L'énergie

Michel Cuénod / Jean-Pascal Genoud


L'énergie, mesure du développement économique


La quantité d'énergie disponible et son accessibilité conditionnent, dans une large mesure, l'activité publique et privée de toute communauté. C'est le cas en particulier de la collectivité genevoise, dont la prospérité est fonction, pour une bonne part, de l'énergie dont elle peut et pourra disposer.
Cela est si vrai que la consommation d'énergie par habitant est souvent considérée comme la mesure du développement économique d'un pays ou d'une région, une corrélation certaine existant entre consommation et développement. Cependant, soucieuses de réduire la dépendance du Canton pour son ravitaillement en énergie, les autorités cantonales et municipales s'efforcent d'infléchir la courbe de cette corrélation par une gestion rationnelle des différents agents énergétiques.
L'objet du présent chapitre est de décrire le passé et les perspectives d'avenir de la production et de la consommation d'énergie du canton de Genève, et de mettre en évidence l'impact que la quantité d'énergie disponible a eu sur la progression économique de ce Canton, en particulier depuis un siècle. On montrera ensuite quelle est la politique énergétique du Canton et l'organisation qui en assure la bonne exécution, pour finir par des considérations sur les perspectives d'avenir. Des efforts considérables sont faits pour diminuer la consommation d'énergie et développer de nouvelles sources, mais la nature même du canton et sa forte activité économique font qu'il devra toujours recourir à l'importation.
Ainsi qu'en témoigne l'évolution sur une longue période des consommations en gaz, électricité, eau et produits pétroliers, en regard du nombre croissant d'habitants, le Canton a connu depuis la dernière guerre une expansion extraordinaire qui semble progressivement se modérer.
Les chiffres de la consommation sont relativement faciles à obtenir lorsqu'on a affaire aux énergies dites de réseau (gaz, électricité), bien que l'on rencontre pour ce type d'agents aussi des difficultés non négligeables pour obtenir une répartition détaillée par type de consommateur. En revanche, pour les combustibles et carburants, les difficultés deviennent sérieuses et les consommations doivent être déduites des chiffres de vente de ces agents. Les données actuellement disponibles permettent néanmoins de connaître l'évolution des flux énergétiques dans le Canton et la part respective des différents agents utilisés par la collectivité genevoise.
Chacun de ces agents est apparu et s'est développé au gré de l'évolution des techniques, rendant son utilisation et son coût plus accessibles. Cette évolution du "panorama" énergétique du Canton est le reflet d'une partie importante de son histoire.

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Le passé et le présent


L'énergie hydromécanique

Au Moyen Age déjà, des moulins à eau ont été installés le long du Rhône, en particulier sur le Pont de l'Ile, au centre de la cité. Genève a même été l'une des premières villes de la Gaule où des moulins sont mentionnés: en 563, une montagne du Bas-Valais s'éboule et barre le cours du Rhône, formant un immense lac artificiel; le barrage finit par crever, libérant une sorte de raz-de-marée qui emporte les moulins genevois. L'eau, en tant que force motrice, est utilisée jusqu'au XIXe siècle par les artisans qui sont ainsi à l'origine des premières industries et jouent de ce fait un rôle d'innovateurs pour l'économie genevoise.

Poulies et câbles

Cette source d'énergie est de plus en plus appréciée, mais tous ne peuvent pas installer leur atelier à proximité immédiate du fleuve. Il faut donc créer des systèmes de transmission dits "télédynamiques". Une roue motrice, entraînée par l'eau du Rhône, est couplée à des poulies ayant jusqu'à deux et trois mètres de diamètre, reliées entre elles par des câbles. L'énergie est facturée en fonction du diamètre de la roue, car la puissance transmise lui est approximativement proportionnelle.

Eau sous pression

Si cette technique offre de nouvelles possibilités d'utilisation, elle comporte cependant des limites: la transmission d'énergie par câble n'est possible que sur de très courtes distances. C'est pourquoi un autre système est mis au point dès la deuxième moitié du XIXe siècle: le transport d'énergie par eau sous pression, qui doit permettre d'alimenter en force motrice les diverses installations industrielles de la ville.
Il s'agit dès lors de créer l'appareil de production adéquat. Le 5 avril 1882, Emile Merle d'Aubigné, ingénieur au Service des eaux, soumet au Conseil d'Etat une demande visant à utiliser la force hydraulique du Rhône "entre un point situé à 1.000 mètres en aval de la Jonction jusqu'à 1.000 mètres en aval des Moulins de Vernier".
Sous l'impulsion du conseiller administratif Théodore Turrettini, la Ville réalise, de 1883 à 1888, l'usine de pompage de la Coulouvrenière, équipée de 18 turbines-pompes à pistons capables de fournir 800 l/s, débit qui sera porté par la suite à 1.100 l/s. Cette construction constitue une réalisation technique remarquable pour son époque et exceptionnelle [p. 21] par sa longévité: certains des groupes turbines-pompes ont fonctionné durant plus d'un siècle, alors qu'il est généralement admis que la durée d'un équipement mécanique de ce type ne dépasse pas 30 à 40 ans.
Les réseaux de distribution d'eau sous pression prennent rapidement de l'ampleur et contribuent au développement de l'industrie: en 1900, sur les 15 millions de m3 d'eau distribué, les moteurs en consomment trois fois plus que les ménages. C'est vers les années 1915-1920 que la consommation d'eau utilisée comme force motrice atteint son maximum pour diminuer rapidement par la suite et laisser place à une autre source: l'électricité.
Force est cependant de reconnaître que les moteurs électriques ont de la peine à s'imposer. En décembre 1896, on ne compte à Genève que 26 moteurs électriques totalisant la puissance dérisoire de 3,4 CV, car la Ville, propriétaire des Forces motrices du Rhône, veut protéger son monopole. 

Le gaz

Parallèlement à l'utilisation des forces hydrauliques, se développe un réseau de distribution de gaz, destiné avant tout à l'éclairage. [p. 22]

L'usine à gaz de la Coulouvrenière

En 1843, le Conseil municipal ratifie la convention passée entre la Ville de Genève et la "Compagnie provisoire pour l'éclairage au gaz de Genève", entreprise privée qui se voit concéder, pour une durée de 20 ans, l'exploitation du gaz dans la commune de Genève. A l'instigation du professeur et physicien Jean-Daniel Colladon, la première usine à gaz est construite et mise en exploitation le 25 décembre 1844 sur un terrain de la Coulouvrenière. Trois mois après, elle distille 5.000 kg de charbon par jour, amenés par route du bassin minier de St-Etienne. L'usine à gaz de la Coulouvrenière distribue le gaz sur un réseau qui alimente 408 becs de gaz particuliers et 302 becs de gaz municipaux. En 1856, la production de gaz atteint 850.000 m3 par an. La société prend alors le nom de "Compagnie genevoise d'éclairage et de chauffage par le gaz". Entre 1860 et 1861, elle procède à la construction d'une nouvelle halle de fours pour la distillation et d'un nouveau gazomètre. En 1896, la Ville de Genève reprend en régie directe l'usine à gaz et son réseau de distribution; des usines à gaz sont construites à Carouge et à Plainpalais.

L'usine à gaz de Vernier

Pour faire face à l'accroissement de la consommation, une nouvelle usine à gaz est construite à Vernier, au voisinage du Bois des Frères, entre 1911 et 1914.
Le 10 juillet 1931, la production et la distribution du gaz sont confiées aux Services Industriels de Genève qui créent à cet effet un Service du gaz. Celui-ci développe les installations de stockage du gaz et du charbon. Cependant, à partir des années soixante, l'acheminement du pétrole par oléoducs jusqu'à la frontière suisse conduit à remplacer l'importation de houille par celle de combustible liquide et à modifier en conséquence le mode de production du gaz: une usine à gaz par craquage catalytique des hydrocarbures liquides — procédé de raffinage qui modifie la composition d'une fraction pétrolière par l'effet combiné de la température, de la pression et d'un catalyseur — est construite en deux étapes. Les deux premières lignes de craquage sont mises en service en 1964, une troisième commence à fonctionner en 1967 et la distillation de la houille est complètement arrêtée cette même année.
Sept ans plus tard, en 1974, le Canton est raccordé au réseau de distribution du gaz naturel et depuis 1977, la totalité du gaz distribué est d'origine naturelle. La consommation [p. 23] augmente de 123% au cours des dix années suivantes; elle est favorisée par le règlement du 23 mars 1983 sur la police des constructions, qui pose en principe que les immeubles d'habitation doivent être alimentés en gaz. La part du gaz dans la consommation d'énergie est en croissance continue par rapport à celle des huiles de chauffage et des combustibles solides. La mise en service et le développement du chauffage à distance à Genève ne sont pas étrangers à cette évolution. 

Le chauffage à distance

Le Service du gaz inaugure, en 1966, une centrale de chauffage à distance destinée, dans une première étape, à desservir la cité du Lignon. Cette centrale, qui fonctionne soit avec du fuel, soit avec du gaz naturel, alimente un réseau d'eau primaire surchauffée à 130 degrés. Elle est reliée à différentes sous-stations installées dans les immeubles et assure ainsi le chauffage et la production d'eau chaude sanitaire. Par la suite, le réseau est étendu en direction de la cité des Avanchets jusqu'à Palexpo, en passant par l'Aéroport de Cointrin. 

L'électricité 

Les débuts de l'électricité sont étroitement liés à Genève à la naissance de l'industrie. Fondée en 1869, la Société genevoise pour la construction d'instruments de physique, ancêtre de la SIP (Société genevoise d'instruments de physique), est à l'origine de la Société d'appareillage électrique qui, fondée en 1882, installe, l'année suivante, un petit groupe électrogène entraîné par un moteur à eau. Il est situé à l'arrière d'un magasin de la maison Maunoir, au 8, Boulevard du Théâtre, où il assure l'éclairage du magasin et du hall d'entrée du théâtre.

La centrale de l'Ile de la Coulouvrenière

La même société obtient, en 1887, une concession pour l'exploitation de la station centrale de l'Ile. Elle est équipée d'une turbine de 200 CV provenant des ateliers Faesch et Piccard, qui furent à l'origine des Ateliers des Charmilles. Les dynamos sont construites par Cuénod-Sautter & Cie, berceau des Ateliers de Sécheron. Ainsi l'histoire des trois principales entreprises industrielles genevoises se confond presque avec celle de la production et de l'exploitation de l'énergie électrique. [p. 24]
La production est encore modeste et le système à courant continu ainsi obtenu, élevé à une tension de deux fois 110 V, ne permet d'alimenter les abonnés qu'à quelques centaines de mètres de la centrale. Pour y remédier, on installe deux groupes de 200 CV, produisant du courant alternatif à une fréquence de 60 Hz, à la tension de 2.400 V (élevée pour l'époque), ce qui permet de transporter l'électricité à une plus grande distance. 

La centrale de Chèvres

La consommation d'électricité augmente, aussi la Ville de Genève entreprend-elle la construction de la centrale de Chèvres, en service le 27 avril 1896. A l'origine, cette centrale est constituée de cinq groupes totalisant une puissance de 6.000 CV. En seconde étape, dix autres groupes d'une puissance totale de 12.000 CV sont mis en service entre 1897 et 1899. A l'époque, cette centrale est la plus importante de toute l'Europe. Elle constitue un véritable banc d'essai pour l'industrie genevoise de production d'équipement électrique. Sa mise au point nécessite des efforts considérables de la part des industriels qui font œuvre de pionniers. Cependant, tout travail d'innovation et de développement implique des risques et l'équipement de la centrale de Chèvres entraîne de sérieuses difficultés financières pour les Ateliers de Sécheron. 
A l'époque de sa mise en service, la capacité de l'usine de Chèvres est dix fois supérieure aux besoins en électricité du Canton. Petit à petit, on voit s'implanter, à proximité de l'usine, des industries qui souhaitent profiter de cette nouvelle source d'énergie. C'est le cas, tout d'abord, de la société Givaudan, dont l'installation marque le début de l'industrie chimique genevoise (voir plus loin, p. 87). C'est aussi le cas pour la Cimenterie de Vernier, également grande consommatrice d'électricité, et pour les usines Gardy et Kugler. 

L'usine thermique de la Coulouvrenière

En 1903, le Canton connaît un tel essor industriel que la capacité de la centrale de Chèvres s'avère insuffisante. Le Service d'électricité construit alors l'usine thermique de la Coulouvrenière, qui entre en exploitation en 1905. Elle est équipée initialement de trois groupes turbo-alternateurs de 500 CV à courant continu et d'un groupe alternatif de 1.000 CV. Ces groupes seront remplacés par la suite par deux turbo-alternateurs de 5.000 et 6.000 kW, ainsi que par deux groupes à moteurs Diesel de 2.000 kW chacun. Cette centrale thermique restera en service jusqu'en 1961.

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La centrale de Chancy-Pougny

De 1911 à 1917, la société Creusot-Schneider, qui a besoin d'électricité pour ses usines d'armement, s'intéresse à l'implantation d'une centrale électrique sur le Rhône, à la frontière franco-suisse. Les autorités genevoises considèrent que les besoins d'électricité de la communauté sont couverts, en raison notamment du ralentissement industriel consécutif à la Première Guerre mondiale et de la crise économique qui en résulte. Une concession est accordée à la société Creusot qui construit, avec l'aide d'actionnaires français, l'usine de Chancy-Pougny, mise en service en 1925. L'énergie produite est tout d'abord entièrement livrée en France; elle sert en particulier à l'alimentation de l'usine à carbure de Bellegarde. Aujourd'hui, la production de la centrale, de l'ordre de 200.000 MWh par année, soit 40% environ de celle de Verbois, est entièrement absorbée par le réseau genevois.

L'interconnexion avec les centrales du Valais

Entre 1900 et 1935, la consommation d'énergie électrique du Canton passe de 30 à 100 millions de kWh et la puissance de 6 à 24.000 kW. Afin de satisfaire à cette demande croissante d'énergie, le réseau genevois et interconnecté avec les centrales hydrauliques du Valais. Une structure est mise sur pied en 1919 déjà, avec la création, à Lausanne, de la société "Energie Ouest Suisse" (EOS) où sont centralisés les échanges d'électricité entre les réseaux de Suisse romande. Le Service d'électricité du canton de Genève est, dès la création de cette société, un des principaux actionnaires preneurs, lesquels sont aujourd'hui au nombre de cinq.
Grâce à cette nouvelle structure, le poste de couplage de l'usine de Chèvres est raccordé, en 1921, au réseau du Valais par une ligne à 55 kV qui permet alors de transporter une puissance de 5.000 kW. En 1934, la tension de la ligne Genève-Lausanne est portée à 125 kV, offrant ainsi la possibilité de quadrupler la puissance transportée.
A partir des années soixante-dix, les transports d'électricité en provenance de Suisse prennent une telle ampleur, en raison d'un écart grandissant entre la consommation du Canton et la production indigène, que l'EOS projette une ligne à 380 kV, avec un lacet à 132 kV pour les CFF. Le projet, qui permettra de diminuer les pertes et d'améliorer l'interconnexion, sera réalisé aussitôt qu'il aura franchi les barrages qui lui sont opposés par les ligues de protection de la nature et de l'environnement. En attendant, les besoins de Genève sont couverts en bonne partie par la France (voir graphique p. 36).

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La centrale de Verbois

L'augmentation des besoins en électricité, due à la reprise économique enregistrée à la veille de la Deuxième Guerre mondiale, fait apparaître la nécessité d'une nouvelle source de production dans le Canton. C'est ainsi qu'en 1936, un projet d'usine est proposé aux Services Industriels au site de Verbois, sur le Rhône. L'importance de ce projet et la proximité de l'usine de Chèvres obligent les responsables à désaffecter cette dernière qui, d'ailleurs, a largement fait son temps. La décision de construire est prise par les autorités genevoises le 3 décembre 1937, sur proposition de Jean Boissonnas, alors président des Services Industriels.
Cette usine est le fruit d'une très large collaboration de l'ensemble de l'industrie genevoise: les études sont confiées à la Société générale pour l'industrie (SGI), les équipements principaux sont fournis par les Ateliers de Sécheron et par les Ateliers des Charmilles. Malgré les difficultés inhérentes à la période de guerre et grâce au fait que pratiquement l'ensemble des fournitures, ainsi que les travaux, sont assurés par des entreprises locales, la construction se poursuit et, le 17 janvier 1943, le premier groupe peut fournir son énergie au réseau genevois. Cette énergie est transportée jusqu'à la ville à l'aide de câbles souterrains de 18KV. Equipée tout d'abord de trois groupes, elle est complétée d'un quatrième groupe en 1952, qui porte la puissance à 4 X 22.000 kW. [p. 28]
A la fin des années soixante-dix, l'usine de Verbois est complètement modernisée pour tenir compte des derniers progrès technologiques dans le domaine de la commande et du réglage automatiques.
Comme pour la centrale de Chèvres, la production de la centrale de Verbois dépasse de loin, au début de son exploitation, les besoins en électricité du Canton. Mais, dès 1950, la situation est inversée et le ravitaillement en électricité du Canton redevient très largement déficitaire. 

Les produits pétroliers et le charbon 

Genève est une des villes où l'accroissement du nombre de véhicules est le plus élevé, puisqu'à fin 1987, on relève plus de 230.000 plaques distribuées pour des véhicules à moteur, soit une moyenne de 630 véhicules pour 1.000 habitants, ce qui, en tenant compte du trafic frontalier, explique la part importante des carburants — 25 pour cent — dans le bilan énergétique du Canton.
En revanche, la consommation d'huile de chauffage est en légère baisse, le gaz naturel marquant, depuis 1975, une légère tendance à se substituer au combustible liquide. Quant à la part du charbon et du bois, autrefois prépondérante pour la couverture des besoins en énergie, elle est tombée à moins de 1 pour cent.




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La politique énergétique genevoise


Les Services Industriels 

Assurer l'alimentation d'une population en produits essentiels tels que l'eau, le gaz et l'électricité est une des tâches de l'autorité qui, pour atteindre ce but, recourt à des moyens divers, notamment la concession, la régie ou la gestion directe. Une première concession est octroyée, à cet effet, à la Ville de Genève, le 30 septembre 1882, par la loi relative à la construction de l'usine de la Coulouvrenière; la construction de l'usine de Chèvres fait l'objet d'une deuxième concession, le 2 novembre 1892, et celle de Verbois d'une troisième concession, du 9 octobre 1909, prorogées à plusieurs reprises.
La production de l'énergie électrique implique sa distribution. Aussi le Conseil municipal décide, par arrêté du 4 juin 1895, que les Services Industriels seront administrés par la Ville de Genève.
Par la suite, la loi constitutionnelle du 22 mars 1930, ainsi que la loi organique du 1er avril 1931, font des Services industriels un établissement autonome de droit public ayant une administration distincte de celle de la Ville. Enfin, en vertu de la loi organique du 5 octobre 1973, les Services industriels de Genève, tout en restant autonomes et dotés de la personnalité juridique, ont désormais le caractère d'une régie cantonale. Ils sont placés sous la surveillance du Conseil d'Etat, lequel dispose également du pouvoir d'approbation, notamment en matière de tarifs.

Les bases légales

En réponse au défi représenté par les deux crises pétrolières des années soixante-dix, le gouvernement cantonal décide de compléter la législation existante plutôt que de mettre en chantier une loi sur l'énergie. Il se donne pour principe de n'introduire dans les textes légaux et réglementaires que des dispositions visant à des mesures concrètes, tenant compte de l'évolution des connaissances scientifiques et des résultats expérimentaux. Il introduit donc, dans la loi sur les constructions et installations diverses, de nouveaux articles ayant pour objet l'économie d'énergie dans le domaine bâti.
Par la votation fédérale du 18 février 1979, le peuple suisse rejette, à une faible majorité, l'initiative sur le contrôle démocratique du nucléaire, alors qu'à Genève 67% des votants se prononcent favorablement. En conséquence, une initiative populaire intitulée "L'énergie, notre affaire" est lancée dans [p. 30: image / p. 31] le Canton. Déposée en chancellerie, le 26 juin 1980, munie de 17.000 signatures, cette initiative comporte trois volets. Elle soumet à l'approbation du Grand Conseil les budgets annuels d'exploitation et d'investissement des Services Industriels et autorise le référendum contre la loi y relative. Elle introduit une série de dispositions relatives à une politique cantonale de l'énergie. Elle oblige enfin l'autorité cantonale à s'opposer à tout type d'installation nucléaire sur le territoire du Canton ou au voisinage de celui-ci.
Cette initiative est controversée car, de l'avis des juristes consultés, elle comporte des objets dont le rapport de connexité n'est pas évident. C'est pourquoi deux projets de loi sur l'énergie sont déposés sur le bureau du Grand Conseil. Après avoir procédé à différentes auditions, la commission du Grand Conseil regroupe les différents textes qui lui sont soumis en un projet de loi sur l'énergie ayant pour objectifs de favoriser un approvisionnement énergétique suffisant, sûr, économique, diversifié et respectueux de l'environnement; d'encourager les économies d'énergie et son utilisation rationnelle; de réduire ou d'éviter la dépendance de certains agents énergétiques importés; de développer des sources d'énergie indigènes; d'encourager l'utilisation des énergies renouvelables.
Ce projet de loi est adopté le 11 mai 1984 par le Grand Conseil qui, à cette occasion, déclare recevable l'initiative populaire "L'énergie, notre affaire" et propose de la soumettre au verdict populaire en recommandant de la refuser et d'accepter le projet de loi sur l'énergie en tant que contre-projet.
Le 7 décembre 1986, le peuple genevois se prononce en faveur de l'initiative "L'énergie, notre affaire". Ainsi, dès cette date, un article énergétique est introduit dans la Constitution cantonale; il reçoit, au printemps 1988, la garantie des Chambres fédérales, sous réserve de l'article 24 quinquies de la Constitution fédérale, qui dispose que "la législation sur l'énergie atomique est du domaine de la Confédération". Une loi sur l'énergie, loi d'application de l'article constitutionnel, est adoptée le 18 septembre 1986 et son règlement d'application le 31 août 1988. 

L'organisation administrative

Les chocs pétroliers des années 1973 et 1978 incitent aussi le gouvernement cantonal à renforcer les structures existantes. C'est ainsi qu'en mars 1977, le Conseil d'Etat institue une Commission cantonale en matière d'énergie. Rattachée [p. 32] au Département de l'économie publique, elle est chargée de formuler des propositions dans les différents domaines liés à la politique énergétique, notamment la connaissance des consommations, les économies et la diversification des ressources.
En septembre 1979, entre en fonction le Délégué cantonal à l'énergie. Rattaché également au Département de l'économie publique, il a pour mission essentielle de conseiller le chef du département, dont il relève directement, et le Conseil d'Etat, sur les mesures à prendre en matière d'énergie. Son cahier des charges comprend notamment des tâches d'animation et de coordination dans le domaine de la recherche et du développement, des économies d'énergie dans le secteur immobilier et la valorisation des énergies indigènes, de même que l'organisation de la gestion de divers services à la collectivité. Pour répondre à cette exigence, il crée, en 1982, un service permanent d'information destiné à aider le grand public à gérer mieux les agents énergétiques.
Sous la conduite du délégué à l'énergie, des travaux de recherche sont entrepris, des campagnes d'information, ainsi que des cours sont organisés périodiquement à l'intention du public.
La coordination intercantonale est assurée par la Conférence des services cantonaux de l'énergie, créée en 1979, et par la Conférence des directeurs cantonaux de l'énergie, organismes de concertation et de réflexion sur les relations entre la Confédération et les Cantons. 

Conception cantonale de l'énergie

Face aux incertitudes que pose la problématique de l'énergie et à la nécessité d'avoir une vision à long terme dans ce domaine, le Département de l'économie publique a élaboré une conception cantonale de l'énergie. Ce plan directeur définit les mesures à prendre, afin d'assurer une gestion énergétique optimale sur l'ensemble du territoire, en tenant compte des influences sur l'environnement. Sous la direction du délégué à l'énergie, des travaux sont conduits afin de préciser un ensemble de mesures à prendre, directes ou indirectes, qui doivent faire l'objet de choix politiques influencés par les données économiques. L'appréciation des diverses mesures préconisées nécessite des critères d'évaluation multiples et pour la plupart interdépendants. 

J.-P. G.
haut
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Perspectives d'avenir

Les économies d'énergie

Le chauffage des bâtiments représente plus du 60 pour cent des besoins en énergie du Canton. C'est donc dans ce domaine que l'on peut espérer les principales économies d'énergie. Le chef du Département de l'économie publique, chargé de la mise en oeuvre de la politique énergétique, s'efforce de les promouvoir, en particulier par les mesures suivantes: réduction de la température des locaux; rationalisation des installations de chauffage, qui sont souvent surdimensionnées, mal réglées et entartrées; étude sur des possibilités de comptage individuel de la chaleur dans les immeubles, de façon à intéresser les usagers aux économies de chaleur; amélioration de l'isolation thermique des bâtiments (l'introduction de cette mesure dans les anciens immeubles est coûteuse et parfois peu efficace; c'est dans les nouvelles constructions qu'il faut en tenir compte, au fur et à mesure du renouvellement du parc immobilier genevois, ce qui nécessite un effort de longue haleine); développement des systèmes de chauffage collectif dont le rendement est supérieur aux systèmes individuels et qui diminuent la pollution atmosphérique (mais ces systèmes de chauffage collectif impliquent la création d'une infrastructure coûteuse et longue à réaliser).
D'importantes économies ont déjà été réalisées dans des immeubles dépendant des pouvoirs publics. Les possibilités dans ce domaine sont encore loin d'être épuisées. Une étude typologique, effectuée en 1980-1981, a permis d'évaluer les économies pouvant être réalisées pour les différentes catégories de bâtiments, en intervenant sur l'enveloppe et sur les installations. Cette étude a été étayée de deux expériences pilotes et d'une enquête dans les milieux immobiliers afin de connaître et soutenir scientifiquement les projets d'amélioration thermique des immeubles.
Aujourd'hui, le chauffage des habitations est assuré essentiellement à partir de combustibles fossiles qui vont se raréfiant et augmenteront inévitablement de prix. Leur substitution, à plus ou moins longue échéance, par d'autres énergies est inéluctable et doit être préparée longtemps à l'avance. Diverses solutions sont déjà offertes, telles que la récupération de chaleur, l'utilisation des pompes à chaleur, le développement de l'énergie solaire. Certains bâtiments administratifs privés, construits récemment ou en construction, sont équipés d'un système de climatisation qui permet d'éliminer totalement, ou presque, le chauffage des locaux; celui-ci est assuré par la récupération de la chaleur émise par les machines de bureau, les lampes et les occupants des locaux.

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Développement de la production d'électricité dans le. canton de Genève 

Si, grâce aux mesures d'économie en matière de chauffage des bâtiments, on peut espérer une réduction sensible de la dépendance énergétique du Canton par rapport aux produits pétroliers, il est par contre beaucoup plus difficile d'envisager, à court et moyen terme, une diminution des besoins en électricité. En conséquence, la part d'électricité d'origine locale dans la consommation du réseau desservi par les Services Industriels est toujours plus petite. Les moyens permettant d'inverser cette tendance sont actuellement très limités. Cependant quelques projets méritent d'être mentionnés.

L'usine hydro-électrique dite du Seujet

Sur proposition du conseil d'administration des Services industriels de Genève, le Conseil d'Etat décide, en 1979, d'étudier un nouveau barrage de régularisation des eaux du Léman qui pourrait être combiné avec une centrale hydro-électrique. Cette solution offre deux avantages: elle permet d'une part d'augmenter la production locale, d'autre part de tirer un parti maximum de la capacité de retenue du lac pour améliorer la "qualité" de production des centrales de Verbois et de Chancy-Pougny. En effet, ce nouveau barrage permettra d'adapter la production des centrales situées en aval à la variation de la consommation d'électricité du Canton.
Deux projets sont soumis, en automne 1982, aux autorités fédérales et cantonales concernées, pour préavis, en vue de l'élaboration des projets de lois relatifs à la construction et au financement. Le 24 mai 1984, le Conseil d'Etat ouvre un crédit pour la construction du nouveau barrage de régularisation des eaux du Léman situé entre les ponts de la Coulouvrenière et de Sous-Terre, barrage qui sera équipé de trois passes avec vannes et d'une centrale hydro-électrique pour débit nominal de 300 m3/s, répartis sur trois groupes. Cet ouvrage doit régulariser de façon plus précise le niveau du lac; évacuer un débit maximum de crue égal à 150 m3/s; maîtriser le débit du Rhône pour assurer l'écoulement des eaux de l'Arve; produire de l'électricité et moduler les débits pour les centrales situées en aval.
Les caractéristiques techniques de cette centrale, d'une puissance maximale de 8.700 kW, permettront une production annuelle de l'ordre de 30 GWh. [p. 36]
Certes, la production d'énergie est relativement modeste et le coût supplémentaire pour l'installation de ces groupes est appréciable. Cependant, une fois installés, leur coût de production est pratiquement négligeable et justifie l'investissement. Parallèlement à cette nouvelle installation, les Services Industriels se proposent de moderniser l'usine de Verbois pour augmenter d'environ 13 MW la puissance installée.
D'autres installations pourraient encore contribuer au développement de la production locale d'énergie électrique. Ainsi, la Société des forces motrices de Chancy-Pougny étudie la construction d'un nouveau groupe qui assurerait une production supplémentaire de l'ordre de 25 GWh par année. De leur côté, les Services Industriels présentent, en 1984, à l'autorité fédérale compétente, une demande de concession en vue de la mise en valeur du palier de l'Etournel, sur le Rhône, en aval de l'usine des Forces motrices de Chancy-Pougny. Cette nouvelle usine pourrait produire annuellement plus d'un quart de la production de Verbois. En outre, des centrales chaleur-force pourraient apporter leur contribution au bilan énergétique du Canton. Deux projets sont à l'étude, l'un dans le futur Hôtel de police, l'autre dans un complexe immobilier aux Charmilles.

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​Les énergies alternatives

L'un des objectifs de la loi sur l'énergie est de développer les sources d'énergie indigènes et d'encourager l'utilisation des énergies renouvelables telles que l'énergie solaire, l'énergie géothermique, l'énergie éolienne, l'énergie hydraulique, l'énergie extraite de la biomasse, y compris le bois et les ordures. Le règlement d'application de la loi sur l'énergie précise les divers moyens dont dispose le gouvernement cantonal pour atteindre ces objectifs: participation de l'Etat à des travaux de recherche ou de développement, aide financière, création de centres d'information au public, organisation de campagnes d'information, etc. 

Energie solaire

Avant même que n'aient été promulguées ces bases légales et réglementaires, un programme de mesures de politique énergétique avait été engagé en vue de stimuler les économies d'énergie et de développer les énergies renouvelables, avec une participation financière de l'Etat au développement et à la réalisation de certains projets dans ces deux domaines. On relèvera tout particulièrement les mesures fiscales prises en faveur des collecteurs solaires, l'équipement des bâtiments de l'Etat en installations solaires, dont une, à des fins expérimentales, au Centre horticole de Lullier, et les mesures systématiques effectuées sur ces mêmes installations. On mentionnera aussi l'installation, en 1978 déjà, de capteurs solaires sur le toit de l'Hôtel du Rhône et l'équipement de l'immeuble de l'Union des associations patronales genevoises, à la rue de Saint-Jean, en collecteurs solaires. Selon l'étude typologique des bâtiments, dont il a été fait mention plus haut, la surface potentiellement équipable en panneaux solaires se chiffre, en période normale d'approvisionnement en énergie et sans mesures contraignantes, à près de 70.000 m2. L'installation de cette surface de captage se traduirait par une économie d'énergie évaluée à environ 2.500 tonnes de mazout. Cependant, les conditions climatiques et les coûts élevés des équipements ne favorisent pas, en l'état actuel, l'utilisation de l'énergie solaire à Genève. On peut toutefois admettre que l'évolution à long terme du prix des combustibles, ainsi que l'amélioration du rendement énergétique et financier des installations solaires, permettront de développer ce type d'énergie. A cette fin, le Département de l'économie publique a récemment publié une brochure destinée à mettre en évidence les contraintes et les avantages de l'énergie solaire. [p. 38]

Energie géothermique

Dans des conditions optimales d'utilisation, la géothermie peut apporter une contribution non négligeable à l'approvisionnement en énergie, tout en satisfaisant aux exigences de protection de l'environnement. En effet, l'énergie géothermique est par nature non polluante. Sa mise en oeuvre n'entraîne que des nuisances limitées dans le temps et dans l'espace. Elle consiste principalement à tirer parti, au moyen d'équipements appropriés, de la présence de nappes d'eau chaude souterraines profondes, par exemple pour assurer le chauffage des habitations.
En Suisse, la répartition souterraine de la géothermie est encore mal connue: on ne dispose que de données fragmentaires, relevées lors de la réalisation d'ouvrages tels que des tunnels ou lors de forages pétroliers ou gaziers. L'existence de gisements géothermiques probables a toutefois été prouvée dans la région comprise entre Bâle, Zurich et le lac de Constance.
A Genève, au terme de plusieurs études entreprises et selon l'opinion de divers experts, il apparaît que le sous-sol pourrait présenter les caractéristiques requises pour une opération géothermique. Le seul moyen de vérifier cette hypothèse serait un forage d'exploration profond, d'autant plus nécessaire que la connaissance des formations géologiques profondes sont, en Suisse, notoirement insuffisantes. En France, en revanche, l'estimation et l'exploitation des ressources géothermiques ont été facilitées par l'existence de données relevées au cours de plusieurs milliers de forages pétroliers.
Les études faites jusqu'ici dans le Canton ont permis de délimiter un axe de prospection prioritaire (Landecy-Jussy) et de déterminer les conditions de faisabilité d'une opération géothermique à proximité d'une zone résidentielle située sur cet axe.
Considérant l'importance de l'investissement nécessité par un forage d'exploration à plus de 2.000 mètres de profondeur et le caractère aléatoire d'une telle prospection, le Conseil d'Etat a décidé, sur proposition de la Commission cantonale en matière d'énergie, d'entreprendre au préalable une campagne géophysique en surface, qui améliorerait dans une mesure notable la connaissance du sous-sol genevois. Ainsi, du 17 au 28 août 1987, une entreprise française, la Compagnie générale de géophysique, effectue, pour le Département de l'économie publique, une campagne d'étude vibrosismique dans le Canton. En janvier 1988, les données recueillies au cours de cette campagne et le rapport d'interprétation [p. 39: image / p. 40] confirment les hypothèses émises par les auteurs des études géologiques, notamment en ce qui concerne l'existence d'un axe de prospection prioritaire entre Bardonnex et la région de Jussy.
Même si les informations obtenues lors de la campagne sismique ne peuvent donner aucune indication sur la présence d'eau exploitable géothermiquement dans le sous-sol genevois, le Canton dispose désormais d'éléments sur les structures potentiellement favorables, d'une grande utilité pour la localisation d'un sondage d'exploration.
Compte tenu de ces résultats, la Commission cantonale en matière d'énergie a poursuivi l'étude d'un projet de forage de prospection. Trois sites, qui paraissent les plus prometteurs, sont retenus et font l'objet d'études complémentaires qui portent notamment sur les points suivants:

  • utilisateur potentiel (nombre, localisation, consommation de chaleur prévisible, nature de la consommation)
  • projet de développement immobilier autour du site
  • impact et nuisances liés au forage
  • éléments à prendre en considération pour l'implantation d'une plate-forme.

Le forage de prospection profond permettra de déterminer et, le cas échéant, de mettre en valeur le potentiel d'énergie géothermique du sous-sol genevois. En cas d'échec, il est prévu que la Confédération participe pour moitié aux frais du forage.

Energie soutirée des déchets

Les déchets végétaux, les déjections animales, de même que les boues d'épuration des eaux et les ordures ménagères peuvent, dans certaines conditions, participer au bilan énergétique du Canton par la production de biogaz. Des expériences pilotes ont été engagées pour évaluer la contribution potentielle de cette ressource; des bureaux spécialisés ont été chargés, par le Département de l'économie publique, de procéder à des expertises dans des exploitations agricoles.
Par l'épuration des eaux usées, la station d'Aïre produit chaque année plus de 5 millions de m3 de gaz méthane, qui sont utilisés pour les besoins techniques de la station et pour le chauffage de l'ensemble du complexe. A la station du Nant-d'Avril, des groupes électrogènes à gaz produisent plus de 315.000 kWh électriques et, en plus, 480.000 kWh thermiques. Enfin, l'incinération des ordures ménagères assure, à l'usine des Cheneviers, la production d'environ 80 millions de kWh par an, dont la majeure partie et réinjectée dans le réseau électrique des Services Industriels.

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Des décisions à prendre

L'énergie disponible apparaît toujours plus comme une des conditions essentielles du progrès économique. Grâce à la clairvoyance et à l'esprit d'initiative de précurseurs tels que Jean-Daniel Colladon, Théodore Turrettini, René Thury, Hermann Cuénod, Jean Boissonnas, le canton de Genève a fait oeuvre de pionnier pour assurer son ravitaillement en énergie. Ce fut, dans une grande mesure, la cause de son essor industriel, puisque son industrie put disposer de l'énergie nécessaire pour entraîner ses machines. Une part appréciable de l'industrie genevoise a étendu son activité dans le domaine de la production et de la distribution de l'électricité et a fait ses premières armes dans des installations locales. Elles ont représenté pour elle un banc d'essai qui s'est révélé très utile. Cet essor industriel a constitué pour le Canton une source importante d'emplois et de revenus.
Actuellement, le Canton est fortement dépendant de l'extérieur, tant pour son ravitaillement en pétrole et en gaz qu'en électricité. Certes Genève oriente essentiellement son activité vers le secteur tertiaire, en particulier par la présence d'un grand nombre d'organisations internationales, mais ce secteur est également un important consommateur d'électricité.
Face à la pénurie et au renchérissement des hydrocarbures vers lesquels on s'achemine, la communauté genevoise doit prendre un certain nombre de décisions pour diversifier son mode de ravitaillement en énergie, décisions qui seront lourdes de conséquences pour son avenir. Elle doit assurer la mise en valeur complète du potentiel hydro-électrique du Canton par la construction de la nouvelle centrale dite "du Seujet" et la modernisation des groupes des centrales de Verbois et de Chancy-Pougny; elle doit aussi développer un système de chauffage à distance et de stockage saisonnier de la chaleur, récupérer les sources de chaleur perdue, utiliser rationnellement les énergies renouvelables (solaire et géo-thermique) avec des stations de couplage chaleur-force et de pompes à chaleur.
L'avenir dira si notre génération se sera montrée à la hauteur de celle qui l'a précédée pour assurer au Canton la couverture de ses besoins en énergie, une des conditions essentielles de sa prospérité. 

M. C.
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