à Zurich. Elle occupe actuellement en Suisse environ 400 personnes à plein temps, et 1.500 personnes à temps partiel (essentiellement pour le collage des affiches dans toutes les [p. 125] communes). Présente dans tous les secteurs de la publicité extérieure, la SGA est la plus grande société suisse dans ce domaine. La publicité extérieure se définit comme toute publicité qui se trouve en des lieux, des emplacements ou des enceintes accessibles au public; elle englobe donc non seulement l'affichage et les enseignes lumineuses sur la voie publique, mais également la publicité dans les centres commerciaux, les parkings, les aéroports, les stades, les offices postaux.
L'affichage occupe la première place et constitue le centre de gravité des activités de la Société Genérale d'Affichage. Il recouvre aussi bien l'affichage pour les événements politiques, culturels et commerciaux dans pratiquement chacune des trois mille communes de Suisse, que les publicités sélectionnées dans les villes, agglomérations, localités importantes, stations touristiques, l'affichage routier, la publicité dans les gares, sur les transports publics ainsi que dans presque toutes les remontées mécaniques. Il comporte encore l'affichage dans les points de vente et les parkings, la publicité dans les aéroports et la publicité lors des manifestations sportives. [p. 126] 
Relevons encore que la Société Genérale d'Affichage est l'une des rares entreprises genevoises et l'une des rares entreprises romandes à exercer son activité dans l'ensemble de la Suisse. 

L'Institut Battelle de Genève

Battelle-Genève fut fondé en 1952 à l'initiative du Battelle Memorial Institute, une organisation de renommée internationale dans le domaine de la recherche et du développement scientifiques, qui dispose de laboratoires et de bureaux dans le monde entier.
Le Battelle Memorial Institute à Colombus, Ohio, créé grâce à l'industriel américain Gordon Battelle qui laissa en 1923 une grande partie de sa fortune pour fonder une organisation de recherches et d'études, a eu depuis comme objectifs la poursuite des progrès industriels au bénéfice de l'humanité et ceci par une activité créatrice de recherche et de développement.
Après avoir commencé ses travaux de recherche en 1929 avec un effectif de 30 personnes, Battelle a grandi rapidement au point de compter aujourd'hui quelque 7.500 employés dans le monde. Près de quatre cents savants, ingénieurs, économistes et spécialistes de diverses disciplines travaillent aujourd'hui aux laboratoires Battelle à Genève. La recherche et le développement y sont divisés en trois domaines principaux: technologie industrielle; toxicologie et sciences vitales ; économie appliquée. Le centre de technologie industrielle s'efforce de trouver des solutions efficaces aux problèmes d'innovation des industries. Il traite de la technologie des matériaux, des constructions mécaniques, de la technique énergétique et de l'environnement, de la technologie chimique et alimentaire, de la technique optique et électronique, des sciences mathématiques.
Le Centre de toxicologie et de biosciences est un département qui prend une extension rapide. En combinant la recherche innovatrice avec les services standard toxicologiques, il procure un service multidisciplinaire unique de recherche aux industries chimiques, pharmaceutiques et alimentaires, ainsi qu'à divers organismes publics. Le Centre d'économie appliquée a vingt-cinq ans d'expérience avec ses clients de l'industrie et du gouvernement. Sa position privilégiée est due non seulement à l'étroite collaboration qu'il entretient avec le centre de technologie industrielle, mais aussi au bénéfice qu'il retire des activités de recherche économique menées dans les autres centres de Battelle en [p. 127] Europe et aux Etats-Unis. Ce qui lui permet d'organiser rapidement des interviews avec des spécialistes de chaque discipline et d'avoir un accès rapide aux informations spécifiques dans la plupart des pays. Les autres activités de services, dans leur majorité, sont dominées par les succursales genevoises de grandes sociétés, suisses ou étrangères.

L'ingénierie juridique, économique et comptable 

Par le terme d'ingénierie, nous entendons l'établissement des structures dont les entreprises ont besoin dans divers domaines. Plus l'activité des entreprises est internationale, plus l'ingénierie juridique, économique et comptable prend de l'importance, car les contraintes auxquelles elles doivent s'adapter se multiplient.
L'ingénierie juridique prend une importance toujours croissante. Dans les grands centres d'affaires occidentaux, de très nombreux et importants cabinets s'y consacrent presque exclusivement, structurant les opérations des entreprises internationales, que ce soit dans l'établissement de nouvelles sociétés, la planification fiscale, la rédaction des contrats. Genève, dans ce domaine, est assez mal pourvue. Les cabinets d'avocats ou de conseils aptes à rendre ce genre de services, dans la qualité et l'ampleur requises par la clientèle internationale rattachée à Genève, sont relativement rares. Cette situation amène bien souvent les entreprises établies à Genève à aller chercher à Londres ou à New York ces services, si nécessaires, qu'elles ne demanderaient pas mieux que de trouver à Genève.
En matière d'ingénierie économique et comptable, Genève, grâce aux grandes fiduciaires anglo-saxonnes et suisses, est mieux fournie. Quelques mots s'imposent pour décrire la fonction de ces fiduciaires. A côté de leur premières fonctions de vérification des comptes, de représentation de leurs clients dans les opérations commerciales ou civiles les plus variées, les grandes sociétés fiduciaires ont développé d'autres activités. En effectuant notamment un travail de contrôle des résultats pour le compte de certaines entreprises, les sociétés fiduciaires ont été amenées bien souvent à devenir leurs conseillères, non seulement pour les questions comptables, mais de façon plus générale pour l'évaluation de leur méthodes de gestion. Elles se sont ainsi développées en sociétés de services pluridisciplinaires, compétentes dans [p. 128] les problèmes d'administration et de gestion d'entreprises. Parmi ces nouvelles tâches, citons par exemple le conseil d'entreprise (qui comprend le diagnostic et la solution des problèmes qui se posent à l'ensemble de l'entreprise), et les nombreux services particuliers que peuvent offrir les fiduciaires selon leur taille, ou faisant office de centre de calcul, de conseil en matière informatique, fiscale et juridique, ou encore en matière d'assurances et de fonds de pension.
Parmi les grandes sociétés fiduciaires suisses actives à l'échelle nationale, la Société Fiduciaire Suisse fut la première à s'établir à Genève, puisque sa présence date de 1921. Vint ensuite, mais en 1959 seulement, la Fiduciaire Générale S.A., et en 1974, Fides. Parmi les fiduciaires genevoises, il faut citer Ofor S.A., fondée en 1933. On compte ensuite de nombreuses sociétés petites ou moyennes aux activités variées, qui tirent leur valeur de la qualité de leurs dirigeants. A côté des principales sociétés fiduciaires suisses, il existe une grande famille de fiduciaires américaines. Ces dernières se sont généralement établies à Genève dans le sillage de leurs principaux clients industriels ou commerciaux, qui les y avaient précédées. Mentionnons Coopers & Lybrand, établie à Genève en 1960, Arthur Young (1960), Deloitte, Haskins & Sells (1964), Price Waterhouse (1969), Arthur Andersen (1970), Touche Ross (1971), Peat Marwick Mitchell (1973) et Ernst & Whinney (1979). Ces sociétés, d'une part rendent des services à leurs clients établis à Genève, d'autre part coordonnent sur un plan international l'activité des diverses sociétés de leur groupe. 

Les conseils en propriété industrielle 

Les bureaux de brevets s'occupent de conseiller leur clientèle sur l'opportunité de déposer une demande de brevets, de modèles et de marques; ils se chargent de rédiger ces demandes et de les présenter aux services officiels, puis en surveillent l'enregistrement. Avec le temps, leur activité s'est étendue pour englober, par exemple, les contrats de licence, la poursuite des contrefaçons, etc. Ces bureaux se sont développés parallèlement aux besoins de l'industrie genevoise, soucieuse de voir ses inventions, marques et modèles bien protégés dans les divers pays du monde où elle était active, et cela face à une concurrence étrangère qui s'accentuait. Le plus ancien cabinet encore existant, le plus grand aussi, est Kirker & Cie, qui a déposé le brevet n° 1 en Suisse (année de fondation: 1877). Sont également membres de l'Association suisse des conseils en [p. 129] propriété industrielle: Pierre Ardin & Cie, Micheli & Cie et Jean S. Robert. D'autre part, Bugnion S.A., fondé en 1924, dispose de succursales en France, en Italie, en Allemagne et en Belgique.
La diminution de l'activité industrielle locale, ainsi que la création du brevet européen, ont provoqué un ralentissement des activités de conseils en propriété industrielle à Genève. De plus, ces bureaux n'ont pu capter que très imparfaitement la clientèle des sociétés multinationales établies à Genève. Certains cabinets ont toutefois largement diversifié leur clientèle, en l'étendant bien au-delà des frontières du Canton. 

Les entreprises de publicité 

Il convient de distinguer les agences de publicité des conseils en publicité. Les agences de publicité ont pour fonction essentielle de transmettre aux journaux et autres médias les annonces qui leur sont confiées par leurs clients. Avec la plupart des quotidiens et périodiques, les agences de publicité ont conclu un contrat d'affermage, à savoir un contrat de bail à ferme, par lequel l'agence de publicité se voit conférée l'exclusivité du placement des annonces dans la publication en question. La principale agence de publicité est Publicitas, Société anonyme suisse de publicité. Elle a été créée en 1858 sous la raison sociale Haasenstein & Vogler (Ferdinand Haasenstein avait créé un bureau d'annonces trois ans plus tôt à Altona, près de Hambourg, Allemagne). La raison sociale actuelle a été adoptée en 1916. La direction pour la Suisse, d'abord à Bâle, a été transférée en 1868 à Genève pour être fixée à Lausanne en 1930. Quant à la succursale de Genève, elle occupe depuis 1966 un immeuble à la rue du Prince où elle emploie 140 personnes, avec deux départements distincts pour la Tribune de Genève et La Suisse.
ASSA, Annonces Suisses S.A., a été créée en 1917 sous le nom Société générale de publicité J. Hort Annonces Suisses, S.A. La société a sa direction générale à Genève et à Zurich, et compte 28 succursales dans les principales villes de Suisse. Elle assure la représentation exclusive de la partie publicitaire de plus de 250 journaux et périodiques. Par une participation dans une société holding, ASSA s'est assuré une diversification dans le domaine des sociétés de services (création publicitaire, sondage d'opinion, étude de marchés, [p. 130] sélection de cadres, recherche en matière économique) ainsi que dans celui des arts graphiques et de l'édition.
Les conseils en publicité se spécialisent en stratégie et création publicitaire. Ils conçoivent les campagnes publicitaires et en assurent la réalisation (création des annonces, positionnement dans les médias, etc...); ils gèrent souvent les budgets publicitaires de leurs clients. La plus grande agence-conseil en publicité à Genève est McCann-Erickson, filiale d'une société américaine qui est l'une des plus grandes agences de publicité au monde. Il faut ensuite mentionner l'existence de nombreuses petites agences de conseils en publicité. Alors que plusieurs d'entre elles existent à Genève depuis dix à vingt ans et s'y développent régulièrement, d'autres s'y créent à l'occasion d'un budget publicitaire important et disparaissent avec lui. 

Les entreprises de relations publiques, de recherche de cadres et de conseils en gestion. 

Fondé en 1959 en tant que société de relations publiques, le CIPR (Centre d'informations, de publicité et de relations publiques) s'est diversifié depuis lors dans la création publicitaire. Mentionnons d'autre part, la société Hill and Knowlton International S.A., siège européen de Hill and Knowlton Inc., société américaine qui est l'une des premières agences mondiales de relations publiques.
Les entreprises de sélection de cadres supérieurs se sont multipliées depuis quelques années. Les plus importantes d'entre elles sont Boyden International S.A., fondée en 1961, filiale de la société américaine Boyden Associates, Inc. ainsi que Carré, Orban & Partners, Berndtson International, Spencer Stuart, etc. En plus de la recherche de cadres dirigeants, ces sociétés proposent généralement leurs services de conseil en gestion. Genève compte en outre de nombreuses sociétés de sélection de personnel de tout niveau, ainsi que diverses entreprises de travail temporaire. 

J.W.
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L'assurance


L'entrée en scène de l'assurance

La première entreprise genevoise d'assurances, La Genevoise, compagnie d'assurances sur la vie, n'apparaît qu'en 1872. La première entreprise suisse n'est guère plus ancienne: la Rentenanstalt, Société suisse d'assurances générales sur la vie humaine, est fondée à Zurich en 1857.
Ailleurs, il y a une bonne centaine d'années déjà que l'assurance est en plein essor. L'assurance terrestre (par opposition aux assurances «maritimes»), établie sur des bases prévisionnelles sérieuses, naît dans la branche incendie (General-Feuer-Cassa de Hambourg, en 1676; la «Sun» de Londres, en 1710). Mais c'est à Londres qu'est fondée, en 1762, la première société privée établie et exploitée selon des principes actuariels solides: l'«Equitable Society for Insurance of Lives and Survivorships».
En Suisse même, pourtant, de nombreux assureurs étrangers — Français, Allemands, Hollandais — s'affairent dès les débuts du XIXe siècle. Et des opérations à caractère d'assurances sont pratiquées à Genève au XVIIIe siècle déjà: les tontines. L'une est restée célèbre sous le nom d'Emprunt des Trente Demoiselles de Genève (voir les pages 82-83).
Par ailleurs, des mathématiciens suisses ont largement contribué à jeter les bases scientifiques de l'assurance. Jakob Bernoulli (1654-1705) d'abord, par ses études approfondies du calcul des probabilités, Leonhard Euler (1701-1783) ensuite, dont les travaux ont permis d'affiner les statistiques mathématiques.

Les raisons d'un développement tardif

Pour quelles raisons a-t-il fallu attendre si longtemps pour qu'une entreprise suisse d'assurances voie le jour? Dans son Message du 2 février 1904 aux Chambres fédérales à l'appui d'une loi sur l'assurance, le Conseil fédéral explique que «(...), ce qui caractérise l'assurance comme institution originale, c'est sa technique, sa façon de procéder à la répartition des dommages entre les intéressés, sa manière de fixer l'indemnité et la prime. La technique de l'assurance repose sur une organisation générale qui, grâce à la statistique et au calcul des probabilités, permet une répartition des dommages aussi sûre que rationnelle (...). L'expérience apprend que, sur un grand nombre de personnes soumises à la même menace (risque), la proportion entre celles qui sont atteintes et celles qui étaient menacées oscille habituellement entre d'étroites limites et que la loi [p. 132] des grands nombres peut être appliquée aux écarts possibles. D'après cette loi, plus le nombre des risques assurés est considérable, plus faibles sont relativement les variations, aussi est-il indispensable que les opérations d'assurance soient exploitées en grand».
Pour subsister, l'entreprise d'assurances doit donc pouvoir procéder à une compensation satisfaisante des dommages. Si elle entend éviter une accumulation de risques qui entraînerait des sinistres en masse, elle doit par conséquent répartir son activité sur une aire géographique suffisamment étendue et se ménager la possibilité de constituer des groupes de risques suffisamment étoffés. Or, jusqu'au milieu du siècle dernier, la Suisse présente à plusieurs égards des conditions peu propices au développement des activités d'assurance. Du point de vue politique, elle demeure une mosaïque de petits Etats souverains, au territoire restreint, voire exigu. Sous l'angle démographique, elle présente un habitat peu dense, essentiellement campagnard, au sein duquel la famille et la commune constituent des milieux de vie fortement structurés, quasiment clos. Une société agraire de ce genre ne suscite pas le besoin d'assurance: la famille prend en charge ceux de ses membres qui sont tombés dans le dénuement; et lors de «gros dommages» (les incendies en sont le plus souvent la cause, car les maisons sont généralement construites en bois, et serrées les unes contre les autres), la commune et la générosité des combourgeois viennent en aide aux sinistrés.
Les structures économiques, enfin, n'encouragent guère le développement de l'assurance. Artisanat et commerce sont, certes, partout actifs, mais ils ne dépassent pas la dimension régionale. Les communications et les échanges sont entravés par la multiplicité des monnaies et la diversité des législations cantonales, par les douanes et les péages entre cantons. Nulle part il n'existe de centres d'industrie et de commerce d'envergure, générateurs de risques que l'on éprouverait le besoin de couvrir. 

Porte d'entrée de l'assurance en Suisse 

A cette époque notre pays (et singulièrement Genève, tombée par suite de l'occupation et de l'annexion françaises au rang de simple ville de province) ne constitue qu'une aire d'expansion pour des entreprises étrangères que ne freine encore aucune contrainte étatique, que n'arrête aucune frontière, que ne discipline aucune loi. Les assureurs étrangers viennent rechercher dans nos villes une clientèle [p. 133] de gens aisés, au fait des transactions financières. Ils la trouvent à Bâle — port ouvert sur le monde — et surtout à Genève, qui avec ses 24.000 habitants est, aux environs de 1800, la ville la plus peuplée à l'intérieur de ce qui deviendra bientôt le territoire définitif de la Confédération. Genève est aussi une ville d'artisans, de commerçants, de financiers petits et grands, tous susceptibles de s'intéresser à l'assurance: elle sera donc, tout naturellement, avec Bâle, la grande porte d'entrée de l'assurance en Suisse.
Si l'idée de l'assurance privée est encore étrangère à la mentalité des peuples suisses, le sens de l'entraide est, en revanche, général dans le pays. Aussi les associations de secours mutuels abondent-elles: maladie, dommages aux bestiaux et aux cultures, incendie. Risques que, depuis des temps immémoriaux, une société de type agraire couvre de cette façon. Il ne s'agit toutefois que de mutualités locales. Le nombre de leurs membres est restreint, et leurs ressources financières sont hors d'état de supporter un sinistre important. Le caractère d'assurance apparaît plus nettement dans les établissements cantonaux d'assurance contre l'incendie que par nécessité (on s'aperçut bien vite que seul l'Etat était en mesure d'assumer un tel risque) que la plupart des cantons fondent dès le début du XIXe siècle. Argovie fut le premier canton à le faire en 1805. Genève se dote du sien en 1821.
Mais, ne disposant que d'un champ d'activité étroit, ces institutions d'Etat sont exposées à une très forte accumulation de risques. Elle éprouvent constamment des difficultés financières, difficultés encore aggravées par le fait que leurs tarifs de primes sont calculés avec plus de générosité que de raison. Après l'incendie catastrophique de Glaris, qui dans la nuit du I0 au I I mai 1861 causa pour quelque 9 millions de francs de l'époque de dégâts (bien qu'engagé pour 2,5 millions seulement, l'établissement cantonal ne put faire face à ses obligations), on consentit enfin à restructurer statuts et tarifs de ces établissements. Genève, plus radicale encore, supprime le sien en 1864 et s'en remet à l'assurance privée (elle s'en tient toujours à cette décision).
Quelques tentatives locales de fonder une société d'assurances ont bien lieu. L'initiative en revient à Genève, puisqu'en 1818 déjà est créée une «Compagnie genevoise pour les assurances maritimes». Mais elle ne durera que six ans. D'autres fondations (à Berne en 1825 et 1841, à Saint-Gall en 1840) connaissent également une existence éphémère. Une seule exception, la «Société pour l'assurance du mobi-lier» (notre future Mobilière Suisse). Fondée à Berne en [p. 134: image / p. 135] 1826, elle devait couvrir sur tout le territoire national un risque d'incendie que les établissements cantonaux n'assuraient pas. 

Le besoin d'assurance naît de l'industrie 

Avec la formation de l'Etat fédéral, en 1848, se réalisent les conditions propices à l'apparition d'entreprises suisses d'assurance: une monnaie nationale est créée, les postes fédérales remplacent les postes cantonales, douanes et péages sont abolis. Le commerce intérieur devient plus aisé, donc plus actif. C'est aussi le moment où l'industrie moderne s'implante dans notre pays, suscitant le besoin d'assurances-dommages en tous genres et même celui de la prévoyance industrielle. Car pour les hommes qui, de plus en plus nombreux, quittent la campagne pour se faire embaucher dans les fabriques, les liens familiaux se distendent, la sécurité que la famille leur offrait en cas de besoin disparaît progressivement. Ils doivent donc pourvoir eux-mêmes à cette sécurité, par l'assurance précisément.
On assiste alors à une première vague de fondations d'entreprises suisses d'assurance. On en dénombre douze entre 1855 et 1870, dont deux en Suisse romande. Aucune n'est genevoise. Et pour cause: elle n'aurait eu, ici, aucun des atouts dont bénéficient dès leur départ les sociétés qui se créent à Zurich, Bâle et Saint-Gall. Située en un point excentrique du territoire, privée d'un arrière-pays national, Genève ne dispose pas encore d'industries en rapide expansion, qui seraient à même d'accroître constamment la densité des personnes «assurables» au sein de la population. La clientèle potentielle y demeure donc stationnaire ou peu s'en faut. Elle est «travaillée» de surcroît, depuis longtemps, par des assureurs étrangers de renom.
La République semble en outre dépourvue de ce genre de bailleurs de fonds dont une entreprise d'assurances a besoin absolument pour prospérer. Ce sont de ces financiers qui ne visent pas en priorité de fructueux placements d'argent, mais ont intérêt à la finalité propre de l'assurance, qui est de dynamiser l'industrie et le commerce en levant la servitude qui consiste à devoir immobiliser des réserves à la mesure des risques assumés et de sécuriser ceux qu'un sort adverse pourrait faire tomber dans le besoin.

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La Genevoise»: une initiative des banquiers privés 

D'année en année, la situation économique s'améliore en Suisse. L'industrie accélère son expansion et donne au commerce une impulsion considérable, que facilitent la construction des chemins de fer et l'extension de la navigation. Une seconde vague de création d'entreprises d'assurances se déclenche; vingt compagnies suisses sont fondées entre 1870 et 1900. Genève, cette fois-ci, ne reste pas à l'écart. Un groupe de banquiers privés genevois fonde en 1872, sous la forme d'une société anonyme, «La Genevoise, compagnie d'assurances sur la vie». Première compagnie-vie genevoise, elle est la quatrième de ce type qui naît en Suisse. C'est qu'à cette époque Genève connaît une prospérité économique certaine, due en particulier au développement de l'horlogerie et à l'installation d'industries diverses. On y dispose aussi — du fait de la guerre de 1870-1871 —de capitaux considérables en quête de placements. Pourquoi ne pas financer une entreprise d'assurance sur la vie, d'une assurance qui, aux yeux du gérant de fortune prudent et scrupuleux qu'est le banquier privé, apparaît comme un mode d'épargne original, à l'avenir prometteur?
La jeune compagnie se tourne d'abord, par nécessité, vers l'étranger (elle fonde une succursale à Paris en 1874), où elle récolte des propositions d'assurance venant de partout, grâce aux relations internationales qu'entretiennent les banques de la République. Après avoir surmonté un ralentissement de ses affaires, dû aux conséquences sur le marché genevois de la faillite d'une grande banque française, la Banque de l'Union Générale de Lyon, La Genevoise aborde systématiquement, dès 1886, le marché suisse. Elle y affronte une soixantaine de compagnies-vie bien installées, qui travaillent avec succès. Les difficultés pour s'affirmer ne sont donc pas minces. Néanmoins, La Genevoise conquerra une place honorable dans chaque canton, tout en étendant son activité à la Belgique (dès 1902) et à l'Egypte (dès 1927). Les nationalisations l'obligeront à quitter ce pays en 1960. Dix ans plus tard, elle se retirera aussi de Belgique, jugeant les structures de ce marché par trop défavorables. En 1964 cependant, elle reprend en France une activité qui avait été interrompue après la Première Guerre mondiale.
On doit à La Genevoise-Vie d'heureuses innovations dans le domaine de l'assurance en Suisse, telles que l'introduction de l'assurance-maladie complémentaire, suivie de celle de l'assurance-maladie globale, et la fondation, conjointement [p. 137] avec la Mutuelle Vaudoise (devenue la Vaudoise-Accidents), la Suisse-Accidents et la Winterthur-Accidents, de la caisse-maladie Intras. Cette dernière initiative, exemple concret et original de collaboration entre une caisse-maladie et des assureurs privés, fera d'Intras la seule caisse-maladie genevoise à atteindre une dimension nationale.
En 1887, une seconde compagnie genevoise voit le jour: l'Union suisse, contre le bris des glaces et vitres et — dès 1889 — contre les dégâts d'eau. Dans ces branches d'assurance, l'Union Suisse se hisse rapidement à la première place et lorsqu'en 1897 elle devient une «Compagnie générale d'assurances», son implantation en Suisse est solide (elle est même prépondérante en Suisse romande). Dans le même temps, elle opère avec succès en France et en Allemagne. Par la suite, elle prendra pied en Belgique, en Hollande et au Danemark. 

Le tournant de la Première Guerre mondiale 

Ce n'est qu'après la Première Guerre mondiale que se créeront de nouvelles compagnies genevoises. L'Union-Genève est fondée en 1924. D'abord société d'assurance sur la vie puis, dès 1926, contre les accidents, elle prend en 1937 le nom d'Helvetia-Vie, ayant établi une communauté d'in-térêts avec l'Helvetia-Accidents de Zurich. Cette compagnie s'installe également avec succès en Belgique et au Moyen-Orient, en particulier en Egypte, pays qu'elle doit quitter en 1960 pour les mêmes raisons que la Genevoise-Vie. Son nom est resté attaché à un mode original d'assurance-épargne, constitué d'une pendulette-réveil qui servait de tirelire pour le paiement des primes.
Suivent, dans le domaine alors très nouveau de la protection juridique, trois autres compagnies: la CAP (Compagnie d'assurance de protection juridique), fondée, comme la DAS (Défense automobile et sportive), en 1926, puis SPA (Société d'assurance de protection juridique), qui a existé de manière autonome de 1934 à 1976.
Au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale, plusieurs entreprises d'assurances installeront leur siège social à Genève. Ce sera, en 1946, le cas de la Providentia, compagnie d'assurance sur la vie ne pratiquant que l'assurance de risque pur, fondée conjointement par la Mobilière Suisse de Berne, l'Helvetia-Incendie de Saint-Gall, la Nouvelle Compagnie de Réassurances de Zurich et la Banque Populaire Suisse. Suivra, en 195o, La Genevoise, compagnie [p. 138] générale d'assurances, filiale de La Genevoise-Vie, puis, en 1954, la Nouvelle Compagnie de Réassurances qui, fondée en 1926, quitte Zurich pour s'installer à Genève. Enfin, la caisse-maladie Intras apparaît en 1964. Il convient de mentionner encore la présence à Genève d'entreprises privées d'assurances dont le siège est hors du canton, mais qui y ont un établissement. Il n'est pas de compagnie importante ou moyenne qui n'y soit activement présente.
Genève est en outre le siège de la Caisse centrale de compensation de l'AVS, organe administratif suprême de ces assurances fédérales obligatoires que sont l'Assurance Vieillesse et Survivants (AVS) et l'Assurance Invalidité (AI).
L'Etat cantonal est également assureur, au travers de la Caisse cantonale genevoise, dont il est le garant. Décrétée par l'article 7 de la loi du 26 juin 1849 sur la création de l'Asile des vieillards (aujourd'hui Maison de retraite du Petit-Saconnex), la Caisse cantonale genevoise verse à ses assurés (l'affiliation est facultative) des rentes mensuelles dès l'âge de 6o ans.
La Caisse nationale suisse d'assurance en cas d'accident (CNA), assureur de droit public fédéral, dont le siège central est à Lucerne, compte une section importante à Genève. La CNA s'est vu réserver le monopole exclusif de l'assurance obligatoire contre les accidents professionnels: mais elle a le droit de pratiquer, à titre facultatif, l'assurance contre les accidents non professionnels.
Toutes les caisses-maladie d'importance nationale ont une section à Genève. Assureurs de droit privé subventionnés par la Confédération et le Canton, les caisses-maladie sont seules admises, à Genève, à pratiquer l'assurance obligatoire des frais médicaux et pharmaceutiques.
Il conviendrait en outre de mentionner les diverses institutions de prévoyance (caisses de retraite) de droit public et de droit privé, dont la liste est fort longue.

Un important employeur du secteur tertiaire

L'activité d'assurance contribue à la prospérité de l'économie genevoise, en tant que source importante d'emplois, d'une part, et du fait qu'elle comporte la gestion de fonds considérables, d'autre part.
A l'instar de toute autre activité du secteur tertiaire, l'assurance offre un nombre non négligeable de postes de travail au personnel administratif ainsi qu'à une série de spécialistes: mathématiciens, juristes, économistes, etc. [p. 139: image / p. 140] Mais elle se caractérise de façon tout à fait particulière par le fait qu'elle occupe, en nombre, une catégorie originale de personnel: les agents d'assurance, intermédiaires indispensables tant à l'assureur (en priorité à celui qui pratique l'assurance facultative, mais aussi à celui qui exploite une assurance obligatoire en concurrence avec d'autres assureurs, tel l'assureur-maladie) qu'à l'assuré, puisque sans le conseil de l'agent d'assurance, aucune assurance «sur mesure» (c'est-à-dire adaptée aux besoins et aux moyens de l'assuré) ne serait conclue. 


Bailleur de fonds pour l'immobilier et le Trésor public

Les fonds considérables que gèrent les entreprises d'assurances sont placés sous le contrôle rigoureux d'une autorité de surveillance qui veille à ce que, dans sa gestion financière, l'assureur respecte les exigences de sécurité et de liquidité (conditions de la solvabilité permanente que la loi exige de lui) et celles de rentabilité (dont dépend le coût de l'assurance). Ces capitaux ne peuvent être placés qu'en titres de gage immobilier (hypothèques, etc.), en immeubles situés en Suisse, et en valeur mobilières suisses de premier ordre — dont la majeure partie consiste en créances envers l'Etat ou en créances garanties par l'Etat.
A fin 1981, le total des placements des assurances en Suisse s'élevait à 64,8 milliards de francs, dont 24,5 milliards en immeubles. C'est dire que le marché immobilier doit beaucoup aux assureurs, principalement aux assureurs-vie. Ce sont en effet ces derniers qui disposent des capitaux les plus importants: plus de 45 milliards de francs engagés en biens suisses, dont 20 milliards en gages immobiliers, immeubles et sociétés immobilières.
Les assureurs ne sont pas seulement des investisseurs de capitaux sur le marché immobilier. Ils sont aussi d'importants constructeurs d'immeubles pour leur propre compte. Relevons que ces immeubles — parce que construits avec [p. 141] des fonds provenant des assurés et destinés tôt ou tard à leur revenir — sont pour les assureurs des placements stables, étrangers à tout dessein spéculatif, ainsi que l'exige la loi. Aussi s'agit-il de constructions soignées et bien entretenues. Il serait cependant exagéré de prétendre que ces constructions représentent toujours des réussites architecturales. L'assureur est à cet égard, comme n'importe quel maître d'ouvrage, tributaire de l'architecte qu'il a choisi!
Les placements des assureurs en obligations d'Etat ou en obligations garanties par l'Etat s'élevaient à fin 1981 à 40,3 milliards. Les seuls assureurs-vie détenaient 25,2 milliards d'obligations en portefeuille, soit 91,2 pour cent de leurs actifs engagés. On peut donc affirmer que l'assureur assume au profit de l'Etat une éminente fonction de prêteur.
S'il n'existe pas de statistique publiée relative aux placements des assureurs en obligations d'Etat genevoises, on peut néanmoins estimer que le Canton profite largement des placements en valeurs mobilières et immobilières effectués par les assureurs installés ou représentés à Genève. Il est certain que, compte tenu de sa population, Genève reçoit en placements d'assurances davantage qu'elle ne leur paie sous forme de primes. 

Assurance privée ou assurance publique?

Quelle sera, dans l'avenir, la place de l'assurance? A Genève comme partout ailleurs, l'activité d'assurance est née et s'est développée dans le cadre de l'économie de marché. Mais, de nature, elle n'est qu'une technique spécifique de couverture des risques. Son existence ne dépend donc ni d'un système économique déterminé, ni d'une structure particulière de l'Etat. Longtemps, l'assurance a été exploitée, en la forme commerciale, par des entreprises privées exclusivement. Au cours des années cependant, à mesure que l'on a pris conscience des possibilités d'action sociale que comportait l'assurance, l'Etat s'est substitué, soit directement, soit par l'intermédiaire d'organismes publics ou d'établissements subventionnés, à l'entreprise d'assurance privée.
Cette évolution ne semble pas près de s'arrêter. Il est donc vraisemblable qu'à l'avenir aussi se poseront, pour ne cesser d'être débattues, ces questions fondamentales: quelles assurances convient-il que l'Etat développe? Dans quelle mesure? Sous quelle forme et par l'intermédiaire de quels organismes? Toutes questions qui ressortissent à la politique générale de l'Etat. [p. 142]
Quant à l'évolution interne de l'assurance elle-même, elle va dans le sens d'une plus grande souplesse et d'une rationalisation sans cesse accrue des tâches administratives. Transparence des conditions d'assurance, cumul en une seule police d'assurances variées, possibilité de conclure la même assurance, quel que soit l'objet sous risque (personne, patrimoine ou chose), soit comme une assurance de dommages (l'assureur ne serait tenu d'indemniser en cas de sinistre que le dommage effectif), soit comme une assurance de sommes (la prestation de l'assureur en cas de sinistre consisterait à verser un montant forfaitaire convenu à l'avance), sont quelques-uns des objectifs auxquels tend l'assurance. Des prescriptions impératives de lois existantes y font obstacle. En attendant leur modification, l'assureur recourt à des palliatifs ingénieux, qui préfigurent les solutions de demain.
On observe également certaines évolutions dans la structure des services d'acquisition de l'entreprise privée d'assurances. La tendance est de fonder des agences générales «en régie», ce qui a pour effet de faire naître des domiciles fiscaux autonomes: l'entreprise est saisie fiscalement non seulement par le canton où elle a son siège social, mais également — dans le respect des règles de double imposition confirmées par la jurisprudence du Tribunal fédéral — par le canton où se trouve une telle agence «en régie». Genève a largement bénéficié de cette évolution des choses, en sorte que l'on peut encore mettre au crédit de l'activité d'assurance à Genève un apport fiscal non négligeable, dont tout porte à croire qu'il gagnera en importance à l'avenir. 

R. de B. 
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