Le commerce

​Armand Brulhart / Jean de Senarclens


​La vocation commerciale de Genève

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Les impératifs de la géographie

La vocation commerciale de Genève s'explique par sa situation géographique. Ville enserrée dans un pays lui-même exigu, elle a dû se tourner de bonne heure vers des contrées plus éloignées pour assurer sa subsistance. Le besoin a créé la fonction: le commerce s'est développé à Genève par nécessité.
Genève a toujours été, elle est encore, sur le plan économique, le chef-lieu d'une région qui comprend toute la cuvette limitée par le Jura, le Vuache, les Pitons, le Salève et les Voirons jusqu'à Thonon. Sa zone d'influence se confond en quelque sorte avec la grande zone de 1860, qui comptait 250.000 habitants et en compterait aujourd'hui environ 355.000.
​A cela s'ajoute le fait que Genève se situe à l'intersection des routes qui conduisent d'Italie en France par les cols du Petit et du Grand Saint-Bernard, et d'Allemagne vers la Méditerranée par le Plateau suisse et la vallée du Rhône. Sa position au débouché du Léman, point de rupture de charge des marchandises, la désignait tout naturellement comme place d'échanges entre le nord et le sud, l'est et l'ouest de l'Europe.


Prééminence du commerce genevois

Dans la Genève "tertiaire" d'aujourd'hui, le commerce demeure primordial. Une personne sur six en vit. Encore faut-il savoir que les activités commerciales se sont considérablement diversifiées. Aux fonctions traditionnelles du commerce de gros et de détail sont venues s'ajouter, au fil des ans, les formes nouvelles du commerce international, de l'arbitrage sur matières premières au financement du commerce pétrolier mondial, des transactions en devises au négoce des métaux précieux et des pierres. Genève s'affirme également comme ville de foires et a réussi à développer autour de son célèbre Salon international de l'automobile une série d'autres manifestations commerciales dont la réputation dépasse largement ses frontières.
Genève, enfin, joue pleinement son rôle de "porte de la Suisse". Moins que Bâle, bien sûr, reliée par le Rhin aux ports de la mer du Nord. Mais les gares de Cornavin et de La Praille figurent au troisième rang, derrière celles de Bâle et de Zurich, pour le volume des marchandises transportées. Et l'aéroport de Cointrin occupe une place non négligeable dans le développement du fret aérien.

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Les foires


Les foires du Moyen Age sont-elles les ancêtres des salons d'aujourd'hui? 

La tradition, dont les discours d'inauguration se font régulièrement l'écho, veut que les salons et expositions du XXe siècle soient les descendants directs et légitimes des célèbres foires qui ont fait de Genève, du XIVe au XVIe siècle, l'une des premières cités commerçantes d'Europe.
Le rapprochement n'est peut-être pas sans fondement. Ne s'agit-il pas, dans les deux cas, d'un rassemblement de vendeurs et d'acheteurs potentiels, venus se renseigner et traiter des opérations commerciales? Mais il y a autant de différences entre les salons d'aujourd'hui et les foires du Moyen Age qu'entre une autoroute moderne et une voie impériale romaine: elles suivent parfois le même tracé, mais obéissent à de tout autres impératifs. 

Du marché local à la foire internationale

La première mention des foires de Genève date de 1262: l'évêque de Genève s'engage à verser à l'abbé de Bonmont, à la foire de Genève de l'Epiphanie, le loyer d'une maison située près du lac. Le 1er octobre 1285, le comte Amédée V de Savoie accorde sa protection officielle aux foires de Genève en délivrant des lettres patentes aux marchands qui s'y rendent. L'origine des foires de Genève est plus ancienne; c'est au début du XIIIe siècle que, progressivement, les marchés locaux (forum) se transforment en de véritables foires (feriae ou nundinae).
Le marché remplit, dès la plus haute antiquité, une fonction précise et essentielle: l'approvisionnement de la ville en produits de la campagne environnante et l'échange de ces produits contre des articles manufacturés. Il se tient périodiquement en des lieux déterminés avec l'approbation du seigneur.
La foire, en revanche, revêt un caractère à la fois international et financier. Les grands marchands se rencontrent à certaines époques (en général quatre fois l'an) pour traiter des affaires de commerce international. Ce sont de grands rassemblements qui attirent non seulement des négociants et des banquiers de toute l'Europe, mais une foule de paysans, de badauds, de curieux et d'amateurs de distractions. C'est aussi un rendez-vous commode pour les transactions les plus variées que l'on traite "en foire" (in nundinis Gebennarum).

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L'apogée

L'essor des foires de Genève coïncide avec la désaffection progressive des foires de Champagne dès 1260. Elles bénéficient de l'appui et de la protection des comtes de Savoie et des comtes de Genève. De plus, à partir de 1309, la présence de la Cour pontificale à Avignon, qui entretient des liens très amicaux avec Genève, représente pour les foires un sérieux stimulant. Enfin, on assiste en Europe, au XIVe siècle, à un développement considérable et à un déplacement des courants commerciaux qui profitent aux foires des Pays-Bas, de Francfort et de Genève.
Les foires duraient de dix à quinze jours; elles se sont tenues à différentes périodes, les plus importantes étant:

  • l'Epiphanie (6 janvier)
  • la Chaire de Saint-Pierre (22 février), qui n'a eu qu'une existence éphémère
  • Pâques-Quasimodo, la plus importante, qui s'étendait du dimanche de Pâques au dimanche suivant
  • Saint-Pierre et Saint-Paul (29 juin), qui n'a guère marqué,
  • Saint-Pierre-aux-Liens (1er août), patron de Genève, mentionnée dès 1440
  • Saint-Michel (29 septembre), qui n'est mentionnée qu'au XIVe siècle
  • Saint-Simon et Saint-Jude (28 octobre), qui se confondra avec
  • La Toussaint (ler novembre).

On imagine le spectacle de la ville en période de foire: les rues et les faubourgs ne sont qu'un immense étalage de produits de toutes sortes: draps de Fribourg et des Flandres, fourrures, peaux, épices, agrumes, fromages, céréales, métaux, outils...
Dans les "Rues Basses", qui s'appellent alors rue des Allemands (où se tenaient les marchands d'Allemagne et des cantons suisses), rue des Marchands-Drapiers, rue des Orfèvres, rue de la Poissonnerie, les boutiques installées au rez-de-chaussée des maisons sont doublées par des installations en bois démontables, les "hauts-bancs", abrités par de larges avant-toits, les "dômes", et le public défile dans l'étroit passage demeuré libre. Public cosmopolite composé de marchands et financiers italiens, français, allemands, flamands, mais aussi des paysans des environs. Et puis, à partir de l'invention de l'imprimerie et de l'essor rapide de cette activité à Genève, les foires sont aussi le lieu d'échanges culturels entre auteurs, éditeurs, imprimeurs et lecteurs. [p. 21] Enfin, les foires sont aussi l'occasion de s'amuser: une atmosphère de fête règne à Genève pendant toute leur durée.
Le coeur des foires était tout d'abord le Bourg-de-Four, jusqu'à ce qu'en 1309, à la suite d'un arbitrage entre l'évêque et les citoyens de Genève, ceux-ci se fussent vus contraints d'édifier une halle au Molard, désignée par la suite sous le nom de "Halle de Fribourg". Plus tard, en 1415, c'est l'évêque Jean de Bertrandis qui fit construire la nouvelle halle, entre l'ancienne et le rivage, intitulée "Halle de France". Ces halles étaient en liaison avec les ports de Longemalle, où l'on traitait le blé, et celui de la Fusterie, spécialisé dans le trafic du bois.

Le déclin 

Les foires de Genève ont décliné à partir du milieu du XVe siècle, en raison principalement de la concurrence des foires de Lyon, soutenues efficacement par les rois de France. Le 20 octobre 1462, Louis XI interdit à ses sujets et aux marchands étrangers dans le royaume de se rendre aux foires de Genève. De plus, les dates des foires de Lyon coïncident désormais avec celles des foires de Genève. Malgré cela, les foires de Genève continuent à attirer marchands et financiers d'Italie, de Suisse et d'Allemagne, et ce n'est qu'à partir de la deuxième moitié du XVIe siècle qu'elles disparaîtront complètement.

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Le commerce de gros


Les origines

Sans doute a-t-on connu, à l'époque romaine, au Moyen Age et sous l'Ancien Régime, de grands marchands qui jouaient le rôle d'intermédiaires entre producteurs et consommateurs. Mais toujours, ou presque, ils réunissaient plusieurs fonctions: le commerce, le crédit et le transport. Sur le plan local, colporteurs et forains se chargeaient de faire passer les marchandises de l'artisan au consommateur ou au boutiquier, lorsque l'artisan ne se chargeait pas lui-même de la vente. Ce n'est qu'avec la production de masse que la nécessité est apparue d'un échelon intermédiaire entre l'industriel et le détaillant. Le commerce de gros, au sens où nous l'entendons aujourd'hui, est né par conséquent de la fabrication en série de l'ère industrielle.
Dans le circuit des échanges agricoles, ce sont d'autres facteurs qui ont présidé à la naissance d'un commerce de gros: agrandissement des agglomérations urbaines, diversification des produits, des sources d'approvisionnement et des circuits commerciaux. Ainsi, à Genève, un marché de gros a vu le jour en 1879 sur le Grand Quai (aujourd'hui quai Général-Guisan). Il sera transféré en 1950 à la Jonction, sur l'emplacement de l'ancien abattoir. Après un établissement provisoire, de 1965 à 1968, dans un bâtiment du Port-Franc, aux Acacias, il sera définitivement transféré à La Praille et cédé par la Ville de Genève à la Société immobilière du marché de gros et de l'alimentation SIMGA SA. Ce marché permet aux détaillants genevois de se ravitailler en produits locaux et importés. 

Les formes modernes du commerce de gros

Tel que nous le comprenons aujourd'hui, le commerce de gros recouvre toutes les transactions commerciales auxquelles ne participe pas le consommateur. Au commerce de gros au sens étroit du terme (celui qui met en présence producteur et détaillant, ou fabricant étranger et revendeur indigène), il convient d'ajouter l'activité commerciale d'entreprises multinationales, ainsi que les formes spécifiques du négoce international.
Les négociants en gros sont, soit des marchands indépendants ou des représentants qui achètent, en Suisse ou à l'étranger, des marchandises qu'ils stockent, puis revendent sur le marché local, national ou international, soit des courtiers qui agissent en qualité d'intermédiaires, sans acquérir de droit de propriété sur les marchandises qu'ils traitent, et perçoivent au passage une commission. [p. 23]
D'après une enquête du Service cantonal de statistique, 12.500 personnes travaillaient à Genève, à fin 1982, en qualité de grossistes ou d'employés des maisons de gros. Ce secteur groupait ainsi 8,6% de la population active contre 12% pour le commerce de détail, et 10,2% pour la banque. Comparé aux autres cantons, Genève se place en troisième position, par le nombre de personnes employées, derrière Zurich et Berne.

Ainsi que le montrent les schémas de la page suivante, le commerce local ne représente qu'une faible part de l'activité des grossistes genevois, qui s'occupent essentiellement d'import-export. L'évolution des effectifs et du nombre d'établissements de commerce de gros depuis la Deuxième Guerre mondiale est caractérisée par une augmentation plutôt modeste du nombre d'établissements, qui contraste avec la très forte progression des effectifs. Cette évolution à première vue paradoxale résulte, pour l'essentiel, de l'installation à Genève du siège européen de nombreuses sociétés multinationales. Et cependant, on ne compte que 18 entreprises [p. 24] occupant plus de 100 personnes. La faiblesse relative des effectifs des maisons de gros s'explique à la fois par le type d'activité qu'elles exercent (qui consiste à conclure un nombre limité de transactions portant chacune sur de gros montants), et par les progrès récents intervenus dans le domaine des télécommunications: la conclusion d'affaires est notablement facilitée et accélérée par le recours au téléscripteur, au téléprocesseur et au télécopieur. Au surplus, l'introduction de l'informatique de bureau permet d'absorber un volume d'affaires croissant avec un personnel réduit. 



Les multinationales du commerce de gros

Genève abrite le quartier général européen d'un grand nombre de sociétés multinationales, qui dirigent la vente en Europe des articles qu'elles fabriquent dans d'autres pays.
Le phénomène est récent. Ces entreprises se sont pratiquement toutes installées à Genève au cours des années soixante. Leurs effectifs ont crû régulièrement jusqu'à la crise des années soixante-dix et se sont stabilisés depuis lors à quelque 5.000 personnes.
Certes, Genève n'a pas le monopole de ces implantations. Bruxelles, et surtout Londres, présentent pour ces sociétés un attrait certain, et les restrictions mises en Suisse à l'engagement de personnel étranger font obstacle à certains projets. Mais d'autres éléments militent en faveur de Genève: l'image d'une ville internationale, sa situation géographique, la régularité de ses liaisons aériennes avec les principales capitales et la fiabilité des télécommunications; on trouve à Genève, chose essentielle, un appareil bancaire important et efficace, qui bénéficie de la stabilité de la monnaie, des prix et des conditions sociales, de la simplicité des formalités administratives et surtout de l'absence de tout contrôle des changes et des paiements.
La plus importante de ces sociétés établies à Genève est Du Pont de Nemours (plus de 1.000 personnes employées), suivie de Caterpillar et Digital Equipment (plus de 500), Union Carbide, Hewlett-Packard, Procter and Gamble (près de 400).

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Le négoce international

Le "trading" (ou négoce international) désigne l'activité de deux types d'entreprises du commerce international: d'une part, des sociétés qui dirigent de Genève un commerce d'importation et d'exportation avec des pays lointains où elles entretiennent des succursales, descendantes des comptoirs de l'époque coloniale; d'autre part, des sociétés qui font le commerce des produits alimentaires de base et des matières premières (en anglais Commodities) entre pays producteurs et pays consommateurs, c'est-à-dire entre pays tiers. On insistera spécialement sur cet aspect du commerce de gros, en raison de son importance exceptionnelle à Genève, et parce qu'il est généralement très peu connu du public. Ses acteurs sont les successeurs des grands marchands lombards, gênois, florentins, allemands du Moyen Age et de la Renaissance, des Sassetti, Varembert, Fugger, Kleberger, Jacques Coeur et autres personnages qui ont dominé le commerce mondial à l'époque des foires de Genève. A la fois banquiers, commerçants et armateurs, ils assuraient l'approvisionnement de l'Europe en denrées de première nécessité qu'ils échangeaient contre des articles manufacturés. Ils disposaient de moyens financiers considérables et sillonnaient les océans avec leur propre flotte.
Cette activité s'est d'ailleurs poursuivie aux XVIIe et XVIIIe siècles. Dans son Dictionnaire du Commerce publié en 1750, Savary des Brûlons n'écrit-il pas: "Il n'y a guère de partie de la terre, si éloignée qu'elle soit, où les nations de l'Europe envoient des vaisseaux, où l'on ne voie aussi des Genevois, y en ayant même plusieurs qui frètent des navires entiers pour leur compte et qui les achètent en propre pour les voyages du Levant ou ceux qu'on nomme communément voyages au long cours."
La première catégorie est représentée à Genève par la société Lacoray S.A., spécialisée dans le commerce d'importation et d'exportation avec l'Extrême-Orient. Créée en 1964 pour traiter des achats et des ventes de textiles entre la France et la Suisse, elle a été reprise deux ans plus tard et considérablement développée. Le groupe dont elle fait partie compte l'une des trois plus grandes sociétés d'importation et d'exportation en Extrême-Orient, Liebermann, Wâlchli & Co S.A. au Japon, avec des succursales en Corée du Sud, à Formose, Hong Kong, Manille, Bangkok et Singapour, des sociétés commerciales en Angleterre, en Allemagne, en Italie, et des sociétés de fabrication de fibres artificielles en Hollande. Il réalise un chiffre d'affaires de près d'un milliard de francs par année, constitué pour moitié [p. 26: image / p. 27] environ de l'exportation d'Extrême-Orient d'articles textiles et de produits manufacturés et pour moitié de la distribution dans l'Est asiatique d'articles de consommation européens, pour la plupart des articles de marque. En somme, Lacoray renoue avec une tradition ancienne — la Grande Boutique du XVIe siècle (voir pp. 76-78). 

Les «géants du grain» 

La seconde catégorie est celle du négoce international des céréales et autres produits alimentaires de base ou de matières premières (coton, café, riz, pétrole, etc.). En tout, une vingtaine de sociétés et un grand nombre de courtiers indépendants.
Les céréaliers, ce sont ces "géants du grain", selon l'expression du journaliste américain Dan Morgan, qui jouent le rôle de pourvoyeurs mondiaux de denrées alimentaires essentielles. Cinq compagnies grainières se partagent en effet la majeure partie du marché mondial. Les deux plus importantes sont établies à Genève: Tradax, du groupe Cargill, centré à Minneapolis, et Finagrain, du groupe Continental, établi à New York. Elles dépendent administrativement de leur maison-mère respective, mais agissent en toute indépendance, les opérations de négoce international exigeant des décisions extrêmement rapides qui excluent toute consultation préalable. Ce sont les entreprises genevoises qui traitent, pour le compte de Cargill et de Continental, les transactions sur le marché mondial des céréales, tandis que leurs maisons-mères opèrent sur le marché "domestique" américain. Elles réalisent à elles seules un chiffre d'affaires de plus de dix milliards de dollars par année, soit environ dix fois le budget du canton de Genève, mais en laissent le bénéfice à des sociétés situées hors de Suisse. Ce sont elles qui négocient les contrats de livraison de blé américain avec les gouvernements de l'URSS et d'autres pays.
Parmi les sociétés suisses, on trouve la Compagnie NOGA d'importation et d'exportation S.A., anagramme du nom de son fondateur, Nessim Gaon. Venu d'Egypte en 1957 avec une solide réputation commerciale — il est connu au Soudan et au Nigeria comme "le roi de l'arachide" — il a donné à son entreprise un développement foudroyant, si bien qu'elle compte aujourd'hui parmi les trois plus grands négociants mondiaux en huiles végétales et qu'elle traite des quantités importantes d'autres produits de base.

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Le pétrole brut et les produits pétroliers

C'est à partir de la crise pétrolière de 1973 que Genève a commencé à jouer un rôle d'envergure en tant que place internationale dans le domaine du commerce du pétrole brut et des produits pétroliers. Son importance n'a cessé de s'affirmer, surtout à partir des années 1978-1979, et aujourd'hui elle occupe une position comparable, toutes proportions gardées, à celles de Londres et de New York.
Les sociétés établies à Genève alimentent en grande partie le marché libre de Rotterdam, qui représente 40% de l'ensemble du commerce mondial de pétrole brut, et intervient comme un élément stabilisateur des prix et des échanges entre les pays producteurs et les pays consommateurs. Elles achètent le pétrole aux pays producteurs ou à d'autres négociants et le vendent à des utilisateurs, raffineurs officiels ou privés. Ce sont des sociétés de services qui interviennent généralement pour le compte de groupes étrangers moyennant paiement d'une commission. Leur profession s'apparente à celle des arbitragistes sur le marché des changes, à cette différence près qu'ils doivent prendre en considération des paramètres tels que le fret et les assurances.
D'autres sociétés de négoce international établies à Genève traitent de divers produits de base: coton, café, soja, riz, sucre, huiles, produits chimiques, métaux. Pas davantage que les céréales ou le pétrole, ces produits ne touchent la Suisse, qui intervient seulement comme plateforme commerciale entre pays tiers. 

Le négoce international dans la vie genevoise 

La présence de ces sociétés à Genève ne saurait laisser indifférent. Aussi peut-on s'interroger sur la question de savoir si le choix de leur implantation est durable, ou seulement passager. Les avantages que présente Genève ont été soulignés plus haut. On peut y ajouter, s'agissant des céréales, que le fait d'opérer à partir de l'étranger permet de se soustraire à l'obligation qui est imposée aux sociétés américaines d'annoncer à leur département de l'Agriculture les transactions conclues au cours de la semaine écoulée; seules les livraisons, et non les transactions, doivent dès lors lui être annoncées, ce qui évite d'influencer le marché. [p. 29] D'autre part, les exportations vers les pays de l'Est ne sont pas soumises, pour une société suisse, aux mêmes restrictions que celles qui s'appliquent à une société américaine.
Le fait est, par conséquent, qu'une société multinationale choisit souvent de se fixer dans un nouveau pays en raison des obstacles qu'elle rencontre ailleurs. Mais que disparaissent ces obstacles et elle retourne généralement à son point de départ. Inversement, que la politique monétaire ou fiscale devienne chez nous plus restrictive, que l'attribution de permis de séjour et de travail s'y heurte à des difficultés accrues, et ce sera l'exode. C'est le propre de ce genre d'entreprises que de se fixer là où les conditions sont les plus favorables, et de se déplacer au gré des circonstances. Les Pays-Bas en font l'amère expérience: les restrictions qu'ils ont mises, depuis la guerre, aux transactions internationales ont fait fuir toutes les sociétés de négoce international.
Encore une fois, le négoce international ne nécessite pas, comparé au chiffre d'affaires qu'il réalise, un nombre d'employés considérable (Tradax emploie 350 personnes, Finagrain 150, mais les autres sociétés disposent d'états-majors beaucoup plus modestes). Ce sont tout au plus 1.000 à 1.500 personnes qui travaillent dans cette branche à Genève. Mais le fisc y trouve largement son compte. De plus, ces entreprises suscitent une activité intense dans plusieurs secteurs: la banque, les télécommunications, les transports aériens, sans parler des commerces, des hôtels et des restaurants qui bénéficient aussi de ce courant d'affaires.
Fernand Braudel estime que le "commerce au loin" est à l'origine de la prospérité de l'Occident et que sans lui le capitalisme n'aurait pas vu le jour. Les négociants internationaux du XXe siècle, successeurs des grands marchands des anciens temps, sont incontestablement pour Genève une source d'activité et de prospérité. 

Le Port Franc de Genève 

Le Port Franc de Genève joue un rôle essentiel pour les négociants en gros genevois. Il permet de contrôler les marchandises, de les stocker et de leur faire subir certaines manipulations telles que triage, marquage, emballage, sans pénétrer dans le territoire douanier suisse. Ainsi certaines maisons spécialisées peuvent-elles réaliser des opérations de transit entre deux ou plusieurs pays étrangers, tout en s'assurant le contrôle physique des produits échangés. [p. 30: image / p. 31]
Genève fut l'une des premières villes de Suisse à obtenir de la Confédération une concession de port franc. En 1840 déjà, la Chambre de commerce dresse un rapport sur le transit des marchandises et la construction d'un entrepôt à Genève. Il faut cependant attendre le 30 juin 1849 pour que le Conseil fédéral donne son accord pour l'établissement d'un entrepôt, qui fut installé dans les anciennes boucheries et dans un hangar situé sur le port, aux Eaux-Vives. Une année plus tard, le 23 novembre 1850, le Conseil fédéral accordait la concession pour un port-franc, et le 24 janvier 1851 la loi genevoise autorisait la construction de deux entrepôts, l'un sur la rive gauche, l'autre sur la rive droite. Le port franc de Rive était inauguré le 1er juillet 1854. Quant à l'entrepôt de la rive droite, il fut tout d'abord installé à la rue du Mont-Blanc, à l'emplacement de l'actuel Hôtel des Postes, et ce n'est que le 28 juin 1890 que sera officiellement inauguré le port franc de Cornavin.
Quant au nouveau Port Franc de La Praille, il est entré en activité le 15 avril 1965. Il occupe 120.000 mètres carrés de terrain, dont 25.000 construits. Le bâtiment principal a un volume de 253.700 mètres cubes, répartis sur sept niveaux. Ses caves ont une capacité de 58.000 hectolitres. Le Port Franc de Genève dispose en outre de 1.000 places de parking pour voitures, dont 400 à l'intérieur d'un garage, et d'un silo à céréales d'une capacité de 48.000 tonnes destiné à stocker aussi bien les récoltes du Canton que les marchandises en transit. Enfin, une annexe de 2.300 mètres carrés est à disposition à l'aéroport de Cointrin.
Des ports francs sont installés aux points-frontière de la Suisse ainsi que dans quelques noeuds de trafic importants. L'ensemble le plus important est celui de Zurich, suivi de Bâle, mais le port franc de Genève dispose de la plus grande capacité pour le stockage des vins et des céréales.

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Le commerce de détail


Les marchés dans le passé

Sous sa forme la plus modeste, mais la plus traditionnelle, le commerce de détail est le marché en plein air, qui anime les rues de la ville et crée un pont entre le producteur et le consommateur. Les marchés se sont maintenus à travers les siècles, car ils correspondent à une nécessité vitale pour les citadins et les habitants de la campagne, et parce qu'ils représentent aujourd'hui une manière de résister à l'uniformisation des méthodes de distribution.
Ainsi, on trouvait à Genève et dans les bourgs voisins, à intervalles réguliers, un marché où les habitants de la campagne offraient des produits périssables et où les forains, se déplaçant d'un marché à l'autre, vendaient des articles fabriqués en ville. On y trouvait des outils, en particulier les faux originaires de Fribourg ou d'Allemagne, des draps et des objets d'usage courant fabriqués à Genève ou importés.
Ces marchés surgirent à la faveur du phénomène d'urbanisation, général en Europe occidentale à partir du XIe siècle. Ce n'est que plus tard qu'ils furent reconnus par le seigneur qui, dans les franchises des XIIIe et XIVe siècles, leur octroya des privilèges. 

A Genève et dans les communes 

Aujourd'hui encore, les marchés sont une réalité économique et sociale, dans la ville et dans toutes les grandes communes. La "régale des marchés" laisse en effet aux communes le soin d'organiser ces ventes en plein air de fruits, légumes, fleurs, produits laitiers et poissons. A Genève Ville, c'est le Service "Enquêtes et surveillance" qui est chargé de la gestion et du contrôle de l'utilisation du domaine public.
On compte en ville neuf marchés de fruits, légumes et autres denrées alimentaires, à l'exclusion des produits carnés: Pré l'Evêque, Liotard, Vidollet, Plainpalais, Saint-Jean, place des Alpes, place Grenus, Fusterie et boulevard Helvétique. Tous les jours, un marché aux fleurs se tient au Molard, des bouquinistes et des marchands de bibelots à la Madeleine. De mars à octobre, un marché aux plantons a lieu à la rue Duchosal, après avoir été installé au Molard, puis à Longemalle de 1919 à 1973. Le premier samedi de chaque mois, le Centre genevois de l'artisanat offre en l'Ile les produits de son activité et, le dernier samedi, à la place du Marché à Carouge. [p. 33]
On trouve chaque jour à Coutance un marché privé, qui résulte d'une servitude perpétuelle instituée en 1826 en faveur des propriétaires d'immeubles et où l'on vend des comestibles et des produits de la terre.
Qui sont les marchands installés derrière leurs comptoirs? En 1981, on dénombrait en ville 39 producteurs genevois, 32 zoniens, et 206 revendeurs qui se ravitaillent au marché de gros de La Praille. 

Les halles 

En plus des marchés en plein air, les halles de Rive sont un marché permanent, où l'on trouve tous les produits alimentaires. Créées en 1877, en même temps que la halle de l'Ile, elles subsistent seules, en raison de la concurrence des grandes surfaces et de la raréfaction des habitants du centre-ville. La halle de l'Ile a fermé ses portes en 1970, et celle des Pâquis, entrée en service en 1896, a été supprimée en 1935. 

Les puces

Il est enfin un marché qui remporte d'année en année un succès grandissant: le marché aux puces, qui se tient le mercredi et le samedi, toute la journée, sur la plaine de Plainpalais. L'origine de ces "foires à la brocante" périodiques est relativement récente. Au XIXe siècle, rares étaient les amateurs d'antiquités et d'objets d'art. Ils se les procuraient chez des particuliers et dans les quelques magasins d'antiquités des grandes villes. Un marché aux puces s'est installé d'abord sur le terre-plein de la rue Vallin, au bas de la place Saint-Gervais. Il déménagea en 1953 à la place Isaac-Mercier et à la rue Necker, et en 1970, à la plaine de Plainpalais. Il groupe actuellement plus de 120 marchands. 

Le colporteur se fait boutiquier

Les marchés sont restés prospères en ville et se sont multipliés dans les communes (il en existe aujourd'hui dans seize communes du Canton). Historiquement le marché périodique, installé dans les faubourgs, conduit tout naturellement à l'installation de [p. 35] boutiques permanentes, dans la ville même: le colporteur s'est fait marchand, il a acquis pignon sur rue. Mais ce sont souvent aussi les artisans eux-mêmes qui ouvrent boutique pour vendre le produit de leur travail. On trouve à Genève la rue des Chaudronniers, des Marbriers, de la Pélisserie, de la Boulangerie, des Cordiers, la place de la Fusterie, où l'on entreposait les fûts, de la Taconnerie (de "tacon", pièce utilisée pour la réparation des chaussures).
​Combien les choses ont changé! Il n'y a plus guère de rapport entre les boutiques d'antan et nos luxueux magasins de cette fin du XXe siècle. 

La concentration du commerce de détail 

On compte à Genève environ 3.300 établissements et 18.600 personnes employées dans le commerce de détail. Cela signifie qu'une personne active sur huit est un détaillant, un vendeur ou un employé de magasin.

Le commerce de détail à Genève:

"Le commerce, c'est la conversation." C'est ainsi qu'on le conçoit dans certains villages de Provence et du Languedoc, et l'on trouverait sans doute encore, dans la campagne genevoise, des épiciers, des boulangères ou des bouchers qui partagent cette manière de voir; mais à la ville, la concentration a chassé la conversation.
La concentration du commerce de détail genevois ressort clairement des quelques chiffres que voici: en 1939, on comptait en moyenne 2,58 employés par établissement; ce chiffre est passé à 3,44 en 1955, à 4,92 en 1975, à 5,35 en 1975 pour retomber à 5,19 en 1982. [p. 36]
Le phénomène de concentration est particulièrement marqué depuis la récession de 1974-1975: on observe en effet une sensible diminution du nombre des établissements, alors que celui des emplois demeure stationnaire. La diminution affecte particulièrement les grandes surfaces, l'alimentation, les commerces de combustibles et de carburants, et les magasins de meubles et d'antiquités, alors que le nombre de boutiques d'horlogerie et bijouterie a fortement augmenté.
Une étude plus approfondie révélerait que ce sont les commerces de luxe (épiceries fines, primeurs italiens et espagnols, boutiques de mode, magasins somptueux de montres et de bijoux) qui se sont multipliés, tandis que la crise des années quatre-vingts a provoqué une baisse du nombre d'antiquaires et de galeries d'art.
Quant à la concurrence des grandes surfaces, elle est particulièrement sensible dans l'alimentation et la droguerie, mais elle se fait aussi sentir dans les autres commerces, à l'exception des boutiques de grand luxe.
C'est là un phénomène général qui n'est pas propre à Genève. Il est même moins marqué dans cette ville qu'ailleurs en raison du nombre exceptionnellement élevé de magasins somptueux orientés vers une clientèle internationale aisée. 

Les grandes surfaces genevoises:

Les grandes surfaces

On entend par grandes surfaces les grands magasins, qu'ils offrent un choix complet ou limité, et les supermarchés ou magasins à libre service.
Les grandes surfaces ont connu à Genève, comme dans toute la Suisse, un développement considérable depuis la fin de la guerre. Ce phénomène est parallèle à l'explosion démographique du Canton et répond par conséquent à une necessité, mais il a provoqué aussi la disparition de nombre de petits détaillants, surtout dans l'alimentation. La population ayant, depuis la crise des années soixante-dix, tendance à se stabiliser, les grandes surfaces adoptent elles aussi un rythme de croissance ralenti. [p. 38]
La Coop est la plus ancienne des grandes surfaces genevoises: elle a fêté son centième anniversaire en 1968. Bien plus, c'est à Genève qu'est née la première société suisse de consommation, sur le modèle de Rochdale, en vue de mettre à la disposition de la population des produits avantageux. L'exemple a été suivi à Bâle, puis dans toute la Suisse, et aujourd'hui Coop Suisse à Bâle représente un ensemble de 1.500 magasins environ qui réalisent environ 12 pour cent du total des ventes du commerce de détail en Suisse (Migros: 14,9 pour cent en 1983).
Migros est aujourd'hui le plus important groupe de distribution à Genève. Selon ses propres estimations, la société totalise 18,5 pour cent du marché, soit 28,3 pour cent dans le secteur alimentaire et 9,4 pour cent dans le secteur non alimentaire. Sur le plan suisse, Migros est, de toutes les entreprises de distribution, celle qui réalise le plus grand chiffre d'affaires. Ce dernier s'élevait à 9,52 milliards de francs en 1983.
Les grands magasins présentent eux aussi une grande diversité. Nous nous bornerons ici à en décrire deux, le Grand Passage et La Placette, parce qu'ils offrent un choix complet et sont représentatifs du commerce de détail genevois.
Le Grand Passage est né en 1913, à la rue du Marché, grâce à l'initiative de deux commerçants genevois, MM. Grosch et Greiff. Il a été racheté en 1920 par MM. Gallay, Bates et Folliet qui, un an plus tard, réalisèrent la percée sur la rue du Rhône. Le magasin prit alors le nom de "Au Grand Passage", à la suite d'un concours public. Depuis lors, la majorité du capital-actions est passée en différentes mains. Les Grands Magasins Au Grand Passage S.A. font partie du groupe Jelmoli depuis les années 1943-1944.
Le Grand Passage réalise un chiffre d'affaires d'environ 200 millions de francs dans ses magasins du centre-ville (19.500 m2), de Balexert (8.000 m2), de Thônex (2.000 m2) et de Nyon (3.000 m2). Il reçoit en moyenne 30.000 visiteurs par jour dans son magasin du centre-ville.
La Placette, grand magasin de la rive droite, ouvert en 1967, fait partie du groupe Maus Frères-Nordmann, entreprise familiale genevoise qui contrôle un ensemble de grandes surfaces situées en Suisse, en France et aux Etats-Unis. En Suisse, ses magasins se nomment Placette en Suisse romande, Rheinbrücke à Bâle, Vilan en Suisse orientale, Innovazione au Tessin, Nordmann en Suisse centrale, Jumbo à Dietikon, La Chaux-de-Fonds, Fribourg et bientôt sur la route de Meyrin, à proximité immédiate de [p. 39: image / p. 40] l'aéroport. La direction des achats et des ventes est assurée par Manor AG à Bâle. Le groupe vient immédiatement après Migros et Coop Suisse par l'importance de son chiffre d'affaires (1,5 milliard de francs rien qu'en Suisse). En France, Maus Frères contrôle Le Printemps, Prisunic et Euromarché, aux Etats-Unis 15 grandes surfaces. Et tout cet immense empire est financé, animé, contrôlé de Genève.
Quant aux Nouveaux Grands Magasins UNIP, entreprise familiale d'origine grisonne, ils font partie d'une chaîne suisse qui se classe en troisième position, derrière celles des groupes Maus et Jelmoli. 

Centre-ville ou périphérie

Les difficultés de circulation, le manque de surfaces disponibles, et surtout le niveau des loyers au centre-ville, obligent certains commerçants à fuir vers la périphérie. Ce mouvement a trouvé en 1971 une illustration frappante dans la création du centre commercial de Balexert, qui groupe quarante commerces et réalise un chiffre d'affaires d'environ 200 millions de francs par an. Il passe pour l'un des centres commerciaux les plus rentables de Suisse. Son succès s'explique par différents facteurs: un choix considérable sur une surface restreinte; un vaste parc de stationnement avec accès direct aux surfaces de vente; une animation intelligente; une localisation favorable, dans une zone à densité croissante d'habitations mais avec un nombre limité de magasins, à proximité des organisations internationales, du CERN et de la zone frontière du Pays de Gex.
Sur la rive gauche, "Eaux-Vives 2000" a ouvert ses portes en 1981. Ce nouveau centre, qui groupe plus de vingt commerces sur une surface de 4.000 mètres carrés environ, dessert non seulement le quartier des Eaux-Vives, mais toute la zone située entre Arve et lac, dans un cadre qui se modernise rapidement. A vrai dire, il n'est pas situé hors de ville mais dans un quartier en développement, à proximité de la frontière française. Il n'offre pas autant d'avantages que Balexert du point de vue de l'accès.
Le centre-ville demeure néanmoins un pôle d'attraction irremplaçable pour le commerce non alimentaire. C'est ainsi que Le Grand Passage réalise 70 pour cent de ses ventes dans son magasin du centre, 20 pour cent à Balexert, 5 pour cent à Thônex et 5 pour cent à Nyon.

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Commerce spécialisé et boutiques de luxe

L'afflux d'étrangers, qu'il s'agisse de touristes, de diplomates, de fonctionnaires internationaux, d'employés d'entreprises multinationales ou de savants travaillant au CERN, exerce une influence certaine sur l'orientation et le choix des magasins genevois.
Les vitrines de montres et de bijoux rivalisent de luxe et les plus grands joailliers — Cartier, Boucheron, van Cleef & Arpels — contribuent par leur présence à faire de Genève un centre mondial de la bijouterie.
Les grandes sociétés internationales de ventes aux enchères, en s'installant à Genève — Christie's en 1967, Phillips Son & Neale en 1975, Sotheby Parke Bernet en 1980 — et en y organisant deux fois par an des ventes prestigieuses de bijoux, de pierres précieuses, de montres, de boîtes en or et en émail, de pièces d'orfèvrerie et d'argenterie, ont été à l'origine d'une véritable bourse internationale des bijoux. Le montant des ventes varie fortement d'une année à l'autre. La période de 1975 à 1980 a été particulièrement florissante avec un chiffre record (plus de 140 millions de francs) en 1980.
Cette floraison du commerce des montres et des bijoux s'explique certes par des raisons historiques: Genève a acquis, dès le XVIe siècle, un renom mondial dans la fabrication des montres et des émaux, et son som est resté attaché à des marques telles que Patek Philippe, Vacheron et Constantin. Elle s'explique surtout par les facilités dont bénéficient en Suisse les importations, les exportations et les paiements d'objets précieux et par la présence à Genève d'une clientèle internationale aisée.
Le luxe règne aussi dans les boutiques de mode, qui portent souvent des noms prestigieux: Cardin, Carven, Chanel, Hermès, Charles Jourdan, Lanvin, Ted Lapidus, Lothar's, Emilio Pucci, Rodier, Yves Saint-Laurent, Tiffani, Vuitton... Davidoff s'est fait un nom dans le monde entier comme spécialiste des cigares de La Havane.
Les antiquaires et les galeries d'art foisonnent littéralement dans la Vieille Ville, à Carouge et ailleurs: on comptait en 1975 dans le canton de Genève 162 antiquaires et une soixantaine de galeries d'art. Par rapport à la population, seul le canton de Bâle-Ville avait à la même date un nombre supérieur de magasins d'antiquités (un pour 1.900 habitants contre un pour 2.160 habitants à Genève, 4.220 à Zurich, 4.400 dans le canton de Vaud et 7.240 dans celui de Berne).

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La vente par correspondance

La vente par correspondance fait elle aussi partie du commerce de détail. Elle est représentée à Genève par Vedia SA, la plus grande maison de vente par correspondance de nouveautés, d'articles-cadeaux et d'articles saisonniers de Suisse, créée en 1963 et existant depuis 1971 sous sa raison sociale actuelle. Elle adresse sept fois par an un catalogue pouvant atteindre 356 pages à un million de personnes, soit environ un ménage suisse sur deux, et réalise un chiffre d'affaires de 35 millions de francs par année avec un effectif de 130 personnes groupées dans un immeuble moderne à proximité immédiate de la gare de Cornavin. D'autres sociétés, telles Jelmoli S.A. à Zurich, Veillon S.A. à Bussigny ou Beyeler à Lenzbourg réalisent un chiffre d'affaires appréciable à Genève.
Le succès de la vente par correspondance s'explique avant tout par le gain de temps qu'elle permet de réaliser: la femme qui travaille au dehors n'a plus le temps de courir les magasins et un équipement électronique perfectionné lui assure des livraisons rapides et conformes à ses désirs. 

Salons et expositions


Du Bâtiment électoral à "Palexpo"

Genève a inauguré en 1981 un nouveau Palais des expositions et des congrès ("Palexpo"), l'un des plus modernes du monde, destiné à accueillir, à côté des manifestations traditionnelles, nombre d'expositions spécialisées accompagnant des congrès, ainsi que plusieurs salons s'adressant soit à une clientèle de professionnels, soit au grand public.
Le Salon international de l'automobile est sans conteste la plus connue et la plus importante des expositions genevoises. Il soutient sans peine la comparaison avec les salons de Paris, de Francfort, de Birmingham et de Turin.

Les grands salons de l'automobile:

En 1984, le Salon de l'automobile s'est tenu pour la cinquante-quatrième fois. Dès 1905, Genève avait pris l'initiative d'une exposition d'automobiles qui avait remporté un succès de curiosité considérable. C'était dans la logique des choses puisqu'à l'époque on comptait à Genève une dizaine de fabriques d'automobiles, dont les plus connues étaient Piccard-Pictet et Dufaux. Mais c'est en 1924 qu'est né le Salon international de l'automobile.
Il s'est tenu tout d'abord au Bâtiment électoral puis, à partir de 1926, au Palais des expositions construit à l'extrémité [p. 43: image / p. 44] de la Plaine de Plainpalais par les architectes Jean-Louis Cayla et Henri Gampert. Pendant cinquante-cinq ans, ce palais fut un centre d'activités important attirant un nombre considérable de visiteurs et posant des problèmes de circulation et de parking de plus en plus inextricables, qui conduisirent à l'édification de Palexpo.
De plus, Genève reçoit tous les deux ans le Salon international des véhicules utilitaires (pour la huitième fois en 1984) et, chaque année, l'Exposition internationale des fournisseurs de l'industrie du véhicule, SITEV.
Le Salon des arts ménagers, auquel ont été ajoutés récemment "Home-Expo - Ameublement et Décoration" et "Economie d'énergie et énergies de remplacement", vient immédiatement après le Salon international de l'automobile par le nombre de visiteurs (264.000 en 1981) et la surface des stands (21.600 m2). En revanche, il le dépasse par le nombre d'exposants (1.520 en 1981).
Plusieurs expositions bénéficient d'une audience réellement internationale, voire mondiale. La plus importante est TELECOM, Exposition internationale des télécommunications, organisée tous les quatre ans par l'Union internationale des télécommunications (UIT), la première fois en 1971. Elle couvre une surface de 45.000 mètres carrés. Parmi les autres expositions, il faut citer le Salon international de l'automobile, celui du nautisme, le SITEV, le Salon international des inventions et techniques nouvelles, qui attirent nombre d'exposants et de visiteurs étrangers. Et parmi les nouvelles expositions il en est, comme "City Planning and Equipment", qui ont bénéficié à l'étranger, dès l'annonce de leur création, d'un large intérêt, et qui sont promises à un développement international. [p. 45]
Le nouveau Palais des expositions et des congrès PALEXPO, avec ses 66.500 mètres carrés de surface d'exposition accessible de plain-pied, chaque halle disposant d'une équipement qui répond à tous les besoins des exposants, son centre de congrès comprenant des salles de 50 à 2.000 personnes, des bureaux et toutes les commodités indispensables, est un atout majeur pour Genève.
Non loin de là, le World Trade Center de Genève, créé en 1979 dans l'enceinte de l'aéroport, met à la disposition des hommes d'affaires 8.000 mètres carrés de bureaux, des collaborateurs qualifiés et un appui logistique moderne. Il est en contact avec les quarante World Trade Centers répartis dans le monde et dispose ainsi d'une source précieuse d'informations pour rechercher des fournisseurs, des clients, des preneurs de licences ou tous autres renseignements utiles à la commercialisation des produits.

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Le commerce extérieur


L'import-export

Les graphiques ci-contre montrent l'évolution, depuis 1972, des exportations et des importations (exprimées en valeur) des principaux produits ayant Genève pour point d'arrivée ou de départ.
On constate une étonnante progression du poste "verrerie, pierres gemmes", surtout depuis 1977. Il s'agit essentiellement de pierres précieuses destinées à la bijouterie et aux investissements. De nombreux diamantaires se sont établis à Genève au cours des dernières années. On compte à l'heure actuelle plus d'une centaine de grossistes en pierres précieuses, venus de toutes les parties du monde. Cette évolution s'explique par la progression du commerce de détail de la bijouterie et de la joaillerie. Elle s'explique aussi par la liberté des importations et des exportations, par la stabilité du cours de change du franc suisse, et surtout par la modicité des droits perçus (la Suisse est l'un des rares, sinon le seul pays à calculer les droits de douane sur la base du poids, et non de la valeur des marchandises). Au surplus, la présence du Port Franc explique le développement rapide des transactions portant sur des marchandises de grande valeur qui ne font que transiter par Genève.
Le graphique des importations fait ressortir l'importance, pour Genève, de la commercialisation des véhicules, ainsi qu'en témoigne l'installation sur le territoire du Can-ton de nombreux grossistes-importateurs attachés à de grandes marques européennes et japonaises.
Du côté des exportations, on ne peut manquer d'être frappé par la progression des ventes de montres et de pièces d'horlogerie, qui ont pratiquement doublé en valeur entre 1972 et 1980. La crise de l'horlogerie suisse épargne dans une large mesure les montres genevoises de haut de gamme. L'augmentation des ventes de machines et d'appareils s'explique par la technicité croissante des instruments fabriqués à Genève. Quant aux exportations de produits chimiques, elles sont remarquablement stables, et suivent des voies bien établies et tracées de longue date; mentionnons en particulier les essences et arômes de Firmenich et Givaudan, deux maisons genevoises qui comptent parmi les plus importantes entreprises de la branche à l'échelle mondiale.

J. de S.
haut
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Le cadre des échanges


La règlementation publique

Les interventions de l'Etat dans la vie économique se sont multipliées depuis la Deuxième Guerre mondiale. Si le principe de la liberté du commerce et de l'industrie est garanti par la Constitution fédérale en son article 31, la nécessité d'en prévenir les abus a conduit progressivement à la mise en place d'un imposant arsenal de lois et de règlements dont l'application a été confiée à une série d'offices fédéraux et cantonaux. Cet ensemble de dispositions contraignantes et d'organismes chargés d'en assurer le respect forment le cadre des échanges.
Il n'y a guère de domaines dans lesquels l'Etat n'ait pas imposé un certain comportement aux acteurs de l'échange économique. Il intervient tantôt pour autoriser l'exercice d'une activité ou en limiter l'accès, tantôt pour en réglementer le fonctionnement. C'est ainsi qu'il délivre des autorisations de commerce ou des patentes pour certaines professions. L'inscription au registre du commerce est obligatoire pour les sociétés et les entreprises dites "commerciales". Un grand nombre de services officiels ont pour tâche de protéger les personnes et imposent à cette fin des contraintes aux entreprises (normes de sécurité, lutte contre les nuisances, contrôle de l'hygiène, surveillance des conditions de travail). D'autres protègent leurs biens (contrôle des banques, des assurances, des fondations) ou veillent au respect des règles de la concurrence (surveillance des prix, contrôle des loyers). Certaines professions sont soumises à un contrôle particulièrement strict en raison des risques qu'elles comportent: pharmacies, drogueries, débits de boissons.
A titre d'exemple, on décrira brièvement ici l'histoire de quelques services qui ont joué à une certaine époque un rôle capital dans la vie économique genevoise: les douanes et l'Administration des blés. Le lecteur voudra bien se reporter également au chapitre 6, où est évoquée l'histoire de la régale des postes, qui appartint au Canton jusqu'en 1849.

Le service des douanes

Toute marchandise pénétrant sur le territoire helvétique est soumise au paiement de l'impôt sur le chiffre d'affaires et à l'acquittement d'un droit de statistique. Les droits de douane ont été fortement réduits ou même supprimés depuis les années soixante, conformément aux accords [p. 48] multilatéraux passés dans le cadre de l'Association de libre échange (AELE) ou sous l'égide de l'Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce (GATT); la libre circulation des produits industriels entre la Suisse et ses partenaires de l'AELE a été étendue aux pays du Marché commun à la suite de l'accord d'association qu'elle a conclu avec la Communauté économique européenne (CEE). Les droits de douane subsistants sont dans leur grande majorité des droits fiscaux et n'ont pas pour objet de protéger l'industrie nationale. Les tarifs douaniers helvétiques présentent cette particularité d'être calculés sur le poids et non sur la valeur des marchandises importées. Quand à l'impôt sur le chiffre d'affaires, il est supporté par le consommateur final, ou remboursé en cas de réexportation des marchandises.
Jusqu'à la Deuxième Guerre mondiale, le régime des zones franches a parfaitement fonctionné entre Genève et les territoires voisins (voir le volume I de cette Encyclopédie, pages 109 à 111). Aujourd'hui, seul le trafic commercial entre Genève et les zones franches de Haute-Savoie et du Pays de Gex bénéficie de certains allégements (contingents libres de droits à l'importation, de part et d'autre). 

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Les péages

Le passage d'un territoire douanier ou fiscal à l'autre n'a pas toujours été aussi facile qu'aujourd'hui. Jusqu'en 1848, les cantons percevaient des péages sur les marchandises transitant à travers leur territoire. Ces péages étaient destinés à l'entretien des routes et des ponts. Au Moyen Age, leur principale justification était l'insécurité des chemins, liée aux invasions sarrasines, hongroises, normandes, qui nécessitait la mise en place de forces de police importantes. Mais les taxes étaient souvent utilisées pour détourner les courants de trafic. Genève en fit l'amère expérience, la France et la Savoie s'efforçant chacune de capter à son profit le trafic qui se dirigeait vers Genève, ses commerces et ses foires.
La dispersion de la puissance publique (donc de la force de police et du droit de juridiction) entre de nombreux seigneurs avait pour effet de multiplier les péages et autres impôts indirects. Toutes les routes conduisant à Genève — terrestres, lacustres ou fluviales — étaient jalonnées de postes où se prélevaient des droits de passage; les principaux étaient situés à Chillon, Seyssel, Pont d'Ain, Montmélian. Le Péage de Suse, qui était prélevé par la Savoie à l'entrée de son territoire, était situé originairement à Suse, puis sur plusieurs points de la frontière savoyarde; le péage de la traverse frappait le trafic entre Genève et Lyon ou la Provence. A l'entrée de Genève, il fallait acquitter un double péage au Pont d'Arve, ou un droit de pontenage au pont sur le Rhône. Quant aux marchandises débarquées dans l'un des ports de la Fusterie, du Molard ou de Longemalle, elles acquittaient un droit de rivage.
Mais les difficultés rendent ingénieux: les marchands genevois étaient réputés pour leur habileté à tourner les règlements et contourner les obstacles mis à leur commerce. Voici ce qu'en disait le résident de France à Genève, Pierre Cadiot de la Closure, dans une lettre qu'il adressait à son ministre, datée de 1691: "L'interdiction de commerce que causa cette guerre entre la France d'une part, et l'Empire, l'Angleterre et la Hollande de l'autre, fut cause que les marchandises de France propres pour l'Allemagne et pour les autres pays passaient par Genève, et que celles d'Allemagne, de Hollande et d'Angleterre propres pour la France prirent aussi la même route, et que le dépôt s'en fit toujours en cette ville cy, et les Genevois, gens naturellement subtils, avides et attentifs à tout, qualité ordinaire aux Républicains, profitèrent habilement de cette conjoncture et en tirèrent bon parti."

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L'octroi

Toute autre était l'institution de l'octroi, perçu aux portes de la ville et destiné à assurer l'équilibre de son budget. C'est ainsi que l'évêque Guillaume de Marcossey obtint du pape, en 1375, l'autorisation de prélever un impôt sur les marchandises et denrées vendues à Genève et dans ses faubourgs, pour subvenir aux frais des fortifications.
Cette forme d'impôt indirect se retrouve à différentes époques, frappant diverses marchandises, en particulier le vin et la viande. C'est sous l'occupation française, en 1798, qu'elle prit le caractère d'une institution permanente, confirmée par les lois cantonales du 29 avril 1816 et du 6 avril 1829.
L'octroi fut supprimé à Genève à la fin de 1887, en vertu d'une disposition de la Constitution fédérale de 1874. 

L'approvisionnement en blé 

Le blé a toujours été une denrée stratégique, essentielle pour le ravitaillement de la population. Son abondance ou [p. 51] sa rareté avait des conséquences, non seulement économiques et sociales, mais politiques. Les récoltes étant fonction des conditions atmosphériques alors que les besoins des consommateurs, eux, étaient constants, la nécessité est très vite apparue de constituer des réserves qui éloignent le spectre de la disette et permettent de lutter contre la spéculation ou de trop fortes variations des prix.
Aujourd'hui, c'est l'Administration fédérale des blés qui intervient pour assurer l'approvisionnement du pays (voir le volume II de cette Encyclopédie, pages 106 et 107). Jusqu'à la Constitution fédérale de 1848, Genève devait pourvoir elle-même à ses achats de grain et à leur distribution. Elle semble avoir fait preuve d'une grande sagesse dans ce domaine.
On trouve à Genève des traces de la réglementation du blé et du pain dès le XIVe siècle. Les Franchises d'Adhémar Fabri, de 1387, confirment des coutumes bien établies concernant la lutte contre la fraude: l'étalon de mesure, un quarteron de cuivre, devait être attaché à une chaîne devant la cathédrale Saint-Pierre "si semble bon qu'on le face"; des amendes étaient prévues pour réprimer l'usage de fausses mesures; la vente des blés et des vins devait être "mise et taxée devant nous, notres vicaires ou official, du conseil de deux chanoynes et quatre citoyens". 

La Chambre des blés 

La constitution de réserves suppose que l'on dispose de fonds pour acquitter les achats de blé. En 1622, le Petit Conseil lance un appel au public pour obtenir des prêts. On parle de Chambre, ou de Compagnie des blés, chargée d'acheter et de vendre le blé, tandis qu'une Chambre des comptes est responsable des opérations financières ("Chambre", à cette époque, désigne une "Commission" permanente des Conseils qui gouvernent la République). Mais c'est le 8 août 1628 que prend naissance officiellement la Chambre des blés, qui marquera profondément, pendant 170 ans, la vie économique genevoise.
Le rôle de la Chambre des blés fut multiple. Outre son rôle économique — l'approvisionnement du pays en blé —elle joua un rôle social évident (lutte contre la disette et la hausse des prix, actions de secours aux pauvres), un rôle politique de soutien de l'Etat et de la religion réformée, et surtout un rôle financier de première importance en devenant, au sens propre, le banquier de l'Etat. En habile négociant, la Chambre des blés contractait des emprunts garantis par ses opérations commerciales et les bénéfices de [p. 52] ses "fermes", puis accordait des crédits à la Seigneurie, qui put ainsi rembourser les dettes qu'elle avait contractées auprès des cantons suisses.

En plus du négoce du blé et du pain, la Chambre des blés se vit adjuger en 1638 la ferme du sel, en 1647 la ferme du poids du blé (un péage sur les pesées) et, en 1665, la ferme des subhastations, du sceau, des procures, des greffes, des curialités. Il s'agissait en quelque sorte de droits d'enregistrement sur les ventes d'immeubles et sur différentes opérations commerciales et administratives.
Les témoignages de l'époque sur la Chambre des blés sont unanimes. B. Burnet, dans son Voyage de Suisse et d'Italie et quelques endroits d'Allemagne et de France, écrit: "Cette République est fort petite, mais elle a de si bons Règlements, que les plus grands Etats les pourraient prendre pour modèles. La Chambre du blé n'est jamais sans une provision de deux années: ce qui entretient dans la ville une perpétuelle abondance (...) Non seulement par cette conduite on prévient la nécessité dans laquelle l'Etat pourrait tomber; mais en même temps on procure le bien de la patrie; car cela fait un revenu considérable qui a servi depuis quelque temps à acquitter près d'un million de dettes, que la Ville avait contractée durant la guerre (...)"
La Chambre des blés joua donc un rôle bénéfique pour la population genevoise. Elle n'eut toutefois pas pour effet de supprimer les contraintes qui pesaient sur le commerce des grains. Les paysans désirant vendre leur blé en ville devaient se munir, contre paiement, d'un billet de consigne auprès du châtelain et payer des taxes de passage. En 1603, le traité de Saint-Julien établit la liberté du commerce et du transit, mais ne supprime pas les péages, ni les attaques savoyardes qui ont marqué une grande partie du XVIIe siècle et qui visaient à empêcher le ravitaillement de la ville.
​La Chambre des blés est remplacée, le 18 avril 1795, par le Département des subsistances. Elle est dissoute après l'annexion de Genève par la France, le 15 mai 1798, et ses biens passent à la Société économique. Cette institution, créée par la "Commission extraordinaire" résultant de la loi du 19 mars 1798, avait pour objet de gérer les "biens communaux", c'est-à-dire tous les "biens de la République, quelle qu'en soit la destination ou l'usage". Le Traité de réunion de la République de Genève avec la République française, du 26 avril 1798, reconnaissait que les biens communaux "appartiendront en toute propriété aux Genevois qui en disposeront comme ils jugeront à propos". Ainsi le patrimoine et les revenus gérés par la Chambre des [p. 54] blés l'étaient dorénavant par la Société économique, qui assuma toutes les fonctions de sa devancière et joua pendant cinquante ans, de 1798 à 1847, un rôle capital à Genève. La Constitution genevoise de 1847 a prononcé la dissolution de la Société économique. Les bien gérés par elle ont été remis à la Caisse hypothécaire, à l'exception des immeubles destinés au culte protestant, à l'instruction publique et autres objets d'intérêt général, remis aux communes, et de la somme de 1.500.000 francs destinés à la constitution de la Banque d'Escompte. 

Associations économiques et professionnelles

En dehors des services officiels, il existe un certain nombre d'institutions privées (Chambres de commerce, associations patronales) qui, outre leur rôle de défense d'intérêts particuliers, ont aussi pour fonction de faciliter les échanges et sont parfois chargés par la puissance publique de certaines tâches dévolues normalement à l'Etat. 

La Chambre de commerce et d'industrie de Genève 

La Chambre de commerce et d'industrie de Genève est la plus ancienne des institutions privées genevoises à vocation économique et l'une des plus anciennes Chambres de commerce suisses.
Sous sa forme actuelle, elle remonte à 1865, date à laquelle un groupe de négociants et de banquiers conduits par Ernest Pictet (1829-1909) fonde l'Association commerciale et industrielle genevoise, avec pour comité la Chambre de commerce de Genève, qui a pour objet de grouper les commerçants et industriels genevois, de soutenir leurs efforts et de défendre leurs intérêts économiques. Contrairement aux Chambres de commercve françaises, la Chambre de Genève est une association privée, financée par ses membres. Ses origines sont anciennes puisqu'une Chambre de commerce de droit public, la Chambre du Négoce, existe à Genève depuis 1670. Elle a pris l'appellation de Chambre de commerce pendant l'occupation française, de 1798 à 1813, et a gardé son statut d'institution officielle de 1814 à 1847. [p. 55] Après une éclipse de dix-huit ans, sous le régime de James Fazy, elle renaît en 1865 en tant qu'association privée. A partir de 1931, l'appellation Chambre de commerce désigne l'association elle-même et en 1961 elle adopte sa raison sociale actuelle.
L'activité de la Chambre de commerce et d'industrie de Genève est extrêmement variée. Conseillère du Département de l'économie publique, elle exerce une influence certaine sur les décisions que prend le Conseil d'Etat en matière économique. Sur le plan fédéral aussi, par l'intermédiaire du Vorort de l'Union suisse du commerce et de l'industrie, elle participe à la procédure de consultation qui lui permet de se prononcer sur les projets de lois qui lui sont soumis. Elle prend une part active aux négociations de la Commission franco-suisse des zones franches ainsi qu'au "Comité régional franco-suisse" pour tout ce qui concerne les relations économiques avec les départements français limitrophes.
Porte-parole de ses membres, industriels, commerçants, financiers et autres agents de l'économie cantonale, elle est bien placée pour connaître leurs besoins et prendre les initiatives qui s'imposent. Ainsi la Chambre a été à l'origine des Ports-Francs et de leur Société d'exploitation; de la Fondation des terrains industriels Praille-Acacias (FIPA); de l'Hôtel du Rhône; de la Commission consultative de l'aéroport; de l'Office pour la promotion de l'industrie genevoise (OPI); de la Fondation pour la promotion et l'organisation d'expositions et de congrès (ORGEXPO); et de bien d'autres réalisations qui témoignent de son sens des réalités économiques, au nombre desquelles il faut citer la création, en 1954, d'une fondation privée pour la construction d'habitations à loyers modiques qui mit sur le marché, dans plusieurs quartiers, plus de mille logements destinés au personnel des entreprises invitées à concourir à leur financement.
Récemment, la Chambre de commerce et d'industrie de Genève a créé un département-conseils chargé d'aider ses membres dans les domaines administratif, juridique, fiscal, commercial, immobilier et dans celui du personnel. Enfin, la Chambre délivre les certificats d'origine aux exportateurs genevois, de même que les carnets de passage ATA, titre douanier donnant à son titulaire la possibilité d'importer temporairement ses marchandises à l'étranger, en franchise des droits, grâce au cautionnement de l'organisation internationale des Chambres de commerce, innovation introduite à l'initiative de la Chambre de commerce de Genève.

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Les associations professionnelles

Tandis que la Chambre de commerce agit dans le domaine économique en général, les associations professionnelles se cantonnent en principe dans les relations sociales et la gestion des entreprises.
L'Union des associations patronales genevoises (UAPG), qui se définit elle-même comme l'organisation faîtière des employeurs genevois, réunit six associations professionnel-les qui groupent les entreprises et indépendants genevois: l'Association des industries chimiques genevoises (AICG), la Fédération genevoise des métiers du bâtiment (FMB), la Fédération des syndicats patronaux (FSP), la Fédération patronale genevoise du textile et de l'habillement (FTH), l'Union des fabricants d'horlogerie de Genève, Vaud, Valais (UFGVV) et l'Union des industriels en métallurgie (UIM). Elle a pour buts statutaires de grouper les organisations patronales en vue de défendre leurs intérêts, de coordonner leur action dans le domaine des relations du travail et de les représenter vis-à-vis des pouvoirs publics.
Ce qui est particulier à Genève, c'est la place prise par l'une des sections de l'UAPG, la Fédération des syndicats patronaux (FSP), créée en 1928. Son premier secrétaire, Renaud Barde, a su en faire l'un des organes les plus remuants de la vie économique et sociale genevoise. La FSP groupe quatre-vingt-six groupes professionnels totalisant quelque 12.000 membres collectifs ou individuels, qui trouvent auprès de leur secrétariat professionnel une aide, non seulement dans le domaine des relations entre employeurs et salariés, mais aussi dans celui de la gestion courante des entreprises: qu'il s'agisse des contrats de travail, de la formation professionnelle ou des assurances sociales, ou d'informations en matière de normes, de tarifs, de directives ou de dispositions légales, l'employeur genevois trouve auprès de son groupe professionnel les appuis dont il a besoin.
En plus de ces deux institutions purement genevoises, il existe plusieurs chambres de commerce étrangères qui travaillent à la promotion des échanges commerciaux entre la Suisse et leurs pays respectifs. De son côté, l'Office suisse d'expansion commerciale, à Lausanne, aide les entreprises suisses à développer leurs exportations.
En face des syndicats patronaux, on trouve les syndicats d'employés et d'ouvriers. Leurs relations, de caractère social et non économique, feront l'objet d'un chapitre dans l'un des prochains volumes de cette Encyclopédie.

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De quelques entraves et limitations 

Il n'a pas été question, dans ce chapitre, de certaines dispositions légales ou réglementaires qui exercent une influence considérable sur la vie des affaires. C'est le cas de l'Arrêté fédéral du 21 mars 1973 sur l'acquisition d'immeubles par des personnes domiciliées à l'étranger, dit "lex Furgler", qui a remplacé la "loi von Moos" du 23 mars 1961 et précédé l'entrée en vigueur, le 1er janvier 1985, de la loi du 16 décembre 1983. Cette réglementation exerce un double effet: limitant les possibilités de vente d'immeubles à des non-résidents, elle freine, d'une part, la mainmise étrangère sur le sol suisse et limite, d'autre part, la hausse des prix du terrain.
L'engagement de main-d'oeuvre étrangère est, lui aussi, strictement réglementé: l'ordonnance fédérale du 22 octobre 1980 limitant le nombre des étrangers exerçant une activité lucrative, fondé sur la loi fédérale du 26 mars 1931 sur le séjour et l'établissement des étrangers, vise à la fois à protéger du chômage les travailleurs suisses et à maintenir l'effectif de la population étrangère en Suisse dans des limites raisonnables.
Il ne peut s'agir ici que d'exemples, car la sollicitude des autorités fédérales et cantonales pèse d'un poids plus ou moins lourd sur tous les domaines d'activité dont il est question dans cet ouvrage. 

J. de S.
haut
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Les poids et mesures


Pour commercer, c'est-à-dire pour échanger des marchandises, il faut pouvoir les peser ou les mesurer. D'où l'importance des unités de poids et de mesures. Et pour assurer aux transactions la régularité et la rectitude voulues, il faut des étalons et un contrôle de la conformité des instruments utilisés.
A Genève, le contrôle des poids et mesures était assuré jusqu'en 1964 par un vérificateur privé mandaté par l'Etat. Aujourd'hui, le Service des poids et mesures dispose d'un bâtiment moderne au Centre cantonal de la Chapelle à Plan-les-Ouates. Un équipement précis lui permet de peser, mesurer, étalonner et marquer les matériels qui lui sont soumis.
Au Moyen Age et sous l'Ancien Régime, les poids et mesures étaient un attribut de la souveraineté: la mesure, déposée au château seigneurial, servait en particulier à calculer les redevances des sujets. C'est pourquoi ils variaient d'un région et même d'un village à l'autre. Le passage au système métrique fut laborieux. 
La Révolution française s'attaque au système traditionnel comme aux autres privilèges. En 1790, sur la proposition de Talleyrand, la Constituante décide d'unifier les unités de mesure et charge une commission de l'Académie des sciences d'élaborer un système. Ainsi prend naissance, le 18 germinal an III (7 avril 1795), le système métrique qui s'imposa à Genève après son annexion par la France le 15 avril 1798. Après la Restauration, la loi genevoise du 1er octobre 1816 rétablit l'ancien système de mesures fondé sur le pied de roi et l'once, mais elle l'unifie pour tout le Canton et le simplifie considérablement.
Sur le plan fédéral, il n'a pas fallu moins de douze lustres, un concordat intercantonal, deux constitutions et trois lois fédérales pour venir à bout des anciennes unités de mesure. Les cantons suisses alémaniques, majoritaires, sont attachés au système en vigueur dans le Grand Duché de Bade, repris dans le concordat du 17 août 1835 et confirmé dans la Constitution de 1848 malgré l'opposition des cantons romands, partisans du "système français". La loi fédérale du 23 décembre 1851 sur les poids et mesures impose les unités traditionnelles à tous les cantons, tandis que celle du 14 juillet 1868 confère une existence légale au système métrique, parallèlement à l'ancien système. Il faut attendre la Constitution de 1874 et la loi fédérale du 3 juillet 1875 pour l'introduction définitive et exclusive du système métrique. Enfin, la loi fédérale du 9 juin 1977 sur la métrologie, suivant les décisions de la Conférence générale des poids et mesures de 1960, introduit le système international d'unités — longueur, masse, temps, intensité du courant électrique, température thermodynamique, quantité de matière et intensité lumineuse —et la déclaration obligatoire des quantités offertes et des prix demandés. La définition des différentes unités figure dans l'ordonnance du 23 novembre 1977. [p. 59]
Les poids et mesures ont varié à Genève selon les époques. Voici les principales unités en usage à la fin de l'Ancien Régime.


Poids

L'unité de base est l'once, qui pèse 30,5941 grammes. Elle se divise en 8 gros, eux-mêmes composés de 3 deniers, un denier équivalant à 24 grains.
L'or et l'argent se calculent en marcs de 8 onces pour le marc de France et 8 onces et 9 grains pour le marc de Genève.
Les soies en gros se pèsent en "livres de poids de soie" de 15 onces. Certaines marchandises précieuses se calculent en "livres poids de marc" de 16 onces.
Les autres produits sont évalués en "livres poids de Genève", ou "grosses livres" de 18 onces, dont 100 unités font un quintal. 

Mesures de capacité

La diversité des mesures de capacité est plus grande encore, jusqu'en 1875, que celle des poids. Elles varient selon les produits et ne sont pas les mêmes en ville qu'à Peney, Jussy, Troinex, dans la Champagne ou dans les terres de Saint-Victor.
Les solides, en particulier les grains, sont mesurés en octanes, ou coupes de 79,3452 litres; une coupe contient 2 bichets, 4 quarts, 16 quartes ou 32 émines; 24 octanes équivalent à un muid ou muids.
Le sel s'apprécie en navée, divisée en 4 sapines valant chacune 9 lariers ou somées; une somée correspond à la charge d'une bête de somme, soit 180 kilos.
Le bois se mesure en milliers, le foin et le sable en brouettes et en charrettes.
En ce qui concerne les liquides, spécialement le vin, ils s'expriment en muids ou en chars de 648,657 litres, équivalant à 2 bossettes ou 12 setiers, lesquels se divisent en 24 quarterons, 48 pots ou 192 picholettes de 0,2815 litre. 

Mesures de longueur

Les tissus se mesurent en aunes: les toiles en aune de Genève, qui mesure 1,1324 mètre, les draps et la soie en aune de Paris ou aune du Roi, de 1,1884 mètre.
​Les autres mensurations se font en toises. La toise genevoise mesure 2,5984 mètres et compte 12 pouces ou 144 lignes. La toise de chambre ou de Savoie mesure 2,7152 mètres tandis que la toise du Châtelet ou de Paris équivaut à 1,949 mètre, 2.280 toises faisant une lieue (4.444 mètres). Quant à la perche de Paris, elle mesure 5,8471 mètres tandis que la perche de Savoie en mesure 10. Le pas mesure 93 centimètres, le pied 34. 

Mesures de superficie

Les champs, bois et vignes se mesurent en poses genevoises (2.700,67 m2) qui comprennent 400 toises carrées ou 8 fossorées ou fossoyées.
Les prés se mesurent en fauchée, seyturée, soiture, seitine ou journal, soit la surface qu'un homme peut normalement faucher en une journée. 

J. de S.
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Architecture commerciale genevoise
La permanence de l'activité commerciale dans les Rues Basses constitue un fait majeur depuis l'époque des foires du Moyen Age jusqu'à nos jours. Le point de rupture de la centralité urbaine commerciale est un phénomène lié à la circulation automobile et les nouvelles implantations de grandes surfaces commerciales se répartissent sur les flux les plus intenses du trafic ou dans les cités satellites. La conséquence de cette stratégie commerciale imaginée dès 1957 avec Balexert (l'un des centres commerciaux les plus prospères de Suisse) supposait la relation automatique dans tout programme architectural entre commerce et parking, telle que l'avaient résolue les architectes des années trente. [p. 61]
On peut affirmer d'autre part que l'évolution de l'architecture commerciale s'est paradoxalement faite par combinaison de deux techniques: en effet, la lumière et l'air, deux grands thèmes de l'hygiénisme du XIXe siècle, sont devenus lumière artificielle et air conditionné. De ce fait, la construction de volumes compacts, dont on peut varier les habillages de façades, ne pose, pour ainsi dire, aucun problème.
On peut distinguer cinq étapes dans les restructurations commerciales consécutives à la révolution industrielle:

  • Dès 1824, un nouveau type de commerce est imaginé pour accompagner les opérations d'assainissement des Rues Basses, soit l'enlèvement des dômes et des hauts-bancs: l'exemple de la rue de Rivoli à Paris aboutit à une forme originale de rue marchande de luxe, la Corraterie. Cette version, qui superpose à l'arcade sur rue un demi-étage d'entrepôt pour le stockage des marchandises, va constituer un modèle rationnel pour un très grand nombre d'immeubles mêlant commerce et habitation (quartier des Bergues, quartiers fazystes, rénovations au centre-ville, tels rue du Commerce, rue de Rive, etc..., mais aussi dans les quartiers périphériques, comme à la rue Sismondi).
  • Dès 1859 apparaît l'idée de la galerie commerciale, dont le grand passage, entre les places du Molard et de la Fusterie, a traversé toute la seconde moitié du XIXe siècle, sans succès. Il en reste le nom d'un grand magasin, mais aussi quelques opérations tardives: le passage des Lions, opération de la Régie L'Huillier, projeté par les architectes Peyrot et Bourrit en 1906, et le passage Malbuisson, les Galeries Centrales, percées en 1931, sur un projet de Maurice Braillard. Enfin, depuis les années soixante, le nouvel essor de l'artisanat a remis en honneur la solution de la galerie dans plusieurs opérations urbaines.
  • Dès 1899, avec l'apparition des "grands magasins" dans les Rues Basses, se précisent de nouveaux types commerciaux, dérivés eux aussi des métropoles européennes. Les innovations techniques du fer et du verre, d'une part, et du béton, d'autre part, accélèrent le développement de l'espace intérieur. Le magasin Badan, sur la rue de la Confédération, construit en béton armé en 1905 et le Old England Uniprix, construit avec une façade en verre et en fonte entre 1911 et 1913, sont restés jusqu'à ces dernières années les plus célèbres exemples de la métamorphose architecturale.
  • La rationalisation de plus en plus accentuée et le développement généralisé des escaliers roulants pour toutes les circulations verticales ont relégué la part du spectacle à une vision très compartimentée et horizontale. La vision de la "belle époque 1900" a complètement disparu de l'architecture intérieure qui se résume à l'emploi systématique des grandes chapes de béton entre des structures portantes calculées par les ingénieurs. Dans l'espace hyperrationalisé des grandes surfaces commerciales, l'architecture ne joue plus qu'un rôle fonctionnel.
  • Enfin, la dernière évolution des années 1970 laisse présager un retour possible de l'espace architectural avec le lancement du "forum" commercial qui introduit des variations et des combinaisons à mi-chemin entre la galerie commerciale et la grande surface classique. Les programmes d'architecture doivent alors résoudre des problèmes de mélanges d'activités à l'intérieur d'une enveloppe qui peut être confiée à un architecte de façade. 

A. B.
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[p. 62]